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La seconde vie des ex-employés de St-Félix
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La seconde vie des ex-employés de St-Félix
Un peu plus de cinq mois après la fermeture de l?usine sucrière de St-Félix, dans le Sud, ceux qui ont accepté un départ à la retraite volontaire et prématuré ont connu des fortunes diverses. Le plus difficile a été de vivre avec un salaire réduit, d?accepter des conditions de travail moins avantageuses, par rapport à celles de leur contrat précédent, ou d?amorcer la difficile étape de se faire réembaucher, en faisant valoir leurs compétences.
Nous avons été à la rencontre de trois d?entre eux. Le premier, Edley Levaillant, est serein. Sa sortie de St-Félix n?a pas été si mauvaise. « Je suis entré à l?usine en 1990 comme laboureur. À mon départ, je travaillais comme gardien de chasse. J?ai eu la chance d?être réembauché. Je fais le même travail, mis avec de nouvelles conditions. »
Edley, qui est célibataire, a bénéficié, outre ses indemnités de départ à la retraite volontaire, d?un terrain de sept perches. Et il est déjà propriétaire d?une maison située sur un camp sucrier. Il l?a achetée lorsque la société St-Félix a décidé de le lui vendre. Il envisage maintenant de partager le terrain avec des héritiers.
De l?énergie à en revendre
Mais le départ à la retraite prématuré a également ses revers. Edley effectue certes le même travail, mais avec de nouvelles conditions. Fini le salaire incluant des jours de congés rétribués au double du taux normal. Fini le remboursement des congés de maladie non pris et le pactole de quelque Rs 50 000 à la fin de l?année. Il faut se contenter d?un salaire fixe et d?un contrat de travail à durée déterminée, tout en sachant que ledit contrat pourrait ne pas être renouvelé.
Toutefois, Edley ne s?en offusque pas. Il a retrouvé l?environnement qu?il a toujours connu et il fait un métier qu?il aime. Armé de son fusil, il sait que son plus grand ennemi, ce sont les chiens qui peuvent semer la panique dans les troupeaux de cerfs. À la saison de la chasse, il sait que son service de rabatteur lui rapportera quelques livres de viande.
Et il goûtera à l?ambiance qui entoure généralement les journées de chasse.
Bon nombre de retraités se trouvent aussi dans la situation de Gaëtan Letendrie. Ce dernier galère pour trouver un travail. Et pourtant, cet ajusteur de profession et détenteur d?un diplôme de City and Guilds a encore de l?énergie à en revendre. Gaëtan est propriétaire de sa maison. Il a empoché les indemnités à la suite de son départ prématuré à la retraite, mais il a un gros souci.
« Si je ne retrouve pas un métier, je crains que je ne commence à puiser dans le capital que j?ai économisé. » Il rejette l?argument de ceux qui pensent qu?il s?est enrichi. « J?ai encore un fils qui termine ses études secondaires. Je dois préparer son avenir et j?ai des dettes. J?ai préféré les rembourser pour éviter les imprévus. »
Gaëtan estime que les autorités au-raient dû mettre en place un organisme chargé d?organiser indistinctement le recyclage, la reconversion et la réorientation professionnelle des retraités. Il dit regretter que, dans son cas spécifique, une promesse d?aide pour une réorientation ne s?est pas matérialisée. Il souligne avoir fait une demande pour apprendre à conduire. « Depuis décembre, je n?ai rien entendu. À force d?attendre, je commence à me demander si ces promesses n?ont pas été formulées dans le seul but d?accélérer le processus de fermeture de l?usine. »
Les signes d?un nouvel espoir
Depuis son départ à la retraite, Gaë-tan s?est lancé dans l?élevage de poulets de table. Hélas, les premiers signes ne sont pas encourageants. « Il y a trop de concurrents. Ce ne sera pas facile pour moi de me faire une clientèle. Je vais vendre mes premiers poulets de table avec des proches. Mais je ne crois pas que je vais poursuivre dans cette direction. »
Toutefois, les signes avant-coureurs d?un nouvel espoir sont perceptibles. Son entrevue dans un atelier semble prometteuse. « Si je trouve un employeur déterminé à me faire confiance, je suis prêt à tenter une seconde vie professionnelle. »
Il faut dire que Gaëtan a plusieurs cordes à son arc. En effet, il est également tourneur, mais n?a pu pratiquer ce métier à l?usine, car il a fallu choisir la profession d?ajusteur. Maintenant qu?il est à la retraite, il peut s?adonner à sa passion de tourneur. C?est même devenu son passe-temps préféré. Ce-pendant, il le pratique sur le bois chez lui à Chemin-Grenier. Il tourne les pièces de bois pour fabriquer principalement des cendriers et des mortiers.
Travailler à son rythme
« Il serait hasardeux de fabriquer d?autres pièces. Les articles faits sur une base industrielle sont nettement plus compétitifs que les miens. Les gens préfèrent s?approvisionner en quincaillerie. Mais pour les cendriers et les mortiers, il y a la possibilité de faire une percée. »
La transition n?a pas été un fardeau pour Satiadev Dabydin. « Si vous avez un métier, vous n?avez pas de souci à vous faire. » Satiadev est plombier. Il a un diplôme de City and Guilds dans ce do-maine. Avec la fermeture de St-Félix, il a certes tourné la page, mais le travail ne manque pas. Toutefois, Satiadev est un des rares à ne pas vouloir faire de la publicité pour lui. « Je crains d?être submergé et de ne pas pouvoir honorer les commandes. »
Après avoir travaillé sous les ordres des autres pendant 37 ans, Satiadev savoure le fait qu?il est maintenant son propre patron, qu?il travaille à son rythme et peut négocier ses honoraires.
LA SUCRERIE TOURNE LA PAGE
La fermeture de la sucrerie de St-Félix se situe dans le cadre de la réforme de l?industrie sucrière. Celle-ci prévoit, entre autres, la centralisation des unités de fabrication de sucre sur une base régionale. Toutes les cannes de St-Félix sont dirigées vers l?usine d?Union St-Aubin. Cette fermeture entraîne le départ des employés à la retraite prématurée. Les indemnités des artisans sont définies dans le Blue Print. Celles des travailleurs agricoles ont été établies dans le cadre de la deuxième phase de départ à la retraite prématurée de la Multi Annual Adaptation Strategy (MAAS). Après sa fermeture, St-Félix va vivre un autre épisode de son histoire. Elle a été achetée par Samlo Koyenco Steel, après que l?usine a été placée sous le régime de liquidation judiciaire. L?offre de Samlo a été acceptée par Yacoob Ramtoola et Georges Chung Ming Kan, de BDO DCDM, les liquidateurs.
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