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Quand les femmes se font la courte échelle

18 mai 2008, 00:00

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Des femmes. Entre elles. Mais quelques hommes aussi. Une espèce rare qui sert ouvertement la cause des? femmes. Que font ces adeptes du networking lorsqu?elles se rencontrent au sein de WIN ? Du « marrainage », du mentoring, du partage. Concrètement, elles se retrouvent avec des numéros. Par exemple, celles qui obtiennent le numéro 2 doivent aller vers les autres numéros 2 et faire connaissance. Et petit à petit, tout le monde finit par se connaître. Elles s?échangent les cartes de visite, elles partagent leurs expériences, se donnent des conseils, des coups de main, se filent des tuyaux? Voilà ce que c?est, en gros, que de « réseauter ». WIN est donc un lieu d?échange, de connexions où les femmes tissent de nouveaux contacts, partagent leurs pratiques professionnelles, nouent des partenariats. C?est une porte ouverte sur le monde du travail. Un monde qui demande aux femmes de la combativité. Et ces dernières affichent franchement leur couleur. La solidarité féminine. S?épauler, faire cause commune pour être plus efficace.

Mais pourquoi un réseau de femmes et pas de professionnels, hommes et femmes, tout court ? Parce que l?heure est encore au combat pour les femmes. Parce qu?il y a encore des blocages concernant les femmes. Si la loi sur la parité est plus ou moins acquise sur le plan juridique, dans la réalité, il y a encore beaucoup à faire. « Il faut des mouvements de femmes pour qu?il y ait des avancées pour les femmes, ça a toujours été comme ça. Sur le terrain, nous avons encore des droits qui nous sont refusés et nous devons les revendiquer. Un réseau, c?est comme une chaîne de solidarité. Nous devons faire bloc pour nous faire entendre et nous pouvons le faire sans pour autant être un obstacle pour les hommes », avance Roselys Vencatachellum, interprète de conférence et traductrice freelance.

« Nous devons montrer que nous existons, faire comprendre que nous ne cherchons pas de faveurs, car nous avons les compétences. »

Elle est d?avis que rien n?est de toute façon gagné pour de bon, qu?il faut continuer à se battre pour préserver ses acquis et en obtenir d?autres. Amina Barkatoolah, experte consultante en termes de gestion des compétences, note qu?on a beaucoup, et pendant longtemps, exalté la force masculine dans le monde des affaires et que c?est pour cela que les femmes ont du mal à percer dans ce milieu. « Nous devons montrer que nous existons, faire comprendre que nous ne cherchons pas de faveurs, car nous avons les compétences et qu?on a besoin de nous. Et ensemble, les femmes peuvent trouver leur place », explique-t-elle.

Faut-il aller jusqu?à faire de la discrimination positive envers les femmes ? Jane Valls, l?une des fondatrices de WIN avoue. « On est Mauricien et fier de l?être. Maurice a une longue histoire de démocratie, mais il n?y a pas de parité. J?ai fini par croire qu?on n?a pas d?autre choix que de faire de la discrimination positive. C?est ce que les pays où les femmes ont réussi, ont fait. C?est à mon avis, la solution à court terme », avance-t-elle. Amina Barkatoolah est, quant à elle, catégorique sur un autre point.

Au-delà des discriminations, elle fait ressortir que, par exemple, la méga tendance partout est au management au féminin. « On va vers des compétences soft, comme la sollicitude, l?empathie, la communication, les relations humaines, et vers un management qui prend en compte l?environnement, qui valorise l?écoute. Et les femmes ont ces qualités et donc largement leur place dans les hautes sphères. »

Et qu?en est-il du pouvoir ? Va-t-on encore dire en 2008 que ce n?est pas dans les gènes de la femme ? Amina Barkatoolah va, en tout cas, dans ce sens. « Il n?est pas question de pouvoir avec les femmes, ça c?est très masculin. On doit prendre notre place d?abord, ensuite on verra. » Jane Valls préfère ne pas parler de pouvoir, mais de participation à la prise de décision. Pouvoir ou pas.

Ce qui ressort surtout, c?est que les femmes ont horreur de faire « comme les hommes ». Et leur conception du pouvoir est plus pudique, ambivalente, ambiguë même. Ce qui est sûr, c?est qu?il ne s?agit pas de promouvoir ce que Roselyne Bachelot appelle « le syndrome de la reine des abeilles ». Les femmes veulent bien acquérir du pouvoir, mais il doit être basé sur leurs mérites et c?est cela même qui amène la confiance en soi et fait qu?on ne se sent pas plus menacé qu?un homme. Est-ce à dire que les femmes en réseau ont du dédain pour les hommes ? Loin de là, jure Jane Valls. « Mais c?est sûr qu?on est encore une société traditionnelle.

Je sais qu?il y a des gens qui nous trouvent agressives parce qu?ils n?ont pas l?habitude que les femmes se mettent en avant. Il y en a d?autres qui ont des attitudes condescendantes à notre égard. Il faut changer les mentalités. »

À quoi va mener concrètement ce phénomène de « réseautage » qui se dessine chez les femmes ? En tout cas, il est clair qu?elles sont bel et bien décidées à sortir de l?ère de la discrétion, d?être plus visibles, de s?affirmer sur la place publique. Mais attention, la solidarité féminine ne va pas toujours de soi. La femme peut être une louve pour la femme. Mais c?est un tout autre débat. Celui qui vous attend ce mardi à la salle des fêtes du Plaza a pour thème l?événementiel, un milieu très prisé chez

les femmes. On sait d?ores et déjà que le maire, Ramalingum Maistry, y sera, puisqu?il croit fort dans la parité « C?est toujours bien de se mobiliser, de créer des synergies, de réunir les diversités d?intelligence », avance-t-il. Jacques Dinan, président de Caritas, y sera peut-être aussi, puisque s?il est contre l?idée des hommes versus les femmes, il croit fermement dans l?égalité des chances. Les femmes seront, quant à elles, nombreuses à ce rendez-vous. Et les mille « membres » de WIN seront certainement rejoints par d?autres femmes.

C?est dit à l?unanimité, le but de WIN n?est pas la révolution, mais l?évolution. WIN veut ?uvrer pour une autre image de la femme professionnelle. « Je ressens comme une fierté quand je suis parmi les autres femmes du réseau. On réalise combien les femmes sont des battantes, que chacune d?entre nous jongle entre sa vie professionnelle et sa vie familiale. On voit qu?elles sont nombreuses

les femmes à réussir brillamment leur carrière, à être indépendantes. Les plus jeunes ont de quoi s?inspirer des plus mûres », confie Natacha Beedaysee-Makwana, Marketing Manager chez Microsoft.

WIN est donc une source d?inspiration pour encourager les femmes à adopter des profils hauts. Le réseau veut être plus dans l?affirmation que dans la revendication. Il donne envie aux femmes d?oser réclamer leur place et de la prendre. De ne pas se poser en victimes, ou d?attendre qu?on leur offre leur chance sur un plateau. L?enjeu n?est pas de se battre contre les hommes, mais avec eux.

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