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LAIT: Le nouvel or blanc

12 mai 2008, 20:00

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«Dans le passé, nos grands-parents ont fait de l?or avec du lait. Je ne vois pas pourquoi on ne peut faire la même chose aujourd?hui.» Parmanund Ramlackhan, ex-cadre de la Mauritius Broadcasting Corporation, n?a pas de doute. Le lait, c?est de l?or blanc. Il a investi Rs 450 millions sur 101 arpents à Salazie pour produire 40 000 litres de lait par jour avec 2 000 vaches. Une production qu?il est certain de pouvoir écouler, comme ses grands-parents qui, eux, n?ont jamais rêvé d?avoir plus de dix vaches.

L?«époque» de ses grands-parents, c?était dans les années 50 et 60. Maurice était autosuffisante en lait. En ces temps-là, producteurs et distributeurs avaient pignons sur rue. Pourtant, il n?y avait presque pas de gros éleveurs. Le pays était alimenté en lait principalement par des petits éleveurs, des laboureurs qui ramassaient et transportaient sur la tête le fourrage ramassé après le travail dans les champs. Les étables, c?étaient surtout des paillotes. Elles abritaient entre une à six vaches, étaient mal éclairées, et des «tins» bourrés de liasses billets de banque étaient souvent enterrés sous la bouse. Cette tradition est bien révolue. C?est vers la technologie de pointe que Parmanund Ramlackhan regarde aujourd?hui.

«C?est un projet high-tech que j?ai déjà commencé à Salazie avec une ferme intégrée, où nous produirons notre fourrage, pasteuriserons notre lait et traiterons une partie pour la production du fromage, du yaourt etc», dit-il.

L?investissement est important, de même que la location du terrain. Rs 3 500 annuellement par arpent, soit plus de Rs 350 000 pour les 101 arpents, alors que les génisses Holstein que sa compagnie importera coûteront au bas mot Rs 200 000 par tête, valeur du jour. Tout augmente en ce moment, de même que le concentré pour l?alimentation du cheptel. Personne ne sait quel sera le prix qui sera demandé demain.

Qu?à cela ne tienne. Le producteur reste optimiste : «Je suis sûr et certain que nous arriverons à écouler toute notre production à un prix bien en dessous du prix du lait liquide importé. Nous offrirons ce lait déjà pasteurisé et dans des emballages modernes dans les supermarchés», dit Parmanund Ramlackhan qui a déjà fait son étude de marché et qui a une formule de distribution. Comme les deux autres grands producteurs qui commenceront sous peu la production. Les frères Surat et Erroll Parker sont également très confiants et sûrs de pouvoir réussir.

Les frères Surat, importateurs de fruits et légumes et propriétaires d?une chambre froide moderne à Wooton, investiront plus de Rs 75 millions dans un premier temps pour un projet de production laitière à Le Val avec un cheptel de 250 vaches. Erroll Parker, businessman mauricien d?origine sud-africaine, investira une somme identique pour lancer un autre projet de production de 800 litres de lait à Salazie.

Shailendrasingh Totaram de Triolet a une vingtaine de vaches à Triolet et produit environ 250 litres de lait par jour. Il a étonné plusieurs experts sud-africains par un savoir-faire qu?il a acquis par expérience. Cet homme qui va se marier cette année a fait cinq ans d?études secondaires avant de suivre des cours à l?Areu et de se documenter sur Internet pour moderniser la production laitière de ses parents. Mais il n?a aucun espoir de s?agrandir davantage.

«On ne peut pas nous-mêmes produire notre lait et lutter chaque jour pour trouver un marché. Je ne peux agrandir, car je ne suis pas assuré d?un marché», dit-il.

Jusqu?ici, le Marketing Board assurait la distribution de son lait. «Impossible de continuer avec le Marketing Board. Il nous paye Rs 17 le litre alors que des particuliers offrent beaucoup plus», dit-il.

Combien ? Shailendrasingh Totaram explique qu?un certain Angello lui achète 50 % de sa production pour en fabriquer du fromage.

Du coup, il offre beaucoup moins que 100 litres par jour au Marketing Board, car outre d?Angello, il livre chaque jour du lait à des particuliers de Triolet. Ce qui a amené le Marketing Board à la décision de fermer à partir de la fin de ce mois.

Que feront Totaram et les autres petits producteurs du lait qui livraient du lait au Marketing Board. Ils ne savent pas et placent leurs espoirs dans les unités de pasteurisation que mettront en place les sociétés coopératives de producteurs de lait avec Rs 5 millions données par le Marketing Board.

Pour les petits producteurs, le lait est loin d?être de l?or blanc. Mais ils ont encore de l?espoir dans un lendemain plus brillant.

Années 50, les années florissantes</B>

■ Dans la grande époque du lait, dans les années 50, les petits producteurs de lait gagnaient bien leur vie. Certains arrivant même à distribuer du lait dans des véhicules dès cette époque. Bien d?autres ont commencé à pied, puis sont passés à la bicyclette et après à la motocyclette avec leur bidon triangulaire, pour enfin adopter la fourgonnette qu?on appelait le «van dile». Ils se sont éclipsés petit à petit vers le début des années 70. Sunil de Curepipe se souvient. «Mon père ramassait le lait tôt le matin dans la région de Quartier-Militaire et le distribuait dans le courant de la journée chez des particuliers à Curepipe. Plus de 1 000 litres par jour, ce qui lui permettait de vivre aisément, de changer souvent de véhicule, de payer nos études à l?étranger. Puis, le lait s?est fait de plus en plus rare et la clientèle s?est rabattue sur du lait en poudre, moins chère. Le business de distribution de lait de mon père est mort lentement».

<B>Maurice achète pour Rs 2 mds de produits laitiers</B>

■ Rs 2 milliards par an. C?est ce que Maurice a importé en 2006 en termes de lait et produits laitiers, soit du fromage et du beurre. La consommation des produits laitiers en 2005 était de 21 700 tonnes ? du lait liquide, en poudre, du fromage etc. Le pays n?a produit cette année-là que 400 tonnes de produits laitiers, soit environ 2 % de notre consommation. L?Etat a pour objectif de pousser cette production à 10 % de notre consommation d?ici 2015. Alors que le prix du lait importé ne cesse d?augmenter et qu?on parle de crise alimentaire mondiale, Maurice assiste à la disparition de ses éleveurs de vache et de son cheptel. Il y avait 2 500 petits éleveurs en 2000 et seulement 1 700 en 2006. Il y avait 9 600 vaches laitières dans le pays en 2000 et seulement 5 800 en 2006.

<B>Une génisse à Rs 200 000</B>

■ A l?AREU, on affirme que le cheptel local a si drastiquement diminué qu?il serait impossible d?obtenir sur place des vaches pour une grosse production. Par ailleurs, la banque génétique du cheptel, une race hybride appelée «Créole» est trop appauvrie pour prendre le risque d?une campagne de reproduction à grande échelle.

Ainsi, tous les gros producteurs se tournent vers l?étranger, notamment l?Afrique du Sud, pour l?importation de leur cheptel. Le groupe Surat compte importer des Holstein de ce pays alors que le promoteur Errol Parker importera des New Jersey sud-africain.

«Elles seront déjà inséminées en Afrique du Sud et vêleront quelques mois après leur arrivée, ce qui fait que la production de lait commencera très vite. Nous importerons les New Jersey en novembre et en janvier nous mettrons du lait sur le marché», explique Errol Parker.

Que coûteront ces génisses et vaches. Rs 70 000, fret compris aujourd?hui. On ne sait combien elles coûteront demain.

Le promoteur Parmanund Ramlackhan importera, lui, des génisses australiennes qui coûteront au bas mot Rs 200 000. «Nous avons choisi une race spéciale pour une grande production de lait de qualité», explique-t-il.

Ainsi, si on prend le prix le moins cher affiché en ce moment, une ferme d?une douzaine de vaches coûtera Rs 1 million rien qu?en investissement dans les animaux.

A ce prix, il faut ajouter le prix des bâtiments, écurie et centre de traitement, équipement pour la préparation du terrain (nous aurons à investir dans des bulldozers, camions etc, explique Suren Surat. Ce qui fait que l?investissement pour la production du lait devient très lourd et le risque très gros.

«Il se peut qu?on se retire du projet que nous avons à Le Val. Nous menons les dernières négociations avec la propriété sucrière de Rose-Belle qui nous loue son terrain deux fois plus que le prix auquel l?Etat loue à Salazie, et qui ne nous loue que 200 arpents au lieu des 250 demandés. Si nous n?obtenons pas satisfaction, nous allons nous retirer», affirme Suren Surat qui rappelle que la plupart des pays industrialisés subventionnent leurs producteurs laitiers. «Nous ne demandons aucune subvention. Mais le prix exorbitant que Rose-Belle nous demande en termes de location fera que notre lait ne pourrait être compétitif», dit cet investisseur.

QUESTIONS À?

<B>Ahmad Boodhoo</B><I> responsable du cheptel nà l?AREU</I>

● <B> Il semblerait que les Mauriciens en général ne soient pas intéressés par la production laitière, comme c?était le cas dans le passé. Exact ?</B>

Absolument pas. Nous avons énormément de demandes pour des projets de production laitière, mais également pour l?élevage caprin, ovin et porcin. La demande pour la production laitière est telle qu?en 2005 le gouvernement a créé des villages laitiers pour de nouveaux producteurs et également pour ceux qui sont en ce moment en production et qui cherchent à augmenter cette production. Ces villages se situent à Nouvelle-Découverte, La Brasserie, Petit-Merlo et Grand-Merlo Herbeau (NdlR : ces trois régions se trouvent dans le voisinage du Piton-du-Milieu), et Salazie, notamment, alors que la propriété sucrière de Rose-Belle loue, elle, environ 30 arpents dans la région de St-Hubert à des personnes qui ont un projet de production laitière.

Là, je vous parle de petits producteurs. Il y a trois gros producteurs qui ont l?intention de se lancer bientôt dans la production laitière, notamment la compagnie SKC sur 250 arpents à Le Val, une compagnie créée par Parmanand Ramlackhan et qui produira du lait sur une superficie de 101 arpents à Salazie et une autre compagnie qui produira sur 50 arpents à Salazie. Cette dernière est une joint-venture entre le Sud-Africain Parker et un ex-PPS...

● <B> La plupart des petits et des grands projets de production laitière capotent à la dernière minute, de même que les villages laitiers qui ne sont en fait que des villages sur papier, exception faite de celui de Nouvelle-Découverte...</B>

Je peux vous dire que le projet de Parmanand Ramlackhan est en bonne voie et que le terrain a déjà été nettoyé. Si le projet de la compagnie SKC dépend des négociations avec la propriété de Rose-Belle, je peux vous dire que le problème des villages laitiers, y compris de celui de la propriété Rose-Belle est tout autre.

Ces villages laitiers déjà loués à des petits producteurs se trouvent dans des endroits retirés où il n?y a pas d?eau, pas d?électricité ou de route d?accès. C?est ainsi, parce que l?urbanisation a été une des raisons de la disparition des petits éleveurs dans le passé. Beaucoup ont dû cesser de produire en raison des «stop orders», c?est-à-dire des interdictions émises par les autorités responsables de la protection de l?environnement. La bouse de vache pollue énormément et les odeurs donnent lieu à des plaintes de la part du public. C?est pourquoi nous avons créé les villages laitiers dans des endroits retirés et on s?est rendu compte qu?il coûte très cher de préparer ces terrains, d?y apporter l?eau et l?électricité. Ce qui fait que tous les villages, excepté celui de Nouvelle-Découverte, ne peuvent commencer la production. Nous venons d?obtenir du Sugar Planters Mechanical Pool que le tarif de «bulldozage» soit ramené de Rs 3 500 heure à Rs 1 200 heure pour ceux qui ont loué des terrains dans ces villages laitiers. Ce bulldozage est nécessaire pour permettre aux producteurs de planter leur fourrage, principalement de l?herbe «éléphant».

● <B>L?Europe et plusieurs pays industrialisés sont parvenus à maintenir la production laitière à travers des subventions. Qu?en est-il à Maurice ?</B>

Les petits éleveurs sont subventionnés. Ceux qui ont moins de 20 vaches obtiennent une subvention sur le concentré. Ils achètent à Rs 2 500 la tonne le concentré produit par le ministère alors que sans ces subsides, il aurait coûté Rs 4 000 la tonne.

● <B>Les petits éleveurs disent qu?ils ne reçoivent jamais les 180 kg de concentré par vache au prix subventionné ?</B>

Ces concentrés sont produits par une vieille usine du gouvernement et souvent on n?arrive pas à en produire suffisamment. Il y a aussi le problème de manque de matières premières que nous importons pour cette production, notamment les graines de coton qui sont devenues très chères et presque introuvables sur le marché international.

● <B>Les petits éleveurs disent aussi qu?il est plus facile de trouver un vétérinaire et des médicaments pour des chiens que pour une vache ?</B>

Je suis au courant de ces plaintes. Je ne sais pas ce qui se passe exactement au service vétérinaire. Mais ce que je peux vous dire, c?est que service vétérinaire et les médicaments sont gratuits pour tous les éleveurs. Nous avons un budget de Rs 800 000 pour les médicaments donnés à tous les éleveurs, du porc aux vaches en passant par les poules. Vers la fin de l?année financière, cette somme est souvent épuisée, d?où les plaintes des éleveurs concernant le manque de médicaments.

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