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Miser sur la jeunesse
Michel Cundasamy paraît dans son élément sur la terrasse ensoleillée du Lite Bar de Trianon. Actionnaire minoritaire de cet établissement où la partenaire principale est la chef Agathe Desvaux, ce quadragénaire qui ne fait vraiment pas son âge, reçoit les clients qui viennent déjeuner. Il les conseille sur le menu du jour et veille à ce que le service demeure fluide. À le voir ainsi évoluer, on sent qu?il a le contact facile.
Sa silhouette longiligne indique aussi qu?il est davantage gourmet que gourmand. Michel a toujours eu un amour pour la cuisine. Dans le passé et même maintenant, il reste le cuisinier attitré des soirées entre amis. Et pourtant, lorsqu?il termine sa Form VI au Collège St Joseph où sa mère Mary enseigne à l?époque le dessin, le fils aîné de Ramon Cundasamy, fonctionnaire de carrière à la mairie de Port-Louis, ne sait pas vers quelle filière s?orienter. Comme beaucoup d?autres jeunes d?ailleurs.
Michel saisit une offre d?emploi comme personnel navigant commercial (PNC) à Air Mauritius. Et c?est pour lui une révélation. «J?avais du coup l?opportunité de voyager, d?avoir une plus grande ouverture sur le monde et de m?enrichir de contacts humains.» Michel exerce ce métier pendant six ans. C?est à cette époque qu?il se lie d?amitié à Nicolas Ritter, qui travaille aussi comme PNC et qui va fonder des années plus tard l?association Prévention, Information et Lutte contre le sida (PILS).
Une grande société d?événementiel à Paris propose à Michel un emploi de marketing manager. Celui-ci se laisse embarquer dans cette aventure qui l?amène à sillonner les routes de France, organisant et faisant le marketing pour des conventions, des conférences, des festivals de films et d?autres manifestations d?envergure.
Au bout de huit ans, Michel finit par avoir le mal du pays et des siens. «Paris est une ville extraordinaire mais trop prenante. J?avais envie de rentrer et de faire quelque chose pour moi et pour mon pays.» Ayant appris que Nicolas Ritter a mis sur pied l?association PILS, Michel lui promet de s?y engager lorsqu?il rentrera au pays.
Et c?est ce qu?il fait dès son retour à la fin de l?an 2000. Il intègre l?association et contribue au lancement de la quête nationale de PILS avec la collaboration de sportifs de renom dont Stéphan Buckland. Michel trouve un emploi comme responsable du portefeuille clientèle d?une compagnie française. Poste qu?il occupe pendant sept mois avant de s?en lasser. Il renoue avec Air Mauritius en travaillant à mi-temps et trois fois la semaine.
Ce passionné de disco et de tubes des années 80 anime des émissions musicales sur Kool FM. Modeste, il ne se considère pas comme un animateur mais plutôt un «programmateur musical». «En fait le micro me bloque», dit-il. Vu qu?il a un pied à la radio nationale, Michel en profite pour faire passer les messages de prévention de PILS. N?aimant pas faire les choses à demi, il intègre l?exécutif de l?association «pour donner un coup de main dans l?organisation d?événements et de campagnes de prévention». Le travail administratif ne le rebutant pas, il accepte d?agir comme secrétaire de l?association pendant trois ans.
C?est en 2003 qu?il se lance dans la restauration à Le Ravin à Moka aux côtés de Jacqueline Dalais. Il veille au bon déroulement des opérations lorsque la chef doit s?absenter. Là, il parfait ses connaissances en cuisine. Son souci de manger sain le fait s?engager auprès d?Agathe Desvaux lorsqu?elle lance le concept de Lite Bar. «Il est important de manger sain pour avoir un corps équilibré. Agathe Desvaux prépare les menus, moi je gère une quinzaine d?employés et je m?occupe des relations publiques.». Ce concept a bien pris puisque depuis octobre dernier, un deuxième Lite Bar a vu le jour à Tamarin. Si celui de Trianon n?ouvre que le midi, celui de Tamarin est parfois ouvert le soir.
Il y a tout juste un an, Michel décide d?arrêter la radio. Mais cet arrêt est temporaire. Appelé à dire pourquoi il a accepté la présidence de PILS, il explique que c?est dans l?ordre naturel des choses. «Après sept ans à siéger sur l?exécutif, cela allait de soi que la présidence me soit proposée et que j?accepte».
Sa présidence, il la place sous le signe de la consolidation des bases de l?association dans le social. «Sous Nicolas et les autres directeurs, un travail formidable a été abattu. Nous devons continuer à consolider nos assises, renforcer nos liens avec nos partenaires financiers, associatifs et avec l?État et continuer à lutter contre l?avancée du VIH/SIDA. Dans certains milieux, notamment scolaires, il y a encore un manque d?informations alors que de nos jours, il est plus facile de se protéger du virus que d?en être infecté.»
<I>«Il faut faire des campagnes d?éducation et d?information et commencer à l?école. A PILS, nous n?avons jamais pratiqué la langue de bois.»</I>
Il évoque aussi la stigmatisation qui empêche les personnes séropositives de suivre leur traitement à la lettre. «À cause de la stigmatisation, le suivi médical ne se fait pas comme il le devrait. PILS espère réduire cette forme de discrimination à l?égard des malades mais c?est un travail de longue haleine. PILS fait aussi un suivi psychosocial mais notre structure est trop petite et il faudrait qu?il se fasse sur une plus grande échelle.»
Certains craignent que l?amendement au HIV and Aids Bill visant à permettre à un Mauricien d?épouser un ressortissant étranger séropositif n?alourdisse le budget de la Santé du fait que les antirétroviraux sont délivrés gratuitement. Michel ne nourrit pas la même appréhension. «Je crois que le budget du paracétamol restera toujours supérieur à celui des antirétroviraux. Plus sérieusement, je ne crois pas que cet amendement ouvrira la porte aux excès», dit-il avec le sourire en coin.
De toutes les façons, il ne croit pas qu?une législation changera les mentalités. «D?après le HIV and Aids Bill, un médecin ne peut refuser d?opérer une personne séropositive. Or, que voyons-nous dans la réalité ? Certains médecins refusent, même si c?est un délit. Beaucoup de Mau-riciens ne connaissent pas les lois. Il faut faire des campagnes d?éducation et d?information et commencer à l?école. À PILS, nous n?avons jamais pratiqué la langue de bois. Nous parlons de sexualité et de toxicomanie car nous estimons que les jeunes ont le droit de savoir où ils vont. Nous vivons dans un monde ouvert et moderne et il faut avoir une approche ouverte et moderne. Cela ne veut pas dire être agressif, brusque ou insultant. Cela veut dire utiliser le langage de la vérité tout en respectant les sensibilités socioreligieuses. Nous sommes dans une République laïque et le jeune doit apprendre à connaître son corps, à gérer ses relations et apprendre à se protéger. En parler ne signifie pas encourager ou cautionner la débauche. C?est dire la vérité pour que les jeunes se protègent.»
Michel est optimiste face à l?avenir car il croit en la jeunesse. «Le Mauricien, en particulier le jeune, a montré qu?il est résilient. Je crois qu?il est capable de voir la vérité en face et d?agir quand il le faut.»
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