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Ces métiers qui tuent
DES TACHES QUI HARASSENT
Dépression, stress. Certains métiers mériteraient un régime spécial de retraite, affirme le Dr Kaviraj Sukon du Human Resources Development Council.
« Après de nombreuses années à exercer un métier dur, voire pénible, il faudrait revoir l?âge de la retraite pour certaines personnes. »
Il s?agit de permettre aux employés de profiter de leur retraite? avant qu?il ne soit trop tard. Mais, souligne-t-il, certaines entreprises offrent déjà une option préretraite aux employés qui auraient un problème médical. « Dans ces secteurs, l?employé passe, tous les six mois, une évaluation de performance, parfois assortie d?un examen médical. Si le salarié présente des problèmes médicaux, on lui conseille de partir à la retraite. » Le changement de poste vers un travail moins éreintant n?est, hélas, pas pratiqué à Maurice. Si ce qui est pénible pour certains ne l?est pas pour d?autres, beaucoup s?accordent à dire que le travail de téléconseiller n?est pas une sinécure. Formés à la va-vite, les téléconseillers sont censés être aimables et efficaces au téléphone. Mais on oublie souvent qu?ils doivent assurer une cadence soutenue, sous le regard de leurs superviseurs. Souvent, l?entreprise de téléconseil n?est pas celle qui a vendu le produit, et elle se trouve aux antipodes du lieu d?achat, comme à Maurice. Résultat : le téléconseiller est parfois mal informé, le client s?énerve et les échanges deviennent agressifs.
Le téléconseil, qui n?est par définition pas très pénible physiquement, serait l?une des branches où on note beaucoup de démissions ou de renvois.
Le travail à la chaîne peut également être éreintant, comme pour la découpe de volaille. Debout à longueur de journée, on débite ces volailles pour les rayons des grandes surfaces. Effectués dans le froid, ces gestes répétitifs ne peuvent être accomplis par des machines.
« Les salariés ont tendance à développer des douleurs musculaires au bras et au cou, voire des tendinites. Ce métier n?attire pas les jeunes, mais ceux qui y sont depuis des années ne voient pas d?autre alternative », explique Reaz Chuttoo.
La solution serait, selon lui, de permettre au salarié d?être polyvalent, pour que le même travail répétitif ne soit pas le pain quotidien.
Construction
Péril sur le chantier
Les ouvriers du bâtiment font un travail dangereux de par la nature même de leur métier. Soulever des parpaings, travailler sur des échafaudages ne répondant pas toujours aux normes, sont autant de risques. Et selon Reaz Chuttoo, de la Federation of Progressive Unions, 85 % des travailleurs sont employés sous contrat. Ce qui fait que cette profession les exploite souvent. « Les statistiques du ministère parlent de 53 accidents en 2006. Ce n?est que le sommet de l?iceberg, car beaucoup n?osent pas se plaindre. Comme le patronat ne paye pas de cotisation à la Sécurité sociale, ces ouvriers, souvent endettés, n?ont pas le courage d?aller se plaindre. » La plupart d?entre eux, en effet, travaillent en sous-traitance pour de petits « contracteurs », et sont souvent sans équipements de sécurité ou de formation. Beaucoup, d?ailleurs, ont appris le métier sur le tas. Mais malgré l?expérience, il arrive que des accidents surviennent. Comme en avril 2004, lorsque Lutchanah Bungary et Dayanand Ramlochun ont trouvé la mort sur un chantier à Bel-Air-Rivière-Sèche. Le premier est écrasé sous un porche, alors que Dayanand, qui était sur un échafaudage, est décédé d?une fracture du crâne. Un des fils de Lutchanah dira, par ailleurs, qu?il ne comprend pas comment son père a pu succomber sur un chantier alors qu?il a 20 ans d?expérience. Les syndicats, eux, déplorent le manque de Health & Safety Officers au ministère du Travail pour tenir à l??il les patrons peu regardants sur la sécurité.
Secteur manufacturier
Sécurité, vous connaissez ?
Ce secteur regroupe les usines textiles, les fonderies, ou encore les usines de transformation chimique. Et beaucoup d?employés ignorent ce qu?ils manipulent. Par exemple, la résine utilisée pour la fabrication de fibre de verre est classée après l?amiante, en termes de produit carcinogène. Travailler dans une fonderie (photo) comporte aussi des risques. La ferraille est fondue à 1 200 °C dans un four. Les morceaux de ferraille sont triés par les employés avant d?être déversés dans le four. Outre la chaleur, ces derniers se sont souvent plaints de carences en équipements ignifugés. Dans un cas particulier, où un jeune avait trouvé la mort en 2007, les employés avaient montré les cicatrices qui recouvraient leur cou, séquelles des étincelles.
Autre métier dangereux : coupeur de vitre. Patrick Olivier, un Malgache de 26 ans, raconte comment il a failli perdre son poignet il y a un mois.
« Je découpais une vitre avec un collègue quand c?est arrivé. Après avoir coupé les deux extrémités, je lui ai de-mandé de verser, comme il est prévu, de l?alcool sur le milieu du panneau. Ceci afin de pouvoir découper le plastique qui s?y trouve. Puis, il devait le fai-re basculer pour que je puisse continuer à couper. » L?accident se produit lorsque son équipier laisse tomber la vitre sur lui, lui sectionnant presque le poignet. Après une opération, Patrick commence à récupérer l?usage de la main.
Secteur agricole
Mécanique et chimie fatales
On peut mourir en assistant au déchargement d?une cargaison de cannes. C?est ce qui s?est produit en 2004 à Médine, lorsqu?une barre de fer d?un camion a été projetée à 5 mètres avant d?aller se loger dans le cou de François Pierre, un employé d?usine. Le Health & Safety Consultant de la sucrerie a expliqué, après l?accident, que personne ne devrait se trouver à l?arrière de la benne. Par ailleurs, certaines activités comme mélanger et appliquer des pesticides, utiliser des machines, ne sont pas de tout repos. Les produits chimiques peuvent se présenter sous différentes formes : solide, liquide, gazeux. Il convient de les manipuler prudemment, explique un planteur. Pour répondre à la réglementation mauricienne, ces produits doivent être identifiables par leur étiquette. Mais les produits sont parfois mélangés et mis dans d?autres récipients, sans les étiquettes? Là encore, l?ignorance peut être fatale. Car ces produits peuvent pénétrer dans l?organisme de différentes manières : par inhalation de poussières, de fumées, de gaz, mais aussi par voie digestive, avec l?ingestion d?un produit qui transvasé dans des emballages alimentaires, ou par contact indirect, en portant des mains souillées à la bouche. Certains produits sont absorbés par la peau en y causant des lésions. Ils provoquent alors des rougeurs, des brûlures. D?autres peuvent passer dans le sang et se fixer sur certains organes ou tissus, provoquant des intoxications très graves.
ROODRASEN NEEWOOR, MEDECIN DU TRAVAIL
« Il faut sensibiliser tout le monde »
Dans quels métiers voyez-vous une progression des maladies professionnelles ?
Aujourd?hui, le stress est considéré comme une maladie affectant diverses catégories de métiers. Dans des white collar jobs, les cadres supérieurs sont soumis à la pression de la hiérarchie, aux logiques de rentabilité, aux horaires élastiques. Les gens qui travaillent le soir, (infirmiers ou employés de maisons de jeu) doivent composer avec un public ou des clients souvent agressifs.
Quelles sont les conséquences d?un stress mal géré ?
Il entraîne le burn out : on s?use au travail. Chacun d?entre nous y est exposé. Résultat : certains employés se plaignent d?une altération dans la qualité de leur sommeil, deviennent anxieux, voire dépressifs. Le stress, malheureusement, est plus difficile à mesurer qu?une exposition à des produits dangereux.
Dans certains secteurs, le bâtiment, par exemple, on note que les risques ont tendance à s?accumuler. Quel est votre constat ?
C?est vrai. Non seulement les ouvri-ers font un travail difficile, mais ils sont aussi exposés à des produits dangereux comme la poussière et le ciment qui affectent les voies respiratoires et la peau. Ces maladies sont, avec le stress, une des principales causes de consultation chez le médecin. De nombreux maçons et ouvriers souffrent de silicose, maladie due à l?inhalation de poussière de silice, et qui entraîne une transformation fibreuse du poumon.
Mais on a tendance à oublier les travailleurs des stations thermiques qui sont exposés au bruit, et les ouvriers agricoles, surtout ceux employés à l?épandage des herbicides et pesticides. Au contact de ces produits, ils risquent de gros ennuis de santé à la lon-gue. Le problème, c?est que souvent ils n?en ont pas conscience et ignorent les normes de sécurité.
Qui est responsable ? L?employeur qui n?a pas su sensibiliser ses employés à l?utilisation de protections adéquates, ou le travailleur, qui ignore les normes de sécurité essentielles pour garantir sa santé ? Il faut sensibiliser tout le monde à la sécurité au travail.
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