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Clinton/Obama :Bataille sur les valeurs américaines

20 avril 2008, 00:00

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Les « valeurs » sont de retour dans la campagne électorale américaine. Plus précisément la foi et les armes à feu, constituants historiques d?une nation qui s?est construite sur la démocratie et la liberté individuelle, mais aussi par la croix et par le glaive. Surprise, cependant : ces valeurs-là resurgissent du côté démocrate. D?Hillary Clinton ou de Barack Obama, lequel des deux représente le mieux les valeurs profondes de l?Amérique ? Tel est désormais le thème de campagne privilégié de la sénatrice de New York.

Tout est parti de l?enregistrement ? à son insu ? de propos tenus par le sénateur de l?Illinois lors d?une collecte de fonds, le 5 avril à San Francisco. Évoquant le désarroi des habitants des « petites villes », où l?emploi s?est évaporé, il déclare : « Il n?est pas surprenant qu?ils deviennent amers, s?accrochent aux armes à feu ou à la religion, développent de l?antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, de l?hostilité envers les immigrés ou des sentiments antimondialisation. Ils expriment ainsi leurs frustrations. »

Le ton est donné</B>

L?équipe de Mme Clinton voit immédiatement le bénéfice qu?elle peut en tirer. La Pennsylvanie est l?État où la National Rifle Association (NRA), le lobby des ventes d?armes, est le mieux implantée. « Les gens ne s?accrochent pas à la religion, ils tiennent simplement à leur foi. On ne se raccroche pas aux armes à feu, on aime simplement la chasse ou le tir », déclare la sénatrice.

Le spot publicitaire de la campagne d?Hillary Clinton en Pennsylvanie est ex-plicite. Voix off : « Barack Obama dit que les gens des petites villes trouvent un exutoire à leur frustration dans les armes ou la religion. » Une femme apparaît : « Je me sens insultée. » Un homme : « Cela montre combien (il) est hors du coup. » Une deuxième femme : « Je ne crois pas en Dieu par frustration ou amertume. Ma foi est une élévation morale. » Conclusion : « Hillary comprend les citoyens de Pennsylva-nie, elle s?est battue toute sa vie pour des gens comme nous. »

Le ton de la campagne démocrate en Pennsylvanie, et peut-être lors des primaires ultérieures, est donné. Les « bonnes gens » contre l?élite ? avec éventuellement, sur un mode subliminal, le rappel de la thématique noire. Mme Clinton s?adresse délibérément aux Blancs de plus de 50 ans. Son c?ur électoral est là. M. Obama est « un élitiste et un diviseur », martèle-t-elle.

<B>Un contexte différent</B>

Le futur candidat républicain, John McCain, dénonce aussi chez M. Obama « un élitisme d?une condescendance à couper le souffle ». Le sénateur de l?Illinois a « regretté certains mots mal choisis », expliqué qu?il avait seulement voulu dire combien il comprenait les souffrances des victimes de la crise, combien la religion pouvait être pour elles « un rempart ». Mais il peine à se dépêtrer de l?image que son adversaire lui a accolée. Le candidat de « l?unité » jusque récemment, c?était lui. Lui voulait « unifier l?Amérique » au-delà des clivages raciaux, ethniques ou religieux.

Le voilà repoussé dans l?angle mort qu?il voulait absolument fuir : celui du candidat « noir » et « progressiste », terme auquel sont souvent assimilées les « élites » intellectuelles.

Lors de la campagne présidentielle, en 2004, ce sont les républicains qui avaient accusé d?« élitisme » leur adversaire dé-mocrate, John Kerry, avec un succès non négligeable. Cette fois, ce type d?argument surgit dans un contexte bien différent. Les études concernant l?offensive sur les « valeurs » de Mme Clinton sont contradictoires : elle pourrait avoir eu un impact moins important que l?espérait son équipe. Au fond, explique David Axelrod, le directeur de la campagne Obama, les classes moyennes américaines paupérisées sont au-jourd?hui effectivement « amères ».

@ 2 008 Le Monde ? Sylvain CYPEL ? (Distribué par The New York Times Syndicate)</I>

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