Publicité

Faoizia Sayedally, petite mère des pauvres

18 avril 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Invisible à l??il nu. Il est de ces manques qui ne s?affichent pas. Qui ne se crient pas. Qui se font discrètes. Tout en tirant le diable par la queue au quotidien. Faoizia Sahedally n?a jamais vécu autrement.

Ne vous fiez pas à l?énorme poste de télévision qui trône dans le salon. Sa facture d?électricité est impayée depuis trois mois. Quand quatre personnes débarquent chez elle, à cité Borstal, Faoizia Sahedally a un sourire embarrassé. Pour masquer l?instant de panique où elle se demande comment elle va les accommoder. Elle n?a pas quatre chaises, ayant dû retourner au magasin, les sofas qu?elle avait achetés à tempérament, il y a peu de temps.

«Ou pou boir enn tipe siro ?» Elle est comme cela Faoizia. Le c?ur sur la main. Toujours à se soucier des autres. Malgré sa s?ur, souffrant de maladie mentale qui est à sa charge. Malgré le fait que Faioizia est sans emploi. Malgré le fait que son époux cumule les habitudes de la toxicomanie et de la bouteille. Malgré sa fille ? ado de 15 ans ? également à sa charge, Faoizia, c?est un peu un bureau de doléances à elle toute seule.

Quand on lui demande de mesurer son degré de précarité, elle réfléchit. Dit en toute honnêteté : «Mo pa pou dir ou ki zordi pou dime mo pa kone ki mo pou manze.» Ses difficultés sont plus d?ordre hebdomadaires. D?une semaine à l?autre, elle doit «trase».

Ce qui ne l?empêche pas d?être la bonne âme de son quartier. La «madam ki debriye». Faoizia, c?est celle qui connaît la plupart des dimoun miser de cette région de Grande-Rivière. C?est celle qui écrit leurs lettres, les accompagne en cour, chez les avocats, dans les locaux de ministères, pour leurs démarches administratives.

Faoizia croit dans les vertus de la charité. «Si ou fer dibyen, li retourne sa.» Preuve à l?appui, elle raconte comment un jour une touriste française en visite dans le quartier, fut prise d?un besoin naturel urgent. Sans la connaître, Faoizia lui ouvre les portes de chez elle pour lui permettre de se soulager. Quelque temps après, elle recevra un petit paquet de francs. «Se sa mem ki fer mo ena enn koin pou mo zanfan zordi, mo pena pou pay lokasyon.»

Une vie fragmentée. Les misères qu?elle aide à soulager, Faoizia les a bien connues. «Mo pa malere me finans ki manke.» En filigrane, manque d?encadrement familial aussi. Adoles-cente, elle vit au rythme d?une famille désunie. Fille-mère, elle ne peut prendre part aux examens de School Certificate à cause de ce ventre qui arrondit visiblement son uniforme à carreaux d?un collège de Lorette.

Les fréquentations, les pulsions font qu?elle arrête l?école pour être machiniste dans plusieurs usines de textile. Jusqu?à ce que son fils «fer moi aret travay». ému par les années que sa mère a passées à trimer, il lui propose de quitter la vie active pour s?occuper à plein temps de la famille. Tour à tour de la grand-mère, puis du grand-père mourant. Sans oublier la s?ur atteinte de maladie mentale. Sauf que maintenant qu?il a 28 ans et qu?il a des projets de mariage, Faoizia sent bien que sa situation va empirer.

Garde-malade pour tous, Faoizia en a oublié toute ambition. À 46 ans, elle se voit déjà vieille et finie. «Ki mo pou al fer aster la ?» Elle n?attend plus que la libération. Dans quelques années, quand Salima, la dernière, volera enfin de ses ailes.

Publicité