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Désintérêt de la presse politique pour des élections villageoises
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Désintérêt de la presse politique pour des élections villageoises
Pourquoi ?... Ne comptez pas sur moi pour vous donner une réponse satisfaisante à cette question pourtant lancinante et devant empêcher tout Mauricien, véritablement épris d?authentique démocratie régionale, de dormir du sommeil du juste. A cette question, il n?y a peut-être qu?une seule réponse explicative : des politiciens, démagogues ou pas, et leurs dirigeants se moquent comme de l?an quarante des élections villageoises. A leurs yeux, intéressés par le seul et unique pouvoir central et centralisateur, elles ne sont que poudre aux yeux qu?on jette en pâture à une population rurale, pourtant chérie, dorlotée, chouchoutée, pour mieux emberlificoter les villageois et leur faire comprendre qu?insignifiants ils sont et qu?insignifiants ils resteront, que les locataires de l?Hôtel du Gouvernement soient d?affreux colonialistes ou des fils du sol, osant se vanter de 40 ans d?indépendance mais pourtant incapables d?accorder le moindre pouvoir régional à neuf conseillers élus par d?autres villageois. On ne peut pas mieux témoigner un souverain mépris à l?égard du petit peuple mauricien, en décrétant que de simples villageois sont absolument incapables d?exercer le moindre pouvoir décisionnaire et exécutif sur le territoire de leur commune.
Villageois, ces politiciens, centralisateurs à outrance, ont pourtant cent fois raison de vous traiter comme des moins que rien car il ne se lèvera pas un seul d?entre vous pour oser leur dire qu?ils ont tort sur toute la ligne et que l?heure de l?indignation et de la résistance a sonné depuis belle lurette. Comme des moutons bêlant, vous acceptez sans broncher de vous déculotter devant ces politiciens de tous poils et de tous partis. Pourquoi leur en vouloir alors, s?ils continuent à abuser de la position que vous adoptez si docilement ? En leur montrant le meilleur de vous-mêmes, vous les invitez à user et à abuser de vos bonnes dispositions à leur égard et même de votre consentement. Comme il vous plaira... mon Prince charmant !
Et pour mieux vous prouver que les politiciens, les partis politiques et les journaux qu?ils contrôlent vous considèrent comme des moins que rien, pour ne pas dire quelque chose de plus vulgaire, je vous renvoie volontiers aux élections qui se tiennent le dimanche 10 avril 1983 dans 90 villages de Maurice. Je vous renvoie aux 810 villageois que cet électorat, éminemment rural, désigne comme conseillers régionaux. Que ce soit avant, pendant ou après ces élections villageoises du 10 avril 1983, seuls les journaux indépendants prennent vraiment la peine de couvrir exhaustivement ce scrutin régional, n?ayant intéressé, il est vrai que quatre électeurs villageois sur 10. Si vous, ruraux, ne vous intéressez pas aux élections villageoises, pourquoi voulez-vous que d?autres personnes, politiciens compris, s?y intéressent ? Vous étiez pourtant 239 595 électeurs ruraux appelés aux urnes pour élire démocratiquement 9 conseillers par village. Les précédentes élections villageoises ont lieu en 1971 et en 1979. Les électeurs ruraux sont, alors et en fait, au nombre de 251 190 électeurs mais 11 595 électeurs de 8 villages ne voteront pas car seulement neuf d?entre eux ont soumis leur candidature. Ils ont donc été nommés d?office et sans élection, le jour du dépôt des candidatures. Quelque 1 955 candidats se disputent les 810 sièges de conseillers de village disponibles dans 90 villages. Quarante-neuf d?entre eux se désistent dans les délais impartis.
La publication des résultats des élections villageoises n?intéresse que les journaux indépendants, exception faite pour Le Socialiste du PSM d?Harish Boodhoo qui se contente de titrer, plutôt gratuitement d?ailleurs, que « les villageoises constituent un sérieux revers pour les groupements pro-MMM », que Bérenger est « en chute libre » dans les villages, que ses protégés mordent partout la poussière, qu?elles n?ont pas suscité un grand intérêt. Il y a même un petit couplet en faveur de... Marcello d?Unienville, arrivé en tête de liste à... Triolet. Apparemment, les élections villageoises n?intéressent le PSM que s?il peut prouver qu?elles desservent sa bête... noire, Paul Bérenger.
Mais c?est quand même bien mieux que les journaux travaillistes et mauve (The Nation de Satcam Boolell, Advance de Seewoosagur Ramgoolam et Le Militant du MMM de Paul Bérenger) qui donnent l?impression que les résultats des élections villageoises du dimanche 10 avril 1983 ne représentent aucun intérêt pour leurs lecteurs. Pas le moindre entrefilet les concernant. Nos villageois sont ainsi avertis : leurs élections ne sauraient intéresser des journaux partisans politiques, militants ou travaillistes. Nous examinerons demain l?analyse approfondie que leur donne la presse indépendante, l?express allant jusqu?à donner les résultats complets dans 37 de ces 90 villages.
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