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Citizen jazz

17 avril 2008, 00:00

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Left, right. Left right. Pour elle, ses parents rêvaient de galons. Que Gina Jean Charles suive les traces de son pater, caporal dans la force régulière. Elle a préféré tracer sa voix. N?écouter que son jazz. Tant pis pour ceux qui jasent.

Gina a choisi de ne pas être dans le rang. «Mo impe bizar». Un peu à part. C?est comme cela qu?elle le sent son jazz.

Gina, à sa façon, a de l?ambition. Veut chanter au loin, qui sait, en commençant par La Réunion. Pour ses débuts, la chanteuse de jazz nous convie à un concert avant même qu?elle ait fait un album.

Premier rendez-vous demain au conservatoire François Mitterrand à Quatre-Bornes. Mise en bouche pour un opus qui devrait, si tout va bien, sortir d?ici la fin de l?année. C?est comme cela quand un producteur croit en vous. Un monsieur qui préfère que son nom ne soit pas cité, parce qu?«il est un peu soy».

Gina Jean Charles a les accents de la conviction. Sauf qu?ils sont bien enfouis sous des tonnes d?hésitations. Des phrases courtes, souvent laissées en suspens. Nous laissant sur notre faim.

Ne vous fiez pas à sa carrure. A son physique généreux. A ses cheveux qu?elle touche souvent avant de s?avouer vaincue, «ayo pa kapav fer narien».

C?est d?une voix de petite fille qu?elle fait l?effort de se raconter. «Mo byen timid», répète-t-elle pour se justifier. Avant de nous confier qu?elle se soigne, en allant régulièrement chez un dinosaure du théâtre, qui a encore toutes ses dents. Où elle va apprendre à communiquer avec le public. Ne plus seulement enchaîner les chansons et essayer d?oublier tous ces yeux qui vous fixent.

C?est pieds nus que Gina vient ouvrir la porte de l?appartement où elle est récemment venue vivre avec sa mère, à Pointe-aux-Sables. C?est d?une main ferme qu?elle retient le gentil toutou qui la suit comme son ombre dans la maison.

Elle chante au Prince Maurice, à l?Oberoi, au Taj Exotica. C?est dans cet univers-là que son manager la découvre. C?est dans ce milieu là qu?Ernest Wiehé tombe en arrêt au son de cette voix jazz

Ce n?est pas qu?il faille lui tirer les vers du nez. C?est juste qu?elle craint de trop en dire. De passer à côté de l?essentiel d?une existence que, tout compte fait, elle n?a pas eu l?occasion de vivre. A 26 ans, Gina n?a exploré que deux mondes : l?école, les cabarets à l?hôtel. En même temps, elle a du «mal à se rendre compte qu?elle a passé le cap des 25 ans». Et entre son travail et le concert, «gagn zis letan manze boir dormi».

Gina, c?est la banalité sublimée. Une mauvaise élève, qui dit sans honte qu?elle détestait l?école parce qu?il fallait se lever tôt. Son soleil à elle se lève vers midi. «Se enn bon ler pou leve non ?», dit-elle avec son sourire d?ingénue. Une mauvaise élève qui échoue aux examens du School Certificate. «Enfin, dans certaines matières j?ai eu de meilleures notes que d?autres qui avaient appris leurs leçons. Mais bon, monn fel dan angle».

Un voisin, dans les quarters de la police de Bell-Village, où elle a passé son enfance, un ami de la famille, Clency Arimon vient lui proposer de faire du cabaret. «Il est venu demander cela à mes parents comme on demande la main de quelqu?un.» Les parents «soi-disant sévères», comme dit Gina, sous l?oeil rieur de sa mère, finissent par accepter.

Et la voilà lancée. Sans répétitions. Sans rien. Juste avec le trac. Avec son inexpérience de fille aimant chanter tout ce qu?elle entend à la radio. Avant que les musiciens ne l?orientent vers le jazz.

Justement, le concert de demain, Gina en parle comme d?un examen. De passage. Entre le circuit hôtelier et le public local. Car depuis sa première fois, il y a sept ans déjà ? elle avait tout juste 18 ans à l?époque ? trois fois la semaine, elle chante. Au Prince Maurice, à l?Oberoi, au Taj Exotica. C?est dans cet univers-là que son manager la découvre. C?est dans ce milieu là que Ernest Wiehé tombe en arrêt au son de cette voix jazz. «Ankor enn tigit li aret koze», raconte Gina. «C?est pas pour me flatter, me linn aret koze», dit-elle dans un sourire. Assez en tout cas pour l?accompagner sur scène demain soir.

Pour lui donner un espace pour s?exprimer. Faire ce qu?elle sait le mieux : improviser. La petite fille qui, dès ses 6 ans, restait «tousel tousel» avec sa musique, malgré la présence de trois soeurs à la maison. L?adolescente de 16 ans qui fréquentait la chorale de l?église de Cassis a beaucoup grandi. C?est comme avec la police. Pas question de se conformer. C?est son jazz qu?elle veut chanter. Surtout ne pas imiter le disque, comme elle voit trop souvent le faire, dans le milieu hôtelier. Surtout ne pas se contenter de reproduire le son des autres.

Mais créer. Comme sur Imagine, l?avant-goût d?elle qui passe sur les chaînes radios. Faire du vieux avec du neuf. C?est John Lennon qui doit être content. Avait-il imaginé cela ? Gina elle, s?imagine déjà un peu ailleurs. Elle espère que ce concert lui ouvrira des portes. «J?ai fait ce métier pour de l?argent, maintenant j?ai envie de le faire pour moi». Car c?est sans prétention que du haut de ses sept années à l?hôtel, son concert à venir et son album futur que Gina Jean Charles dit déjà : «ma carrière».

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