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Les raisons du déclin
Jusqu?en 1995, le pays produisait environ 30 % ? 800 tonnes ? de la consommation de viande fraîche bovine. Toutefois, les décisions prises à la fin des années 90 devraient être revues pour dynamiser la production non seulement de la viande bovine mais aussi d?autres produits agricoles. À l?époque, les éleveurs étaient assurés d?un marché et d?un prix garanti par la Mauritius Meat Authority (MMA), qui était aussi le seul importateur de bétail destiné à l?abattage. En cette capacité, elle accordait priorité à l?abattage du bétail local et importait la différence nécessaire pour satisfaire les besoins de la consommation locale.
Mais en 1996, le gouvernement décide de libéraliser l?importation des animaux destinés à l?abattage et de revoir le rôle de la MMA. De ce fait, le rôle de cet organisme s?est limité à la gestion de l?abattoir central. L?importation passe entre les mains du privé et de groupes de bouchers. Dans ce nouvel environnement, les bouchers donnent priorité à l?importation plutôt qu?à la production locale. Les gros éleveurs, essentiellement les propriétés sucrières, qui assuraient jusqu?alors 70 % de la production locale de viande fraîche, commencent à éprouver des difficultés pour vendre leurs animaux.
Résultat : ils ont tous, à l?exception de la sucrerie Savannah, abandonné l?élevage. Et, du même coup, le pays passe de 30 % d?autosuffisance en viande bovine fraîche à 5 % aujourd?hui. «Nous avions attiré l?attention des autorités sur les effets négatifs qu?aurait la libéralisation de l?importation sur la production locale. Cependant le gouvernement ne nous a pas écoutés. Aujourd?hui, les faits nous donnent malheureusement raison», souligne Jean Cyril Monty, responsable de la diversification au sein de la Chambre d?Agriculture. Aujourd?hui le pays produit moins de 100 tonnes de viande bovine fraîche, dont la production de Rodrigues, provenant essentiellement de petits éleveurs. Ces derniers assurent aussi la totalité de la production laitière évaluée à 2,5 millions de litres.
Dans les années 80, quatre sucreries s?adonnaient à l?élevage de laitier. Elles contribuaient à hauteur de 40 % de la production nationale de lait frais, Le reste venait des petits éleveurs. La production d?alors était de 12 millions de litres. L?industrie sucrière a beaucoup investi dans la production laitière à travers l?importation de races productives, la création de pâturages et l?installation de laiteries modernes, à l?instar de Mon Loisir. Mais les coûts de production étaient élevés et les sucreries éprouvaient des difficultés à écouler leur production.
Le lait en poudre importé coûtait nettement moins cher, notamment celui d?Europe en raison des subventions massives aux éleveurs européens et le dumping pratiqué par certains pays. Les pertes des éleveurs, très significatives, ne cessaient de s?accumuler.
Hausse du fret et instabilité climatique
Mais, aujourd?hui les données ont changé, l?Union européenne a, sous la pression de l?Organisation mondiale du commerce, revu sa politique agricole commune et les subventions allouées à ses producteurs laitiers de même que le seuil de production. Ainsi, le prix du lait provenant d?Europe est aujourd?hui très élevé.
Maurice importe son lait principalement d?Australie et de Nouvelle Zélande. Or, l?Australie fait face à des problèmes de sécheresse et elle a dû revoir sa production. La Chine est de plus en plus demandeur de lait et de produits laitiers que la Nouvelle Zélande et l?Australie n?arrivent pas à fournir. L?Argentine, autre gros producteur de produits laitiers, n?arrive pas à subvenir aux besoins de sa population et a imposé une taxe à l?exportation sur ces produits. Sans compter la hausse constante du fret et les instabilités climatiques qui affectent davantage la production.
«Tous ces facteurs contribuent au prix élevé auquel nous achetons notre lait, prix qui va continuer à augmenter dans le court à moyen terme, sans compter les risques de pénuries ponctuelles. Toutes les conditions sont aujourd?hui réunies pour envisager une relance de la production locale à un prix compétitif par rapport à l?importation.» Selon Jean Cyril Monty, certaines propriétés sucrières et d?autres entreprises privées sont intéressées à se lancer dans la production de lait. Quant aux petits éleveurs, il faut les encourager et les encadrer afin qu?ils se lancent dans la production industrielle.
Mais est-ce que l?industrie sucrière est disposée à s?engager à nouveau dans la production de viande bovine ? Jean Cyril Monty répond : «Les gros éleveurs sont toujours refroidis par la libéralisation de l?importation du bétail. Toute relance de la production devra être revue en tirant des leçons de la politique actuelle qui n?incite pas les producteurs à s?engager. Nous ne pouvons pas dépendre des bouchers pour écouler la production. Il faut une décision politique pour intéresser de nouveau les gros éleveurs à investir dans la production de viande bovine.»
Et l?élevage de cerfs ? La production est de 500 tonnes actuellement. Dans les conditions actuelles, l?on pourrait augmenter la production des chasses en autorisant les éleveurs qui louent les terres de l?État à augmenter leur surface sous pâturages. Au niveau de l?élevage intensif (feedlots), le potentiel existe pour augmenter la production sur des terres marginales qui seraient abandonnées avec la réforme sucrière. Toutefois, l?aspect marketing devra être revu.
«Toute relance de la
production devra être
revue en tirant des leçons
de la politique actuelle
qui n?incite pas les
producteurs à s?engager.
Nous ne pouvons pas dépendre des bouchers
pour écouler la production.
Il faut une décision
politique pour intéresser
de nouveau les gros éleveurs
à investir dans la production
de viande bovine.»
À cet effet, la Coopérative des éleveurs de cerfs est en consultation avec une compagnie locale engagée dans le marketing de produits alimentaires. «Si toutes ces conditions sont réunies, en 2015 la production de viande de cerf pourrait atteindre les 650 tonnes annuellement», estime Jean Cyril Monty. À son avis on peut aussi augmenter la production de certains légumes, comme par exemple la pomme de terre. Les sucreries du Sud se sont regroupées en vue d?augmenter la production pour la consommation et aussi la transformation.
Investir pour produire dans la région
Si tout se passe comme prévu, d?ici deux ans, ces sucreries auront augmenté substantiellement leur production de 4 000 à 10 000 tonnes par an. La production nationale devrait donc atteindre les 20 000 tonnes, contre 14 000 tonnes actuellement. Les besoins sont de 25 000 tonnes par an. Cela représenterait un seuil d?autosuffisance de 80 % contre 55 % actuellement. Mais l?accent, à son avis, doit être mis sur l?augmentation de la productivité des plantations de légumes, en régression depuis plusieurs années. Une hausse de la productivité de 10 % équivaudrait à une production additionnelle de 8 000 tonnes de légumes sur la même surface. Quant aux oignons, vu que le prix de vente a été libéralisé depuis novembre 2007, l?on devrait s?attendre à ce que la production passe de 5 000 tonnes à 10 000 tonnes à court terme. D?autre part, les statistiques font voir que 75 % des produits alimentaires consommés sont transformés. Leur consommation était de 65 % au début des années 90. Elle prend de l?ampleur et suit la tendance des pays industrialisés où leur consommation est de 85 %. «Dans ce contexte, il est important que nous produisions davantage de produits qui seront transformés et réduire notre dépendance des matières premières importées», estime Jean Cyril Monty. Mais le plus important dans cette approche de production alimentaire, à Maurice comme, à l?étranger c?est, selon lui, l?aspect économique. Car aucun producteur ne se lancera dans une production s?il n?est pas assuré d?un profit raisonnable sur ses investissements, surtout que l?agriculture est une activité à haut risque.
«Le gouvernement encourage les entrepreneurs à investir à Madagascar ou au Mozambique, pour la production de denrées alimentaires. Pour cela, les entrepreneurs locaux devront investir des sommes évaluées à plusieurs dizaines de millions de roupies pour la préparation mécanique des terres, l?achat des équipements agricoles et de post-récolte ainsi que l?installation des chambres froides et de dépôts ventilés pour le conditionnement des produits.» Jean Cyril Monty estime que ce n?est qu?à ces conditions que les projets pourront aboutir car le but est d?exporter sur Maurice un produit de qualité à un prix compétitif.
En retour, le gouvernement devrait aider ces entrepreneurs à trouver des fonds pour financer leur projet, à travers des bailleurs de fonds internationaux ou des banques locales qui pourraient offrir des taux compétitifs pour tout projet régional voué à l?agriculture et surtout garantir à ces entrepreneurs un marché et un prix plancher pour leur production. «Si toutes ces conditions ne sont pas réunies, je crains que nous ne rations une chance unique de faire de la coopération régionale le fer de lance de notre bataille contre l?insécurité alimentaire», conclut Jean Cyril Monty.
■ La situation n?est guère brillante dans le secteur de la pêche. Avec les problèmes de recrutement de pêcheurs, l?augmentation de l?importation pour satisfaire les besoins de la consommation, la rigidité des procédures de vérification des bateaux de pêche avant leur départ en campagne, le prix du carburant, et la hausse des coûts d?opération en général et les difficultés financières pour renouveler la flotte vieillissante, le nombre de bateaux de pêche a diminué, passant de 11 en 2001 à sept en 2007. Trois de ces sept bateaux de compagnies mauriciennes battent pavillon étranger et ont des permis pour pêcher sur les bancs de pêche de Maurice.
LA MSPA OFFRE SON AIDE POUR LA POMME DE TERRE
■ La «Mauritius Sugar Producers Association» (MSPA) compte poursuivre ses discussions avec les autorités pour voir dans quelle mesure les obstacles à l?autosuffisance en pomme de terre peuvent être aplanis.
Il s?agit d?obstacles ayant trait aux cycles de production, aux facteurs de stabilisation des volumes et des prix tout au long de l?année, des capacités additionnelles de stockage, et de l?approvisionnement en quantité suffisante de semences de bonne qualité. La MSPA dit avoir toujours été «consciente de l?importance d?assurer un certain niveau de sécurité alimentaire sur notre propre sol, et reste prête à collaborer avec toutes les parties concernées afin d?aider le pays à faire face à ce défi». Ceci est d?autant plus applicable pour atteindre l?autosuffisance dans la production de pomme de terre.
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