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Avis de déchets

14 avril 2008, 20:00

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Les images ont fait le tour du monde. L?année dernière, la ville italienne de Naples croulait sous des montagnes de déchets en raison de la saturation de ses centres d?enfouissement, ce qui lui a valu le peu envieux sobriquet de «capitale des déchets». Excédés, les citadins ont fait fi des risques sanitaires et se sont mis à brûler les piles de détritus qui pouvaient s?élever jusqu?à trois mètres de haut. À Maurice, on n?en est pas encore là. Mais la convergence de plusieurs facteurs fait que le pays est loin d?être à l?abri du «scénario Naples».

Pour commencer, jetons un ?il dans la poubelle d?un Mauricien moyen. Il produit environ un kilo de déchets solides quotidiennement. On y trouve 12 % d?emballages (plastique et verre); 10 % de papier ; 8 % de ?déchets divers? (textile, métal et autres) ; 45 % de déchets alimentaires et 25 % de déchets provenant du jardin.

Si on considère que pas moins de 80 % des deux dernières composantes sont des détritus organiques et donc «compostables», on constate qu?on pourrait épargner à plus de la moitié de nos ordures le tortueux trajet jusqu?au Centre d?enfouissement technique (CET) de Mare-Chicose. Ainsi, plus de 670 tonnes sur les 1 200 tonnes de déchets que Maurice génère chaque jour pourraient être transformées en engrais. Ce qui enlèverait un fardeau considérable des épaules du CET.

Et il faut souligner que le CET est éreinté. C?est ce que soutient un rapport récent du National Economic and Social Council (NESC) intitulé Une Transition vers la Ségrégation et le Recyclage des «Déchets Solides». «L?évacuation des déchets solides vers Mare-Chicose n?est pas un choix durable pour Maurice. Le site d?enfouissement est déjà proche de sa capacité d?assimilation maximale. La situation actuelle suggère que les autorités recherchent urgemment des alternatives pour le traitement et l?enlèvement des déchets solides.» Le rapport est prompt à rappeler que «les autorités seront confrontées à une situation alarmante si une solution n?est pas trouvée dans des délais raisonnables».

Dans son livre blanc sur la Politique Environnementale Nationale (PEN), le ministère de l?Environnement abonde dans le même sens. «Le site d?enfouissement de Mare-Chicose approche de la saturation.» En cause, la hausse de la quantité de déchets engendrée en grande partie par des Mauriciens devenus des férus de la société de consommation. En effet, si en 2000, Maurice a généré un peu plus de 265 000 tonnes de déchets, en 2005, ce chiffre s?élevait à 381 000 tonnes. Ce qui représente une hausse de 43 %.

Optimiste, le gouvernement compte contrecarrer ce problème en s?assurant que la quantité de déchets créés reste inférieure «au taux de croissance économique». Pour cela, les autorités s?engagent à développer une Integrated Sustainable Solid Waste Management Strategy, à mettre sur pied une «collecte durable et des infrastructures de recyclage pour les flux de déchets clés» et à augmenter le recyclage des déchets organiques à travers des projets de compostage et des campagnes de sensibilisation, et bien d?autres.

<B>Nécessaire discipline</B>

D?aucuns placent tous leurs espoirs dans le projet d?incinérateur à La Chaumière sur la côte ouest. Les promoteurs de ce projet affirment qu?il réduira de 90 % le volume de déchets qui devra être traité par le CET annuellement. Il peut aussi se vanter d?avoir d?autres atouts majeurs, telle la création d?emplois et la production de 20 mégawatts d?électricité. De plus, l?incinération a déjà fait ses preuves dans des petits pays très peuplés comme les Pays-Bas et Singapore.

Mais les risques sanitaires posés par un tel projet sont préoccupants. C?est ce que souligne le rapport du NESC, le projet a suscité «de vives protestations de la part de groupes d?habitants organisés qui ont exprimé des anxiétés profondes de l?impact nocif des émissions toxiques sur la santé des habitants». Le NESC qualifie ces craintes de «réelles» et propose que les promoteurs créent «un interface permanent avec le public pour écouter ses problèmes afin de proposer des solutions crédibles dans le long terme».

Comme on n?est jamais mieux servi que par soi-même, c?est à nous qu?il revient de nous discipliner un tant soit peu. Mais les Mauriciens ont-ils le sens civique requis pour se mettre au tri et au compostage ? Apparemment, la réponse est «oui». Le document du NESC rapporte qu?un projet pilote effectué au sein de 56 foyers dans le nord du pays a eu des résultats plus qu?encourageants. «76 % ont démontré une volonté de séparer les déchets alimentaires verts des autres types de déchets solides.» Pour Pamela Bapoo-Dundoo, coordinatrice nationale du Small Grants Programme du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la réussite du compostage à l?échelle nationale passe par la subvention du composteur rotatif, un modèle d?ingéniosité entièrement mauricien (voir hors-texte).

Le compostage ne permet pas seulement de réduire la quantité de déchets organiques à être traités mais aussi à valoriser les autres rebuts, tels les métaux et le plastique. Le livre blanc sur la PEN contient un paquet de belles paroles sur le recyclage. Mais les actions se font attendre. C?est dommage car ce secteur est porteur d?emplois.

Au final, il incombera à tout un chacun de consommer de manière plus intelligente et de consommer moins, tout simplement. La hausse du coût de la vie aura peut-être des retombées positives, au moins de ce côté-là. Mais, avec l?arrivée du projet Tianli et la prolifération outrancière d?Integreted Resorts Scheme, une chose est sûre : il y aura des déchets pour tout le monde !

<B>Le compostage : un jeu d?enfant </B>

● La révolution du compostage a un nom : le composteur rotatif.

Ce produit 100 % mauricien est une création du Dr Romeela Mohee de l?Université de Maurice. Conçue avec les moyens du bord ? un baril en plastique et des tuyaux en PVC ? cette merveille de simplicité vous permettra de faire du compost en huit semaines tout en réduisant vos déchets de manière dramatique. Il suffit de le planquer au fond du jardin, d?y déposer vos ordures organiques et presto ! Vous avez un engrais naturel. Le composteur rotatif peut se vanter d?être léger et mobile et d?avoir une longue durée de vie. «Je l?ai conçu pour que tout le monde sans exception puisse l?utiliser », explique le Dr Romeela Mohee.

Il a déjà été adopté dans 50 écoles et 150 foyers à travers le pays.

Rodrigues, qui semble toujours devancer Maurice en matière de développement durable, en compte 200, et attend encore 400 autres . Vu le prix des fertilisants et le coût de la vie, qui peut se targuer de ne pas vouloir faire des économies ? Le composteur rotatif est disponible à la Fédération nationale des jeunes fermiers à Belle-Mare pour Rs 1 200.

<B>Que pouvez-vous faire ?</B>

● On ne vous le dira jamais assez : compostez, compostez et compostez encore !

Consommez mieux. Au lieu d?acheter quatre petits pots de yaourt, par exemple, achetez un gros pot. Idem pour les bouteilles d?eau, etc.

Consommez moins !

Achetez des produits recyclés.

<B>Savoir plus</B>

http://www.gov.mu/portal/goc/menv/files/fsheet1.pdf www.larevuedurable.com

INTERVIEW

<B>Manoj Vaghjee,</B> <I>Directeur général de «Sustainable Resource Management»</I>

«Il faut démystifier le développement durable»</B>

● <B>Parlez nous de «Sustainable Resource Management» (SRM) ? Quelles sont ses compétences ?</B>

SRM a été créée en 2000. Un des objectifs de la société est d?accompagner les entreprises vers une gestion saine de la performance environnementale en se basant sur des normes internationales de types ISO 14001, ou encore Green Globe. Nous offrons aussi le service des EIA et PER pour tout projet de développement dans notre île. Nous mettons, en plus, à la disposition des entreprises, des compétences d?accompagnement dans le management en général, la qualité, la sécurité des denrées alimentaires, etc.

● <B>A quoi sert le certificat ISO 14001 ?</B>

ISO 14001 est une norme internationale pour le management de l?environnement. C?est surtout une norme qui permet à une entreprise de gérer efficacement ses ressources en énergie, eau, etc., diminuer le gaspillage et de gérer ses déchets. Une entreprise qui gère correctement ses ressources dépense moins pour l?acquisition de ces ressources. Une entreprise qui fait moins de gaspillage est plus profitable. Donc mettre en ?uvre ISO 14001 n?est pas seulement montrer son intérêt pour l?environnement mais c?est un moyen extrêmement puissant pour augmenter la profitabilité de son entreprise.

● <B>Que représente le développement durable pour vous ? Quels sont ses enjeux ?</B>

Ce concept est fondé sur une recherche d?équilibre entre les objectifs économiques, sociaux et environnementaux de la société, ces fameux piliers du développement durable. Et cela implique la reconnaissance de l?interdépendance de ces trois objectifs et même leur complémentarité. Cela veut bien dire que l?un ne peut être considéré sans les deux autres pour tout projet de développement et suppose donc l?intégration de ces objectifs. La réalité est bien différente et, au lieu d?intégration, il y a souvent un compromis entre les objectifs.

Ce qui rend la recherche de cet équilibre difficile est le fait que le concept de développement durable n?indique en aucune manière quel est le poids à donner aux uns ou aux autres de ces dimensions ou objectifs lors de l?étude. Alors, c?est à chaque pays, avec sa volonté politique et ses spécificités, de définir sa stratégie en termes de développement durable.

Tout cela est intellectuellement intéressant pour les initiés du développement durable mais cela ne veut absolument rien dire pour le grand public. Le plus grand défi du développement durable est justement d?y intéresser nos concitoyens. Les gens ne sont intéressés que par des questions spécifiques qui ont du sens dans leur vie : l?utilisation accrue des énergies fossiles et le rapport avec les pluies diluviennes provoquées par le changement climatique?

● <B>Quels sont les plus grands avantages de Maurice en termes de développement durable ? Quels sont ses défis ? </B>

Notre pays est un «Petit état insulaire en développement». Par cet état de faits nous subissons et subirons les conséquences du manque de développement durable de par le monde. Notre manque d?équilibre, s?il existe, entre les dimensions du développement durable n?aurait que des effets insignifiants sur les conséquences du non-développement durable sur le changement climatique, par exemple.

Nous sommes appelés, donc, à nous préparer à faire face, à nous adapter, comme on le dit dans le jargon scientifique. Cela n?empêche pas que Maurice ait mis en place des stratégies pour aller vers le développement durable et ses plans d?action n?ont rien à envier à ceux des pays plus développés. Je vous conseille d?ailleurs, le site du ministère de l?Environnement et de la National Development Unit (NDU) où il y a des factsheets bien intéressants adressés aux étudiants et qui sont d?actualité avec des actions que l?on peut prendre au niveau individuel.

Autre élément intéressant à mentionner pour Maurice : nous bénéficions du financement d?un programme des Nations unies, le Fonds environnement mondial, en fait le programme des micros financement, plus connu sous l?appellation GEFSGP qui est mis en ?uvre à travers le PNUD. Ce programme, dirigé par Pamela Bapoo-Dundoo, bien que portant le mot environnement, demande à ses bénéficiaires de toujours mettre en avant l?aspect de développement durable lors de leur proposition de projet. De ce fait, plusieurs dizaines de projets financés par ce programme ont toujours eu une démarche développement durable.

● <B>Comment une entreprise peut-elle gérer ses déchets de manière «durable» ?</B>

Premièrement, cela commence par diminuer le volume de déchets, c'est-à-dire mettre en place un système de management qui permet de s?assurer que le traitement des opérations est maîtrisé. Une fois que cela est fait, nous pouvons être sûrs que ce qui est produit comme déchets ne pouvait finir autrement. À partir de là, nous pouvons réfléchir à la réutilisation possible de ces déchets par nous-mêmes ou par une autre entreprise et finalement pour tout ce qui ne peut être réutilisé, de considérer le recyclage avant de tout envoyer au centre d?enfouissement, par exemple.

● <B>En quoi consiste la fameuse «démarche citoyenne» qui est si importante au développement durable ? </B>

Pour que le développement durable se mette en place dans un pays, il faut que les institutions gouvernementales, le secteur privé et les institutions de la société civile puissent travailler ensemble. Quel que soit le processus mis en place, ce sont les individus qui mettront en ?uvre cette stratégie et feront usage des mécanismes en place. Pour qu?ils puissent le faire, encore faudrait-il qu?ils aient conscience de la situation actuelle et comprennent l?objectif attendu.

Aujourd?hui, nous réalisons que les gens ne comprennent pas bien le concept de développement durable. Si nous voulons que les gens agissent en pensant aux générations futures, nous avons besoin de créer une conscience de la situation et de proposer des actions au niveau individuel à être prises pour qu?ait lieu le développement durable. Les gens peuvent prendre conscience d?une situation mais, en général, ils n?agissent que s?ils sont directement et personnellement affectés par cette situation. Il y a bien sûr des exceptions, heureusement. À nous de savoir comment présenter la situation et expliquer les conséquences de nos actions vis-à-vis de la situation en devenir.

● <B>Comment pouvons-nous sensibiliser la population au développement durable ? </B>

Il faut démystifier le concept de développement durable. Il faut réaliser que les gens ne s?intéressent qu?à des questions spécifiques qui ont un sens dans leur vie quotidienne, il faut démontrer le lien entre les conséquences d?un manque de développement durable et l?effet sur leur vie ; prendre en considération leurs inquiétudes et leur proposer des actions de tous les jours qui peuvent avoir un effet sur le changement climatique. On peut créer des forums qui leur permettent de s?exprimer et d?échanger en atelier ou sur un site web du gouvernement; faire appel à des experts nationaux et internationaux qui peuvent être des modèles et raconter des success stories?

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