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Michel Ducasse, mots moteur motus

14 avril 2008, 00:00

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Il l?entend dans sa tête d?abord. Une musique. Lancinante. Un rythme l?entraînant. Vers plume et papier. Pour croquer vertiges de l?amour, voltiges de parcours.

Calindromes. Du «câlin» au «drame». Du jeu de mot malin à la fleur qui fane. Michel Ducasse fait un tour sur lui, autour de nous. Dans son nouveau recueil de poèmes publiés aux éditions vilaz métiss.

C?est un poète de La Réunion qui nous explique. Axel Gauvin, un ami. Préface pour dire face-à-face que, «non seulement Michel Ducasse invente l?énigme, mais il en donne le sens. Pas ?pa?, ?ca? : calindrome. Groupe de mots que l?on peut caresser dans les deux sens».

Poète. Peloton. Ses mots condamnent et exécutent. Les systèmes. La société. Poète. A reculons. Ses mots traversent le miroir de l?enfance. Temps révolu qui vous tance. Vertement. De ce vert que seul le souvenir sait faire bourgeonner.

De l?avant au devant. Michel Ducasse lit son passé. Et recompose son présent. En empruntant les passages obligés. Ceux redécouverts par Lisa, sa fille de 10 ans ? dont le poème est placé en ouverture du recueil. Ses premières fois à elle font résonner les «la foi dernyer» à lui. Dans Enn vilaz. Son Goodlands. Terres fertiles en rêves, en «gagn kriye», en «galoupé». Piste de décollage vers Nancy. Les études de lettres. La fréquentation des poètes. De quoi «gorer Senghor».

«Ce recueil que vous tenez entre vos mains est avant tout de tendresses», écrit Axel Gauvin. Michel Ducasse lui, ne perd pas de vue les fondamentaux. «On écrit plus facilement sur ce que l?on a vécu.» Enfance d?un fils de pharmacien, entre le chemin de l?école où «la luciole butine les caramboles», les «simin karo-kann» et «le z de Zéro faute».

Materné par deux langues

Une fois qu?est terminé le processus de distanciation, il peut énoncer son ambition : «enrichir ses deux langues d?expression ? le français et le créole» par sa manière d?écrire.

Car pourquoi choisir ? Pourquoi recourir à l?inconcevable du choisir quand on a comme, Michel Ducasse, «été materné par deux langues»? Lui préfère s?adapter à leurs différentes respirations. Encore une fois ne pas choisir. Entre poésie lyrique ou engagée. Faire les deux. Faire de la résistance. S?insurger. A la fois contre la facilité de certaines constructions poétiques. Comme à la facilité des pièges tendus par la société de consommation.

Chanter. Mettre sur un pied d?égalité la femme aimée. Les «zénes débousolé» de «sité Siber» ou les «ti-bandi». Ecrire depuis ses 15-16 ans. Rendre des comptes à soi d?abord au bout de trente ans ? quatre recueils. Se rendre compte que le travail des sonorités s?est poli. S?avouer qu?il a opté pour la poésie car elle a l?avantage de lui permettre «d?écrire de façon désordonnée». Faux chaos. Vrai regard. Orienté par les illustrations signées David Constantin.

Concours de circonstances. Ti-bandi place Michel Ducasse parmi les 40 poet réunis par Ledikasyon pu Travayer à l?occasion des 40 ans de l?indépendance. Plume que l?on retrouvera également dans le quatrième numéro de la rue de poésie Point Barre, qui sortira cette semaine.

EXTRAITS

La table des couleurs

zéro et zéro indigo

un et un brun

deux et deux bleu

trois et trois lilas

quatre et quatre rougeâtre

cinq et cinq gris zinc

six et six blanc de lys

sept et sept violette

huit et huit anthracite

neuf et neuf jaune d?oeuf

dix et dix iris

Voici la table des couleurs

A conjugueur avec le coeur...

zwazo albatross

Souvan, pou pran nissa bann marin dan bato

Trap zwazo albatross, ki plané lor lamer

E swiv, dan enn ti-poz pares kouma matlo

Lakok pistas ki glis-glisé lor vag lanfer

Létan fini donn zot détrwa kout?pié lors plans

Tou bann lérwa lésiel, golmal, mari dékon

Pa sové, nek bouz fix, dan enn mové silans

E les zot gran lézel tréné kom zaviron

Get kouma li paret dan pins sa vwayazer

Ki fek-la ti gayer, get kouma li boufon !

Matlo bril so labek ki nepli dan lezer

Lot imit so bataz, déklar kaspat lor pon

Enn poet li parey ar zwazo albatross

Kan li défié siklonn, laper fizi saser

Mé dan sagrin lavi, ler li glisé lor ros

Akoz so bel lézel, li tasé lor later

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