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Quelles sont les valeurs d?Aung San Suu Kyi ?

14 avril 2008, 00:00

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Ma Birmanie : Aung San Suu Kyi, Conversations avec Alan Clements, (Traduit de l?anglais ), Editions Stock, 406 pages, 2008, 9,50 euros.

  1. Apprendre le pouvoir des sans-pouvoir

Qu?est-ce qui pousse donc Aung San Suu Kyi (ASSK) à lutter pour le peuple birman ? Elle rappelle que c?était avant tout le sens du devoir qui l?incita à participer pour la première fois au mouvement pour la démocratie,. Par ailleurs, ce sens du devoir était très lié à son amour pour son père, Aung San. «Je ne pouvais pas le séparer de l?amour de mon pays et, par conséquent, du sentiment de responsabilité envers mon peuple.»

ASSK reconnaît l?influence de l?Afrique du Sud et de Nelson Mandela sur sa vision du combat démocratique en Birmanie, bien que ce ne soit pas la seule. L?exemple de l?Afrique du Sud, dit-elle, montre que la raison peut surmonter le préjugé, car le système d?apartheid est fondé sur le préjugé que les « Noirs » ne sont pas aussi humains que les «Blancs». «Il en va de même en Birmanie. Les sentiments de ceux qui s?opposent à la démocratie envers ceux qui la soutiennent relèvent du pur préjugé. Nous aimerions que la raison vienne à bout du préjugé.»

Dans sa représentation d?une Birmanie libre et démocratique, elle ne voit pas un grand pouvoir ou des privilèges pour son parti, la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD), mais moins de souffrance pour le peuple. Elle s?empresse de préciser qu?elle n?a pas une vision idéaliste de la démocratie. Pas d?institution abstraite. La démocratie doit avant tout contribuer au bonheur et au bien-être du peuple : «Nous voulons un pays dans lequel existe une règle de droit, où les gens soient en sécurité dans la mesure où l?on peut être en sécurité dans ce monde, où on les encourage et les aide à acquérir une éducation, à élargir leur horizon, où l?on favorise les conditions contribuant au bien-être de l?esprit et du corps. C?est pourquoi je dirais que le metta est au c?ur de notre mouvement ? un désir de soulager les êtres humains.»

Sur un point précis, la corruption, qui est endémique en Birmanie, ASSK avance des idées qu?on pourrait afficher dans toutes les institutions anti-corruption du monde. ASSK souligne qu?elle ne disparaîtra pas du jour au lendemain et qu?il faudra prendre des mesures pour garantir aux fonctionnaires un salaire correct. «La responsabilité financière est l?un des meilleurs moyens pour contrôler la corruption et dans un système démocratique cela signifie un gouvernement responsable. Mais la corruption est aussi un état d?esprit qui a été engendré par la situation politique. Si les gens au sommet sont corrompus, alors les gens de rang inférieur pensent que c?est très bien d?être corrompu. C?est aussi un problème d?éducation. Nous ferons de notre mieux pour faire comprendre aux gens que la corruption n?est pas un mode de vie et que, si c?est un mode de vie, ce n?est certainement pas le meilleur.»

A une question précise d?Alan Clements sur les facteurs essentiels nécessaires pour que la Birmanie accède à la démocratie, ASSK met l?accent sur la nécessité pour les gens de comprendre qu?ils ne sont pas impuissants. «Ils doivent apprendre le pouvoir des sans-pouvoir. Ils peuvent faire beaucoup pour obtenir ce qu?ils veulent. Ils ne doivent pas se voir impuissants et totalement aux mains des autorités constituées.»

Aussi surprenant que cela puisse paraître, ASSK trouve beaucoup de ressource dans ? l?humour ! Elle admet qu?elle a toujours eu un certains sens de l?humour et qu?elle perçoit toujours le côté ridicule des choses, ce qui l?aide beaucoup parce qu?elle rit de sa propre situation. «Vous savez, je me suis trouvée dans des situations que certains auraient trouvées assez désagréables. Mais ce serait prétentieux. Souvent, je les trouvais plutôt drôles.»

Lisant les dernières lignes de l?essai d?ASSK, «Towards a True Refuge», «? l?obscurité avait toujours été là, mais la lumière était nouvelle», Alan Clements lui demande ce que signifie cette lumière : «La lumière signifie que vous voyez beaucoup de choses que vous ne voulez pas voir, autant que de choses que vous voulez voir. S?il y a de la lumière, évidemment vous voyez tout, et vous devez regarder en face beaucoup de choses qui sont indésirables autant que désirables. Vous devez apprendre à vivre et à supporter la lumière, et voir plutôt que de ne pas voir. Beaucoup de gens qui commettent des injustices ne voient pas ce qu?ils ne veulent pas voir. Ils sont aveugles à l?injustice de leurs propres actes.» C?est ainsi, ajoute-t-elle, que le SLORC ? le groupe de 21 commandants militaires au pouvoir en Birmanie depuis 1988 ? n?ose pas regarder en face le tableau complet, que les gens en ont assez de la situation, qu?ils sont fatigués de la pauvreté, de la corruption, de l?absence de projet et de la stupidité.

Que peuvent faire ceux qui voudraient aider ASSK et le peuple birman à atteindre la démocratie ? Citant le cas de l?Afrique du Sud, elle avoue qu?elle n?a jamais rien acheté venant de ce pays à cause de l?apartheid. «Ceux qui veulent aider la Birmanie à atteindre la démocratie peuvent faire beaucoup de choses, par exemple refuser de soutenir les affaires qui servent à renflouer un système injuste en Birmanie. Chacun peut faire un peu s?il est vraiment intéressé. Tout le monde en Birmanie, et en dehors de la Birmanie.»

Et si demain elle est de nouveau mise en résidence surveillée, quel message voudrait-elle adresser à ceux et celles qui luttent pour la démocratie ? « Personne d?autre que vous-même ne peut vous humilier. Restez forts.»

Le 24 octobre 2007, Aung San Suu Kyi a commencé sa douzième année de détention ?

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