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Quand l?Italie s?ennuie
L?Italie s?ennuie. Jamais, de mémoire de politologue, le pays n?avait connu une campagne électorale aussi insipide. Habituée à orchestrer les polémiques préélectorales et à faire souffler les tempêtes médiatiques, la presse italienne se désole de voir le débat démocratique ainsi encalminé à la veille des élections législatives des 13 et 14 avril. Les gros titres ne sont inspirés que par des événements périphériques aux élections, comme la crise de la mozzarella, l?agonie d?Alitalia ou l?affaire Pizza, du nom du dirigeant d?un petit parti centriste qui, par la force des tribunaux, a bien failli faire repousser la date du scrutin.
Les Italiens n?ont même pas eu droit à un duel télévisé entre les deux principaux candidats, Silvio Berlusconi pour la droite et Walter Veltroni pour le centre gauche. Il aurait fallu donner le même temps de parole aux dix autres prétendants au poste de premier ministre. La RAI s?est contentée d?un simulacre de confrontation en soumettant les deux leaders, le même soir mais séparément, à la question.
Il Corriere della Sera a souligné l? «atmosphère triste» de cette double prestation, que les téléspectateurs ont largement boudée. Walter Veltroni a attiré 13 % de part de marché contre 11 % à Silvio Berlusconi, soit la moitié de l?audience du commissaire Montalbano, un feuilleton populaire donné sur une chaîne concurrente. Favori des sondages, Silvio Berlusconi reste très discret sur ses intentions pour son éventuel troisième gouvernement. «Nous devrons faire beaucoup de choses impopulaires», déclare celui qui, naguère, promettait des «miracles».
Le contexte économique international ne pousse pas aux grandes envolées, quand l?Italie est déjà depuis dix ans dans le wagon de queue européen pour la croissance. Le modèle simple que représentait l?entrepreneur à succès en 1994 d?un pays géré comme une entreprise n?a pas fonctionné. Il Cavaliere semble hésiter sur la politique à proposer, tiraillé entre son penchant libéral naturel et le retour à davantage de colbertisme prôné par Giulio Tremonti, son vraisemblable futur ministre de l?Économie en cas de victoire.
Un tiers des Italiens sont encore indécis, incapables de choisir entre des programmes flous, peu chiffrés et qui se ressemblent. Le climat atone de la campagne est lié au sentiment que ces élections, et la probable alternance qui sortira des urnes, ne changeront pas grand-chose à la situation du pays et de ses citoyens. Les candidats ont conscience de la difficulté de la tâche qui les attend, mais aussi qu?un nouvel échec, après les expériences décevantes des gouvernements Berlusconi et Prodi, ne pourrait qu?exacerber l?hostilité qui se développe depuis quelques mois contre le monde politique.
Jean-Jacques Bozonnet
© Le Monde 2008 Distribué par The New York Times Syndicate
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