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Bienvenue chez les Ch?tis
Nous sommes une toute petite nation schizophrène dans laquelle se côtoient diverses identités. Sous d?autres cieux, les identités varient plutôt d?une région à l?autre, à l?intérieur d?un même pays. Ce qui, l?ignorance de part et d?autre aidant, donne souvent lieu à des malentendus et des idées reçues dont certaines comédies ont su tirer parti. Des comédies anglaises, par exemple, jouant sur les disparités régionales à l?intérieur de la Perfide Albion. Ce sont des films qui sont souvent difficilement exportables pour la bonne raison que le reste du monde n?est en général pas très au courant de ces disparités.
Une des raisons du succès international de Bienvenue chez les Ch?tis, film de Danny Boon - fantaisiste/comédien/ réalisateur et scénariste - tient peut-être de la façon dont ce dernier a su devant un public mondial, faire passer des idées reçues que se font les habitants du Sud de la France sur leurs compatriotes du Nord. Certains lecteurs auront en tête la célèbre chanson de Pierre Bachelet («?Au Nord, c?était les corons, etc.»).
D?autres penseront au Yorkshire («le tiers-monde») et à ses habitants. Les clichés concernant cette région du Nord-Est de l?Angleterre sont plus ou moins semblables à ceux ayant trait à la région du Pas-de-Calais : pays minier, houille, grisaille permanente, pluie, froid, chômage, pingrerie des habitants qui parlent un dialecte incompréhensible, etc. C?est la région où Philippe Abrams/Kad Merad, directeur des postes à Salon de Provence (région pimpante et ensoleillée) se voit muter, suite à une mesure punitive. Énonçant les préjugés qu?entretiennent ses personnages méridionaux, Danny Boon facilite notre compréhension. Il n?hésite pas à faire dans la démesure, ce qui rend la caricature très efficace.
Ainsi, Julie/Zoé Félix, épouse maniaco-dépressive de Philippe Abrams, est persuadée que son mari s?en va dans un enfer polaire peuplé de rustres alcooliques. Ce dernier se fait consoler par tout son entourage et même par des gendarmes sur l?autoroute. Et, il y a cette scène où Michel Galabru faisant une courte apparition, met tout ce qu?il y a de révulsion dans sa voix pour dire : «C?est le Noohrrd ! C?est le Noohrrd !»
On devine les spectateurs français renvoyés à leurs propres préjugés. Ce qui ne manque pas de nous réconforter, nous autres Mauriciens qui n?avons jamais d?idées préconçues sur personne. Il va de soi que le héros se retrouve confronté aux particularités régionales, une fois arrivé à l?autre bout ; c?est-à-dire à Bergues, petite ville du Pas-de-Calais. La caricature se fait cette fois principalement à travers le facteur Antoine/Danny Boon et sa mère dominatrice interprétée par une Line Renaud presque à contre-emploi et extraordinaire. Les traits sont évidemment forcés, tant pour les personnages que pour la gastronomie (fromages forts, baraque à frites) et pour les coutumes de la région (l?hallucinante tournée du facteur), mais la caricature n?est jamais méchante.
Danny Boon, homme du Nord de la France, veut nous faire découvrir le charme de sa région et partager l?affection qu?il ressent pour ses habitants. Il y parvient autour d?une histoire d?amitié naissante entre son personnage et celui de Kad Merad. On y croit, même si sa réalisation n?a rien d?original et que son scénario se perd un peu en chemin. Son film ressemble à du vrai cinéma, alors que d?autres productions françaises du genre ressemblent par moments à des téléfilms. Et surtout, Bienvenue Chez les Ch?tis est une comédie dans laquelle on rit du début, lorsque Kad Merad commet la bourde irréparable, jusqu?à la fin et presque sans temps mort. Ce qui est assez rare.
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