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«L?obésité est liée à 90 % à notre style de vie»
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«L?obésité est liée à 90 % à notre style de vie»
● Pourquoi pratique-t-on la chirurgie laparoscopique dans le traitement de l?obésité ?
Dans 98 % des cas, l?obésité morbide ou l?obésité clinique sévère, qui est caractérisée par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 40, ne se contrôle pas qu?avec des médicaments et un régime alimentaire. Cette obésité sévère est source de nombreux problèmes de santé tels que le diabète, l?hypertension, les maladies cardiovasculaires, l?apnée du sommeil, pour ne citer que ceux-là.
Cette obésité peut être traitée par le biais de la chirurgie. Durant ces dernières années, on a fait appel à la chirurgie laparoscopique. En comparaison avec la chirurgie usuelle, elle est moins douloureuse, réduit le temps de convalescence et les risques de complications postopératoires.
Elle consiste à pratiquer quatre à cinq incisions chirurgicales d?un centimètre chacun pour accéder à l?estomac, après insertion d?une caméra en trois dimensions.
● Comment procédez-vous ?
Il y a trois types d?interventions chirurgicales laparoscopiques pour traiter l?obésité. D?abord la pose de l?anneau gastrique ou gastric banding. Elle consiste à pratiquer quatre à cinq petites incisions dans la partie supérieure de l?abdomen afin de poser un anneau ajustable en silicone dans la partie supérieure de l?estomac. Cet anneau réduit la capacité de l?estomac, stimule dans la foulée les récepteurs de satiété et indique au cerveau que le sujet doit arrêter de s?alimenter. Si ce dernier persiste, il aura des nausées et vomira.
Le patient peut rentrer chez lui le jour même de l?intervention.
La deuxième intervention est la gastrectomie en manche ou sleeve gastrectomy. Elle consiste à enlever deux tiers de l?estomac pour n?en conserver qu?un tiers, soit l?équivalent de 50 à 60 millilitres. Cette intervention réduit le taux d?hormone Ghrelin qui nous fait ressentir la faim lorsque nous voyons de la nourriture. De ce fait, le sujet n?a plus faim.
Cette opération dure une heure et demie et le patient peut regagner son domicile au lendemain de l?intervention.
La dernière technique, la dérivation gastrique ou gastric by-pass, se pratique à l?aide d?agrafes en titane. Le chirurgien crée une petite poche d?estomac juste après l??sophage et court-circuite près de 90 % de l?estomac et les quelques premiers mètres du petit intestin. Cette petite poche spéciale est ensuite connectée au reste du petit intestin.
Cette opération fonctionne sur les principes de réduction et de mauvaise absorption de l?alimentation. Elle dure une heure et demie et nécessite une hospitalisation de deux jours.
● Sur quoi vous basez-vous pour appliquer ces différentes techniques ?
Dans le cas de patients jeunes, ayant une bonne alimentation et qui peuvent pratiquer de l?exercice, je privilégierai la pose d?un anneau gastrique. Si les patients sont relativement jeunes avec une faible capacité d?alimentation, je m?en tiendrai à la gastrectomie en manche. Dans le cas de patients plus âgés et ceux ayant un IMC supérieur à 50, je pencherai pour une dérivation gastrique.
L?IMC se calcule en divisant le poids en kilogrammes par la taille en mètres carrés. Un indice inférieur à 24,5 est considéré normal. Entre 24,5 et 30, la personne est en surpoids. Entre 30 et 35, on parle d?obésité de niveau 1. Entre 35 et 40, c?est l?obésité de niveau 2. Quand l?indice est de 40 et plus, c?est l?obésité de niveau 3, qu?on nomme aussi l?obésité morbide.
● Quels sont les bénéfices de cette chirurgie laparoscopique appliquée à l?obésité ?
Il y a d?abord le fait que ces patients perdent entre 85 et 90 % de leur poids excédentaire durant les deux premières années suivant la chirurgie. Ensuite, les études mondiales sur la chirurgie de l?obésité et le diabète de type 2, menées aux Etats-Unis, au Brésil et à Mumbai, indiquent que dans 90 % des cas, le diabète des patients ayant subi une dérivation gastrique est complètement guéri. Il en va de même pour ceux souffrant d?apnée du sommeil et d?ulcères à la jambe.
De jeunes femmes qui étaient obèses et qui souffraient d?infertilité, ont constaté une réversibilité de leur état après l?intervention. Ceux qui étaient hypertendus, ont vu une baisse de leur tension artérielle après la dérivation gastrique.
Je fais partie d?un projet global de recherches visant à évaluer si une dérivation gastrique modifiée aurait des effets similaires sur les personnes non-obèses. Les tout premiers résultats sont très encourageants.
● En quoi les obèses asiatiques sont-ils différents des obèses américains ?
Les obèses américains portent leur graisse sur tout le corps. 80 % des obèses asiatiques sont minces mais portent leur graisse sur l?abdomen et le ventre. Leur IMC est bas mais il n?empêche qu?ils sont diabétiques et hypertendus. Cela explique le fait que les dernières recherches sur le diabète ont tendance à se concentrer en Asie. Pour un IMC identique, un Asiatique a au moins 5 % de graisse en plus qu?un Américain.
● Le facteur génétique joue-t-il un rôle important dans l?obésité ?
De nos jours, il est connu que dans l?obésité, seuls 5 % des cas sont liés à un dysfonctionnement hormonal et 5 % au facteur génétique. Ce qui signifie que 90 % des cas d?obésité proviennent du style de vie et de la forme du corps ou bodytype. Les gouvernements devraient agir à ce sujet.
● Etes-vous à Maurice en vacances ou pour le travail ?
J?aurais voulu que ce ne soit que pour des vacances mais j?entends rencontrer des représentants du gouvernement pour voir dans quelle mesure nous pouvons dégager une forme de collaboration dans le domaine de la recherche sur le diabète et la formation de médecins mauriciens en chirurgie laparoscopique. Actuellement, je forme plusieurs chirurgiens bangladeshi, pakistanais, philippins. Pourquoi pas des chirurgiens mauriciens ?
● Quel message voudriez-vous transmettre aux Mauriciens ?
Je suis convaincu que le plus grand tueur silencieux de ce siècle sera la «diabésité», contraction de diabète et d?obésité. Les Indiens et les Mauriciens proviennent d?un groupe génétique commun. Ils développent, de ce fait, le diabète et l?hypertension malgré des IMC inférieurs. Par conséquent, il est très important que nos populations et nos gouvernements prennent des mesures concrètes et sérieuses pour éradiquer cette épidémie.
Les Mauriciens peuvent m?écrire ou visiter le site www.obesenomore.org pour en savoir plus.
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