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Style cabaret

7 avril 2008, 00:00

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Style cabaret

Ah, ces ?win-win situation?! Si en plus jalsa la largue. Que demander de plus ? La nouvelle idée des hôteliers pour les 40 ans de l?indépendance, c?est en quelque sorte de «démocratiser» ? méfions-nous des mots à la mode ? les spectacles présentés dans les hôtels.

Destinés par définition au public payant des établissements étoilés, ces cabarets sont montrés les week-ends dans les régions Nord, Sud et Est. Du Linzy Bacbotte si vous avez de la chance. Au pire, le carnaval de Rio. Enfin ce qu?il reste de la chaleur des favela après être passé par Baie-du-Tombeau. C?est-à-dire quelques plumes, des paillettes. Pas grand-chose d?original. Et surtout pas grand-chose de local. Pas grand-chose qui ferait la promotion de la richesse culturelle locale auprès d?une clientèle que l?on espère toujours plus nombreuse. Que l?on espère fidéliser par dessus le marché.

Qu?est-ce qu?on lui propose après son calamar grillé ? Au mieux, des pointures du séga. Même s?ils sont certains à cracher dans la soupe, la vie de cabaretier est le débouché le plus sûr pour un artiste local. Demandez à Claudio Veeraragoo, Jean Claude Gaspard, Serge Lebrasse, Michel Legris. Ou une jeune fille qui aurait ne serait-ce qu?un vague sens du rythme.

On trime certes. Mais ils sont nombreux les pères et mères de famille à faire bouillir la marmite comme cela. On fait du six sur sept quand ce n?est pas tout bonnement du sept sur sept. On doit se conformer à un cahier de commande. Reprendre les chansons des autres quand on meurt d?envie d?étrenner les siennes. Soir après soir, on doit apprendre aux touristes les rudiments du séga, en français, en anglais, sans cesser de chanter, sil vous plaît. A la manière de Maïsta par exemple. Encore que lui peut se permettre le luxe de glisser quelques unes de ses propres compositions entre un séga de Ti Frère et de Serge Lebrasse.

Demandez à Neshen Teeroovengadum, par exemple. Il en sait quelque chose. De la vie de bâton de chaise. Ce n?est qu?après vingt ans dans le circuit hôtelier ? pa vin zour, pa vin moi, vin banane ? qu?il a fait un premier album, et un concert, samedi. Au mieux, on tombe aussi sur Marie Luce Faron et son band au jazz qui ronronne. Cela, c?est quand il y a souci de qualité. Quand l?après-manger n?est pas passé après dans les préoccupations des directeurs de l?animation.

Alors, ce n?est même plus grave que tout ce potentiel qui demande qu?à bourgeonner ne fait que reprendre des standards américains. Alors ce n?est même plus grave si les clients attablés n?écoutent que d?une oreille distraite, un peu assoupis par la digestion qui commence.

Ce qui est grave, cruel même pour les spectateurs, ce sont ces cabarets bas de gamme où, court-vêtus, on remue beaucoup du postérieur. Pour faire oublier la médiocrité du numéro. Le manque de répétition. L?absence d?imagination. quand on pense que le client a fait douze heures d?avion pour entendre les tubes qu?il a ingurgité en boucle à la radio chez lui. Ou qu?on lui fait croire que la danse africaine c?est des gens en léopard qui sautillent avec des lances.

L?initiative de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice est certes une plate-forme offerte aux «artistes» des hôtels. Ils sont plus nombreux qu?on le pense ces chanteurs de cabaret, ces danseurs d?hôtels à rêver d?une vraie carrière dans la création. D?une vraie rencontre avec le public ? au-delà des applauses convenus des touristes. Reste à savoir si la plate-forme n?est pas plutôt un guet-apens. A la médiocrité. Si elle ne va pas révéler au grand jour ce que les touristes laissent poliment au bord de leur assiette.

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