Publicité
La guerre selon Charlie Wilson
Il y a comme une continuité entre Raisons d?état, projeté il y a quelques mois, le film de la semaine dernière et La Guerre selon Charlie Wilson, film de Mike Nichols. Donc, redisons-le : jusqu?au fameux 11 septembre 2001, les Américains étaient convaincus que la plus grande menace pesant sur eux provenait du communisme.
Les sujets comme l?absurdité des guerres et le niveau zéro de la politique aux USA ne sont pas étrangers à un cinéaste comme Mike Nichols, réalisateur de Catch 22 et de Primary colours, entre autres. Et, son épouse, la journaliste Diane Sawyer, ayant été un temps la petite amie de Charlie Wilson, il y a donc toutes les raisons de croire que le portrait du député texan est fidèle à la réalité du personnage. Charlie Wilson était un de ces députés ?manze boir (et plus?)? tout comme certains de nos augustes élus, sauf que lui avait quelque part une conscience politique.
Usant de son visage de brave type, Tom Hanks rend le personnage aussi chaleureux que sympathique, débordant d?une formidable énergie et d?un sens de l?intrigue qu?il déploie tant dans la poursuite des plaisirs que dans la satisfaction de cette conscience politique. Personnifiant les deux, la milliardaire Joanne Herring / Julia Roberts, chrétienne et en perpétuelle croisade contre le communisme. Il y a longtemps qu?on n?avait pas vu Julia Roberts mordre à pleines dents dans un rôle. Physiquement, l?actrice ressemblerait assez au personnage original et le plaisir qu?elle prend à amener son interprétation au bord du délire est communicatif. Il n?y a qu?à voir la scène du discours en l?honneur du général Zia Ul-Aq / l?acteur indien Om Puri.
Toutefois, celui dont chaque apparition est un véritable régal, est sans conteste Philip Seymour Hoffman incarnant l?agent Gus Avrakotos mis au placard par la CIA. «Vous buvez ?» lui demande Wilson, lors de leur première rencontre. «Et comment !» lui répond Avrakotos. Avec son ventre, sa grosse moustache, ses emportements, sa frustration et sa ranc?ur vis-à vis de l?élite bourgeoise, Philip Seymour Hoffman démontre son incroyable capacité à se fondre dans n?importe quel personnage. Celui de l?agent Gus Avrakotos, né de parents d?origine grecque, vient illustrer le propos du film de Robert De Niro sur la CIA en tant qu?instrument de l?Amérique des WASPs.
La Guerre selon Charlie Wilson aurait pu n?être qu?un (bon) film d?acteurs. Mais il se trouve que Mike Nichols nous raconte ici une histoire qui, pour incroyable qu?elle paraisse, n?en est pas moins tout à fait authentique. À savoir : comment un simple député américain parvint en l?espace de quelques années, à faire passer le budget d?aide américaine aux moudjahidines Afghans de 5 millions à un milliard de dollars. Argent qui servit à acheter aux Israéliens, des armes sophistiquées qui furent acheminées en Afghanistan. Cela dans le plus grand secret et en usant tout simplement de ses relations : la CIA, le gouvernement pakistanais, les services secrets israéliens et égyptiens, sans oublier bien sûr, Mme Herring. La réalisation classique et très efficace de Mike Nichols convient au ton du récit qui, sous couvert d?épopée glorieuse, est une satire mordante mais pince-sans-rire de la politique américaine.
Sachant que les vaillants moudjahidines des années 1980 devinrent par la suite les Talibans et ?les terroristes islamistes? si chers à G.W, on se rend compte alors que cette comédie est d?une noirceur proche de celle du Docteur Folamour de Blake Edwards. «Ces choses sont vraiment arrivées. Elles ont été glorieuses et ont changé le monde ? Et puis, on a merdé, vers la fin», dit le générique. C?est très vrai !
Publicité
Publicité
Les plus récents