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Zimbabwe : le parti de Mugabe a perdu sa majorité au Parlement

3 avril 2008, 00:00

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Selon des résultats annoncés hier par la Commission électorale zimbabwéenne, le parti au pouvoir a perdu sa majorité au Parlement à l?issue des élections générales de samedi. Ainsi, l?Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF), du président Mugabe ne peut plus atteindre la majorité absolue, puisque le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de l?opposition a obtenu 105 des 210 sièges de députés, un autre ayant été remporté par un candidat indépendant.

Par ailleurs, l?opposant Morgan Tsvangirai arriverait en tête du premier tour de la présidentielle, selon les estimations, mais un second tour sera nécessaire face au président sortant, Robert Mugabe, apprend-on auprès de responsables du Zanu-PF, le parti au pouvoir.

L?oppostion zimbabwéenne a par ailleurs affirmé hier qu?elle avait remporté ces élections présidentielle et législative au détriment de Robert Mugabe. Un responsable du Zanu-PF a rejeté la victoire revendiquée par l?opposition et déclaré que le président Mugabe ne cèderait pas et a estimé que l?opposition prenait «ses désirs pour des réalités».

Mugabe, qui gouverne depuis l?indépendance en 1980, briguait un sixième mandat samedi à l?occasion d?une élection présidentielle organisée parallèlement aux élections législatives. Ce scrutin est considéré comme le test le plus délicat auquel ait jamais été confronté l?homme fort du Zimbabwe, qui est âgé de 84 ans, dans un contexte de crise économique sans précédent.

Mais selon les projections de la Zanu-PF, Tsvangirai l?emporterait avec 48,3 % des voix contre 43 % pour Mugabe. Simba Makoni, ancien ministre de Mugabe, est largement distancé avec 8 %.«Cela signifie que nous nous dirigeons vers un second tour parce qu?il n?a pas gagné avec un score supérieur à 51 % qui lui aurait confié la présidence tout de suite», a déclaré un de ces responsables de la Zanu-PF sous le couvert de l?anonymat.

Ces chiffres sont assez proches de ceux fournis lundi soir par le Réseau de soutien des élections au Zimbabwe (ZESN), un groupe zimbabwéen indépendant, dont les projections donnent Tsvangirai vainqueur du premier tour avec 49,4 % des voix, contre 41,8 % pour Mugabe et 8,2 % pour Simba Makoni.

Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) affirme lui que son candidat devançait à mi-décompte Mugabe avec deux fois plus de voix. En cas de second tour, qui doit être organisé dans un délai de trois semaines, l?opposition devrait unir ses forces et le report des voix lui semble favorable. «Nous pouvons tous spéculer ce qu?ils (NdlR, les dirigeants de la Zanu-PF) ont fait ou n?ont pas fait. Mais en tenant compte des projections d?autres observateurs, comme le ZESN, cela indique un second tour», a commenté un diplomate occidental.

Par ailleurs, dans la nuit d?hier, des unités de la police anti-émeutes se sont déployées dans deux bastions de l?opposition à Harare, la capitale, et les habitants ont reçu instruction de se tenir à l?écart des rues.

«Il est désormais clair qu?il se passe quelque chose de louche. Le processus dans son ensemble est suspect et totalement inacceptable», déclarait avant-hier matin le porte-parole du MDC, Nelson Chamisa, avant que ne soient connues les projections du parti au pouvoir.

Mugabe a démenti toute tentative de manipulation des urnes et son gouvernement a mis en garde l?opposition contre la tentation de proclamer sa victoire, qui serait considérée et traitée comme un coup d?Etat.

Sept pays membres de l?Union européenne ainsi que les Etats-Unis ont appelé lundi la commission électorale à publier rapidement les résultats des scrutins. Dans un communiqué, la Slovénie, qui assure la présidence tournante de l?UE, souligne que «cela mettrait un terme à l?incertitude actuelle et préviendrait le risque de tensions croissantes».

Le président de la commission des élections, George Chiweshe, justifie lui la lenteur de la proclamation des résultats par la complexité du scrutin, qui combinait pour la première fois dans l?histoire du pays présidentielle, législatives et cantonales.

<B>Vers la fin du règne de Mugabe ? </B>

Alors que les premières estimations des résultats à l?élection présidentielle ont donné une légère avance au candidat de l?opposition au premier tour, le président Mugabe préparerait sa sortie, selon des proches cités par des médias anglo-saxons. L?homme fort du pays depuis un quart de siècle n?est plus apparu en public depuis samedi, alimentant les rumeurs d?une fuite en Namibie ou en Malaisie, où il se rend fréquemment. Adulé à son arrivée à la tête du Zimbabwe indépendant en 1980, Robert Mugabe est considéré aujourd?hui comme le dictateur qui a détruit une économie autrefois prospère et préféré les visites officielles à l?étranger à la gestion des affaires intérieures.

Pour ses partisans, l?ancien maquisard marxiste de 84 ans a toujours su rester «un dirigeant révolutionnaire» fustigé par les Occidentaux, parce qu?il refuse d?être un pantin à leur solde, le «gardien des intérêts nationaux du Zimbabwe» selon l?expression de son ancien ministre des Affaires étrangères, Stan Mudenge.

En 1980, année de l?indépendance, il devient le premier dirigeant démocratiquement élu du pays, au poste de Premier ministre. Il prêche alors, plus de dix années avant Nelson Mandela, la réconciliation entre Noirs et Blancs. Pour les anciens combattants, Robert Gabriel Mugabe est une icône.

Virulent dans ses discours, Robert Mugabe est aussi un ascète élevé par les jésuites, qui ne boit jamais d?alcool. Il est marié depuis 1995 à son ex-secrétaire Grace Marufu, qu?il a épousée trois ans après la mort de sa première femme, Sally. Il est père de trois enfants.

Le New York Times citait ainsi, avant-hier un analyste politique et un diplomate occidental, sous le couvert de l?anonymat, qui font état de discussions entre des conseillers de Mugabe et le leader du MDC, Morgan Tsvangirai, pour organiser un transfert de pouvoir.

Robert Mugabe aurait été convaincu de céder les rênes du pays par ses proches après des projections calculées par son parti, le ZANU-PF, qui le donnaient derrière Tsvangirai au premier tour avec 43 % des voix contre 48,3 %. «Il est prêt à quitter le pouvoir parce qu?il ne veut pas se mettre dans l?embarras en affrontant un second tour», a expliqué anonymement un haut responsable du ZANU-PF. «Seule une personne l?en empêche encore, le chef de l?armée» Constantine Chiwenga, a-t-il ajouté.

Un homme proche des autorités électorales, cité par l?Associated Press, confirme l?existence de ces discussions. Il ajoute que la Commission électorale du Zimbabwe a été invitée à publier des résultats montrant un duel serré afin d?éviter que les éventuelles célébrations de l?opposition ne dégénèrent en violence. Cela expliquerait également la lenteur de la publication des données depuis le jour du scrutin, samedi.

A l?étranger, la présidence slovène de l?Union européenne, qui s?était contentée jusque-là de demander une publication plus rapide des résultats, a pour la première fois clairement appelé Robert Mugabe à quitter le pouvoir. «J?espère qu?il est sur le départ, la plupart des Européens pensent de même (...). S?il continue, ce sera un coup d?Etat», a lancé Dimitrij Rupel, ministre des affaires étrangères slovène.

<I>Sources : Le Monde, Le Nouvel Observateur, Reuters</I>

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