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«Nous attendons des autorités une loi anti-dumping»
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«Nous attendons des autorités une loi anti-dumping»
● <B> En tant que nouveau président, comment comptez-vous diriger le Joint Economic Council ?</B>
Le Joint Economic Council (JEC) regroupe toutes les organisations du secteur privé. Et nous respectons le principe de la continuité. Il y aura peut-être une différence de style mais nous sommes des entrepreneurs, des gens sérieux, parlant d?une seule voix. Malgré nos divergences, nous arrivons toujours, après discussions à une position commune. Raj Makoond, le directeur du JEC, et moi allons continuer à partir des actions de mes prédécesseurs.
● <B>Comment ressentez-vous la concurrence étrangère ? </B>
Il y a deux types de concurrence : la concurrence loyale et la concurrence déloyale. Notre marché est relativement restreint. Jusqu?à récemment, nos entreprises ? les local manufacturers - ont toujours fixé leurs efforts sur le marché local. Aujourd?hui, nous nous tournons vers la région - le Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA) ou la Southern African Development Community (SADC) pour exporter nos produits et élargir notre marché. En retour, nous nous attendons que des opérateurs étrangers viennent chez nous. Ce que nous attendons des autorités, c?est un level playing field et une loi anti-dumping. Cela éviterait que des entreprises viables aillent à la faillite et que le marché local soit livré pieds et poings liés au diktat des fabricants étrangers. C?est sur ce point que nous devons faire attention. Sinon, nous n?avons rien contre la concurrence étrangère. Au contraire, elle ne peut que stimuler les entreprises locales à améliorer la qualité de leurs produits et à être plus agressives à l?exportation.
● <B>Les sociétés locales sont-elles capables de faire face à l?ouverture des marchés ?</B>
Les sociétés locales ne sont pas identiques. Il faut les prendre au cas par cas. Le gouvernement l?a si bien compris qu?il a mis sur pied, avec la Chambre de Commerce et d?Industrie (MCCI) et l?Association of Mauritian Manufacturers (AMM), un comité pour étudier l?industrie locale et son avenir. Il est temps qu?on le fasse car de petits obstacles historiques ont empêché son décollage. Nous avons l?intérêt de ces entreprises à c?ur, car elles contribuent 10 % à 11 % du PIB. Mais le JEC ne s?y limite pas. Il regroupe également les entreprises d?exportation, le sucre, les banques et assurances, le tourisme, etc.
● <B> A vous entendre, les relations entre le JEC et l?Etat sont très bonnes?</B>
Cela vous étonnera mais le JEC entretient d?excellentes relations avec le gouvernement. Le gros du travail s?effectue au niveau des comités dans divers ministères, avec lesquels le JEC travaille, sous la direction de Raj Makoond. Je pense que cela va continuer et même s?amplifier. Je n?ai donc aucune raison de dire que les relations gouvernement/secteur privé ne sont pas bonnes. Nous nous exprimons sur des questions vitales pour le développement du secteur privé, de l?investissement et donc du pays. De temps à autre, nos aspirations ne sont pas identiques à celles du gouvernement. Mais nous sommes ouverts au débat. Du choc des idées jaillit la lumière, disait un de mes profs ! C?est notre souhait. Je le répète, nos rapports avec le gouvernement sont bons, mais ils peuvent être améliorés.
● <B>J?ai cru comprendre que le secteur privé attend depuis deux ans d?être reçu par le gouvernement?</B>
(Légère hésitation). Ce n?est pas exact. Jacques De Navacelle, mon prédécesseur, a été reçu au plus haut niveau du gouvernement, juste avant les négociations sur le sucre. C?était en août ou septembre l?an dernier. C?est vrai qu?il y a eu une période sans rencontres. Je crois qu?elle est derrière nous et j?appelle de tous mes v?ux des réunions ponctuelles avec le gouvernement. Ce n?est pas utile de se rencontrer chaque semaine. Chacun a ses occupations et ses priorités. Mais, lorsque nous avons besoin de rencontrer un ministre, nous frappons à sa porte et d?habitude, elle s?ouvre. J?espère que cet esprit d?ouverture continuera durant mon mandat.
● <B>Que pensez-vous du retard qu?accuse le Competition Bill ?</B>
D?abord, le Competition Bill est une très bonne chose. La Chambre de Commerce et d?Industrie a beaucoup travaillé sur ce projet de loi et émis certaines réserves. Mais je ne sais pas si ses suggestions ont été prises en compte. Mais le ministre du Commerce et d?Industrie à l?assemblée générale de la MCCI, a exprimé clairement qu?avec le Competition Act et la Competition Commission, il y aura de moins en moins de contrôle des prix.
L?instauration d?un régulateur va promouvoir une vraie compétition. Nous nous réjouissons car le secteur privé pense que le contrôle des prix est contraire à l?esprit de libre entreprise car il freine l?émergence de nouveaux concurrents. Cette émergence demeure, pour les consommateurs, la seule façon de bénéficier des meilleurs prix.
● <B>L?appréciation de la roupie arrange-t-elle les affaires du secteur privé ?</B>
L?appréciation de la roupie arrange les commerçants, qui déboursent moins de roupies à l?importation. Elle défavorise cependant les exportateurs ou ceux qui ont un chiffre d?affaires en devises, dont les revenus baissent.
Notre position est celle-ci : nous voulons une économie prospère, un système de changes avec moins de fluctuations, une monnaie plus stable. Malheureusement, la Banque centrale estime que c?est compliqué car nous dépendons d?événements extérieurs, comme la chute du dollar vis-à-vis de l?euro.
● <B>Le secteur privé emploie beaucoup d?étrangers. Quelle est leur situation ?</B>
Les travailleurs étrangers sont une nécessité car peu de Mauriciens sont disposés à prendre certains emplois. Soit ils ne sont pas compétents ou sont peu intéressés par ces emplois. La main-d??uvre importée est devenue incontournable dans le textile et le bâtiment. Mais la pénurie pourrait s?étendre aux secteurs sophistiqués des services et de la technologie informatique. Pour pallier cela et ne pas freiner notre développement, on doit importer la main-d??uvre étrangère et c?est une chance pour Maurice d?avoir ce brassage de travailleurs de différentes origines.
● <B>Que pensez-vous de la réforme de la législation du travail ?</B>
Elle est très importante et nous l?appelons de tous nos v?ux. Il y a quatre ou cinq ans, quand je présidais la Mauritius Employers Federation, nous avions rédigé un mémoire à ce sujet. Il semble que la volonté politique est là et que la réforme des lois du travail va aboutir dans le consensus. Peut être pas à 100 % mais je souhaite que les représentants des employeurs, des employés et le gouvernement fassent des progrès par rapport à la législation en vigueur. Ce serait très bien pour l?emploi.
● <B>Quelles sont les perspectives d?avenir du JEC ?</B>
Le JEC se porte bien et il faut que cela continue. Nous essayons de représenter tous les courants au sein du JEC et de transformer cela en vision économique pour les prochains cinq ans, voire dix ans. Ma première priorité est de m?atteler à un mémoire pour le budget qui sera présenté en juin. Nous commencerons des consultations pré-budgétaires avec nos membres pour faire des propositions concrètes aux techniciens du ministère des Finances. Pour leur transmettre les aspirations du secteur privé.
Notre seconde priorité est le combat contre la pauvreté. Notre économie, qui a évolué d?une base agricole à une base industrielle pour évoluer vers les services, a apporté des laissés-pour-compte. Il faut les mettre à bord du train du développement, trouver les moyens de les récupérer et d?éradiquer la pauvreté dans le pays. L?em-powerment programme a eu pour effet qu?à ce jour, 4 000 personnes ont été formés ou recyclés. Un bon exemple de partenariat public/ privé.
<I>Propos recueillis par </I> <B>Nico PANOU</B>
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