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Ironie de l?histoire

24 mars 2008, 00:00

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La morale des politiciens est souvent élastique. La prise de position du Premier ministre en faveur d?une loi anti-transfuge en témoigne. Il dit s?appuyer sur des principes démocratiques pour préconiser une loi interdisant à un élu de changer de camp. Mais, quand cela servait les intérêts de son parti, il n?avait pas objecté aux mouvements de défections. De même, les partis d?opposition auraient pu modifier la Constitution et interdire le transfugisme durant la précédente législature mais ils ne l?ont pas fait.

C?est dans le sillage de l?affaire Madan Dulloo que Navin Ramgoolam a évoqué la présentation d?une loi anti-transfuge. Toutefois, ce ne sont sûrement pas ses ministres qu?il craint le plus de perdre. Il chercherait plutôt à limiter le champ de man?uvre des députés travaillistes qui seraient déçus après un éventuel remaniement. De plus, il sait qu?à chaque fin de mandat, il y a des «back benchers» infidèles qui quittent le navire s?ils estiment que celui-ci prend l?eau. Sans doute, le leader du PTr souhaite les en empêcher. Il ne peut prendre le risque d?une déstabilisation qui minerait son gouvernement et doperait l?opposition à l?approche de l?échéance de 2010.

En tout cas, si le PTr arrive à concrétiser son intention de faire adopter une loi anti-transfuge, ce serait une terrible ironie de l?histoire. C?est précisément le PTr qui, sous Seewoosagur Ramgoolam, a le plus bénéficié de l?absence de loi à cet effet. Plusieurs élus MMM, dont Suresh Moorba, Krishnalall Coonjan, Vijay Venkatasawmy, Vijay Jundoosing, Harris Ramphul et Jean Claude Augustave s?étaient ralliés au PTr, après les élections de 1976, pour lui permettre de tenir jusqu?au bout.

L?actuel leader du PTr a raison de vouloir légiférer afin d?interdire aux élus de changer d?allégeance sans rechercher la légitimité des urnes. Une telle loi mettrait fin à une pratique dont nous ne pouvons être très fiers. Dans notre histoire récente, les défections sont intervenues davantage pour des raisons liées à l?opportunisme politique ou à des intérêts personnels. Elles sont, bien plus rarement, sinon jamais, le résultat d?une adhésion à un projet de société donné.

Navin Ramgoolam devrait cependant expliquer pourquoi il n?avait pas éprouvé la même attitude sur les transfuges quand, il y a trois ans, des membres de la majorité se ralliaient à l?opposition sans passer par les urnes. Quelques jours avant la démission d?Anil Bachoo de son ancien parti, le 3 février 2005, Navin Ramgoolam, alors leader de l?opposition, déclarait : «Si Anil Bachoo vient au Parti travailliste, on va lui parler». Il n?avait pas exigé alors, qu?Anil Bachoo, Mukhesswur Choonee, Jyaneshwur Jhurry et Meghduth Chumroo retournent devant l?électorat avant d?abandonner le parti qui les avait fait élire.

En passant, quand Eric Guimbeau et Maurice Allet avaient décidé, en avril 2006, de soutenir le gouvernement, modifiant du coup la configuration du Parlement, on n?avait pas entendu les dirigeants parler du respect des urnes.

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