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Les ébranler !

21 mars 2008, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Par Nazim ESOOF</B>

Le jeu de rôle à la mauricienne a débuté. Le même rythme politique. Une crise n?est que prétexte pour une recomposition selon des schémas anciens. Et voilà que sir Anerood Jugnauth trouve des vertus à la «world class education» de Dharam Gokhool. Que Paul Bérenger se remet aux côtés de Madan Dulloo, celui-là même qui a été affublé d?épithètes peu flatteurs lors de la dernière campagne électorale. Tout cela, serait-on tenté de dire, ne relève que de la realpolitik mauricienne. Mais justement il n?y a de principes et de traditions qui ne perdurent que parce que des hommes sont incapables de voir au-delà de leur traumatisante obsession d?un équilibre ethnique fictif.

Ce n?est pas près de changer. Malheureusement. Car à voir de près, on ne peut manquer de constater qu?il y a une île Maurice qui ne réfléchit déjà plus en termes d?ethnie ou de communauté. Certes, elle n?est peut-être pas majoritaire mais elle est bien capable d?entraîner une nouvelle forme d?adhésion à la politique pour peu qu?on lui fasse confiance. Ce n?est pas prêcher dans le désert. C?est plutôt une ambition de sortir du désert des esprits désuets pour les mener vers une oasis de lucidité. Il faudrait oeuvrer en ce sens. A commencer par une réforme électorale qui éliminerait le système de députés correctifs et qui introduirait une formule de proportionnelle qui ferait de la place à des listes d?élus, plus de femmes que des hommes, dont le trait premier seraient d?être composées d?individus qui ne font pas partie du bestiaire politique traditionnel. Cela passe aussi par une redéfinition du rôle du président de la République. Le temps d?un PM monopolisant tous les pouvoirs est révolu. Cela nécessite parallèlement des amendements constitutionnels qui remplaceraient, entre autres, la communauté par la citoyenneté. Mais cela implique surtout une volonté et un courage politiques comme on n?en a pas vu depuis des décennies. A la société civile de provoquer la société politique. A la contraindre à nommer des candidats dans des circonscriptions selon leurs mérites propres et non selon leur appartenance ethnique. Nostalgiques, les héros vieillis du MMM rappellent la partielle de 1971 à Triolet qui avait vu l?élection de Dev Virahsawmy. Cela a été possible une fois. Cela est toujours possible. Si on continue à infantiliser les électeurs, comment veut-on qu?ils se débarrassent de leur fantasme de représentativité ethnique ? Il y a aujourd?hui une jeunesse qui émerge avec de nouvelles références dont la caractéristique principale est de ne pas s?intéresser à ce que disent les politiques. Qui va leur servir de modèle? Le gouffre est immense. Il y a une île Maurice fracturée entre une communauté de clercs, des politiques aux fonctionnaires en passant par des acteurs intermédiaires, qui ne parviennent pas à décrypter le code que transmet une communauté de citoyens à la recherche d?autres repères, d?autres idéaux. Qui lira ce monde si compliqué pour le rendre limpide? Certainement pas ceux qui invitent au mauricianisme et qui pratiquent le noubanisme à outrance pour se maintenir au pouvoir.

Il y en a assez d?ailleurs de ces politiques qui ne cessent de harceler la population pour qu?elle se montre mature et pour qu?elle fasse les sacrifices nécessaires afin que le pays prospère. Il faut un changement des mentalités, disent-ils. Ils ne manquent pas de culot! Eux qui traînent tous les maux et les vices d?une autre époque.

Il ne s?agit pas ici de décrédibiliser le personnel politique. Il n?a besoin de personne pour cela. Il est simplement question d?une aspiration simple. Que ceux qui nous dirigent finissent par comprendre que leurs grands calculs ethno-politiques font de nous de petits ethno-racistes. Qu?ils cessent de dire qu?il faut sécuriser les communautés. En faisant cela, ils hypothèquent les chances de la seule communauté pour laquelle il vaille la peine de se battre : la communauté mauricienne. Que ceux qui veulent croire que le ministre de la même communauté qu?eux est un symbole suffisant pour donner un sens à leur vie politique continuent à se nourrir de leur bêtise! Pour le reste, il y a un pari formidable à prendre.

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