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Une vie danse
Que de duos amoureux. Langage universel quand on se heurte aux barrières de la langue. Pas besoin de parler russe pour reconnaître le langage des corps qui se font la cour. Celui des c?urs qui laguissent ou qui battent à l?unisson. C?est donc principalement autour des pas-de-deux que s?est construit le programme présenté vendredi et samedi par la quinzaine de danseurs du ballet du Bolchoï, de passage chez nous. Un choix qui a donné un rythme alangui et parfois lent à un spectacle très attendu. Un spectacle qui a éveillé de nombreuses attentes, ne serait-ce que par son côté exceptionnel.
Imaginez un peu. La chance offerte par l?agence Immedia, l?ambassade de Russie et Alvesto, à tous ceux qui n?iront jamais jusqu?à Moscou, voir ces danseurs à l?impressionnante réputation. Imaginez l?attente de toutes ces petites filles qui jour après jour fréquentent les cours de danse. Suant dans leurs collants en rêvant devant les affiches. Se voyant déjà en étoiles.
Une fois les lumières éteintes au centre de conférences swami Vivekananda à Pailles ? avec plus d?une demi-heure de retard ? la magie pouvait opérer.
Sauf que c?est une voix froide et tâtonnante qui a annoncé les numéros. Et voilà la bande son qui démarre et les danseurs qui viennent y faire une démonstration de leur technique. Plié, rentré, pointe, pointe, pointe. Saut, pointe, porté. Difficile dans ce contexte de ressentir l?émotion de la scène qu?ils jouent devant nos yeux.
C?est sûr, on n?était pas comme aux Victoires de la musique classique. Pourquoi cet exemple ? Tout simplement parce que les organisateurs d?événements autour de la musique et de la danse classique doivent forcément se poser les mêmes questions. C?est-à-dire comment rendre accessible au plus grand nombre un genre étiqueté «élite», un genre auquel le grand public est peu ou pas exposé. Un genre qui vous force à élargir vos horizons, pour entrer dans l?univers des compositeurs, les motivations qui ont aiguillé leur inspiration. Et mieux savourer l?esprit d?une ?uvre quand on sait si elle était destinée au tsar ou à sa maîtresse.
Pour revenir aux Victoires de la musique classique cuvée 2008, l?un des animateurs de la soirée - Frédéric Lodéon ? prenait le temps de présenter l?extrait que l?on allait entendre. Il prenait la peine de dire qu?à ce moment précis de l??uvre, c?est un duo amoureux qui tournera mal puisque l?aimée est rongée par la jalousie, que l?aimé en aime une autre en cachette et tutti quanti. L?animateur donnait en deux phrases des pistes pour mieux «entendre» la musique. A tel moment c?est une tempête, la joie des retrouvailles ou les larmes de la séparation. Tout cela retranscrit pour l?orchestre symphonique. Deux petites phrases pour mettre le public en appétit. L?aider à mémoriser des airs qui sans qu?il ne s?en rende compte, sont déjà stockés dans sa mémoire musicale, notamment grâce à la publicité. Car qui ne connaît pas le pas-de-deux de Casse-noisette de Tchaïkovsky ? Evidemment, dit comme cela, c?est un peu pompeux. Mais dès que vous entendez les premières notes du célestin ( petit piano aux notes cristallines), vous vous exclamerez «Mais bien sûr».
Que dire d?autre de la difficulté de ressentir l?émotion, sinon qu?elle a été aggravée par le fait que l?attention du spectateur ? celui des premiers rangs en tout cas ? était distraite par le claquement des pointes sur la scène en bois. Et qu?il aura manqué à ce programme des numéros plus enjoués, plus «sautillants».
PAROLES D?EXPERTS
>Jean Renat Anamah : «Je m?attendais à un niveau supérieur. Connaissant la danse classique pour l?avoir pratiquée et pour l?avoir vue ( l?Opéra de Paris et le ballet de «Covent Garden» vers 1999 ? 2001), ce spectacle a été une déception pour moi. J?ai vu des machineries de prouesses qui ne dégageaient ni de l?émotion ni de l?expressivité. Je n?arrivais pas à être captivé. Et avec le mauvais retour du son, le claquement des pointes a pu déranger les spectateurs.»
> Audrey Ferrière : «J?ai aimé ce spectacle. J?ai trouvé très bien l?initiative de les faire venir à Maurice. Nous manquons d?occasions comme cela. Mais la scène était trop petite et à la fin, ils étaient trop serrés. La salle n?est pas faite pour ce type de spectacle. Pour le Lac des cygnes, il a manqué un corps de ballet, il manquait le travail de groupe. Ceci dit, je sais que c?est difficile financièrement de les faire venir. On a quand même vu un échantillon de ce qui se fait ailleurs. Il faut encourager les jeunes à aller voir.»
>Patrick Athaw : «J?ai été surpris par les lumières. Je me demande si c?était conforme aux spécifications des artistes. C?était comme s?ils étaient en arrière dans cette lumière-là. Ce ne sont pas des lumières pour la danse classique, mais plus pour un concert. Du point de vue technique, il n?y a pas grand-chose à dire, à part que j?ai l?impression que quelques numéros n?étaient pas très bien répétés. La danse des petits cygnes se fait normalement à quatre. J?ai été surpris de n?en voir que trois sur scène. Comme c?est un de mes préférés, le rêve s?est évanoui. Cela manquait d?émotion. Pareil pour le numéro de Don Quixote, la danseuse a un dos magnifique mais elle manquait de sensualité. La technique était là, la séduction non. Je ne vibrais pas avec eux. Et puis la scène paraissait étriquée. Mais bon, il ne faut pas trop rechigner, ce n?est pas tous les jours que l?on a l?occasion de voir des gens de ce calibre là.»
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