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Tourisme et construction de la nation
Le pays célèbre ces jours-ci le 40e anniversaire de son indépendance. En parcourant les bilans-analyses de ces quarante ans faits ces derniers temps, le mot fierté revient comme un leitmotiv. Effectivement, les Mauriciens ont de quoi être fiers de ce qu?ils ont pu accomplir depuis 1968, tant sur le plan politique et économique que social. À l?heure où le pays est à la recher-che d?un nouveau souffle avec la mondialisation, où l?ouverture est plus que jamais à l?ordre du jour, il y a un secteur qui peut, au-delà de sa contribution économique, éclairer le développement global à venir et jouer un rôle fondamental dans la construction de la nation : c?est le tourisme.
Durant ces quarante ans, le secteur de l?hôtellerie et du tourisme a connu un développement spectaculaire pour devenir un des piliers d?une stratégie de diversification de l?économie mauricienne.
Il a été identifié comme devant être le moteur de la croissance pour les prochaines années avec l?objectif de 2 millions de touristes en l?an 2015. Quelques chiffres illustrent cette progression : le nombre de touristes est passé de 15 533 en 1968 à plus de 900 000 en 2007, les recettes de Rs 14 millions à plus de Rs 40 milliards, le parc de 394 chambres (778 lits) à 10 857 chambres (21 788 lits), le nombre d?emplois directs d?environ 1 200 à plus de 26 000.
« L?express » a, en décembre dernier, consacré l?importance du secteur en désignant les travailleurs du secteur touristique « Mauriciens de l?année 2007 ». Le sondage effectué en début d?année, et dont les résultats sont publiés dans l?édition spéciale de « l?express », « Genèse d?un miracle, 1968-2008 » indique que le tourisme est le secteur d?emploi préféré des Mauriciens, avec 66 % qui le considèrent comme le secteur d?emploi le plus prometteur.
Au-delà de la croissance quantitative impressionnante du secteur, il y a la dimension qualitative. De l?avis des professionnels du voyage, la destination mauricienne est devenue, au fil des années, une référence sur la carte touristique et hôtelière du monde. Les atouts sont connus : le sens de l?accueil et de l?hospitalité de la popula-tion, les services et prestations hôtelières de grande qualité, et la magie d?une île tropicale. Le secteur touristique s?est développé sans filet de protection, alors que d?autres ont bénéficié d?avantages divers ? conventions ou accords préférentiels. Il a donc dû, depuis toujours, faire face à la concurrence venue d?ailleurs. Ainsi, les opérateurs mauriciens ont eu à jouer très tôt dans la cour des grands noms de l?hôtellerie mondiale. Avec courage, détermination, intelligence, imagination et vision, ils sont parvenus, avec leurs équipes, à s?affirmer en développant un réel savoir-faire. Aujourd?hui, les groupes mauriciens occupent une place importante dans le paysage hôtelier. Mieux, depuis quelques années, ces groupes se sont implantés dans d?autres pays de la région, voire même au-delà.
Le tourisme est le secteur par excellence de l?ouverture : sur le monde, sur d?au-tres populations et sur d?autres cultures. On n?apprécie pas suffisamment l?impact de cette ouverture sur la société mauricienne et l?identité nationale. Il est beaucoup question ces temps-ci du sens d?appartenance à la nation ? sa réalité et les difficultés de son affirmation, et sa nécessité. Le sondage mentionné plus haut révèle que 92 % des sondés sont fiers d?être Mauriciens, et ils sont 91 % à se considérer comme citoyens mauriciens avant tout, contre 9 % qui se considèrent membres d?une communauté avant tout. On y apprend aussi que 76 % pensent que « le Mauricien est de plus en plus communaliste », et que 73 % rendent les politiciens responsables de cette situation. S?il ne faut pas désespérer que notre classe politique se ressaisisse pour assainir le jeu politique, il faudrait aussi chercher dans le processus de développement économique les dynamiques porteuses de consolidation d?une identité nationale.
C?est en tout cas ce que pensent certains spécialistes qui soutiennent que le tourisme à Maurice a le potentiel de jouer un rôle fondamental dans la construction de la nation. Les composantes de l?offre touristique mauricienne sont connues : le rêve d?une île tropicale avec ses plages de sable blanc, ses cocotiers et son lagon turquoise, ses hôtels haut de gamme mais aussi la diversité de sa palette ethnique et le pluralisme de sa culture. Or la nation mauricienne a du mal à émerger du communautarisme qui affaiblit, voire mine ses bases sociales. Dans une société où les communautés qui vivent un malaise sont tentées par le repli, se pose la question de la cohésion identitaire, qui a été au c?ur des messages du président de la République et du Premier ministre.
Dans un contexte d?ouverture à la mondialisation, le tourisme apparaît comme une possibilité de compromis culturel pouvant déboucher sur un consensus national. L?activité touristique peut exercer la fonction « de grand intégrateur social, en ce sens qu?elle représente un terrain d?entente et de neutralité ». En effet, « les éléments de l?héritage culturel qu?elle utilise échappent ainsi à l?appropriation par des groupes pour acquérir une nouvelle dimension collective au travers de la médiation économique ». Les spécialistes avancent que « sous cet angle de mise en scène des éléments patrimoniaux et de cons-truction d?une mémoire consensuelle, le tourisme peut donc être un facteur de promotion culturelle, participant à la construction de l?identité nationale », écrit Jean-Michel Jauze.
Ces pistes méritent toute l?attention de nos décideurs et opérateurs. L?enjeu, c?est d??uvrer dans le sens d?un secteur touristique porteur de développement économique et social et de consolidation d?une identité nationale, avec 2018 pour horizon !
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