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Simplifier la quête de ses ancêtres?
Les nombreuses difficultés qu?éprouvent des Mauriciens, surtout les descendants d?esclaves, à constituer leur arbre généalogique seront-elles un jour atténuées ? Tout laisse croire que ce pourrait être le cas, avec le projet du gouvernement de créer un Institut de généalogie. La réalisation de ce concept a franchi une étape décisive, et l?ébauche du projet de loi a été confiée aux hommes de loi du State Law Office (SLO). C?est ce qu?indique un membre du comité qui a travaillé sur le dossier.
« Cette instance va jouer un rôle déterminant auprès de tous ceux qui souhaitent retrouver leurs racines. Elle permettra à celui qui entreprend cette démarche de se rapprocher de ses aïeux pour mieux s?ancrer dans le présent. Pourquoi, par exemple, ne pas offrir la possibilité à ceux qui réussiront à repérer le véritable nom de leur famille, de remplacer des noms péjoratifs qui portent atteinte à leur dignité ? », soutient Joseph Tsang Mang Kin.
C?est durant le mandat de ce dernier comme ministre de la Culture que l?idée de doter Maurice d?un Institut de généalogie avait été évoquée. Saloni Deerpalsingh, conservatrice du musée de l?Immigration indienne au Mahatma Gandhi Institute, a été la cheville ouvrière dans la mise en forme de ce concept d?Institut de généalogie. En deux occasions, elle a participé à une conférence internationale sur la généalogie. C?est surtout dans ce contexte qu?elle a mesuré l?importance d?un tel organisme dans la vie d?une nation. Elle est, par ailleurs, l?auteur de Desi Roots, Diaspora Looking Back, qui explique comment les archives peuvent aider à réaliser des arbres généalogiques.
Une planche de salut
Il faut savoir que ce projet d?institut a pris naissance dans le cadre d?un comité national regroupant le ministère de la Culture, le Centre Nelson Mandela, le Mahatma Gandhi Institute, et le bureau de l?état civil. L?objectif de ce comité est de regrouper sous un même toit toutes les données qui vont permettre aux Mauri-ciens d?établir leur arbre généalogique.
Une demande de l?express-dimanche pour un complément d?information au-près du ministère de la Culture est demeurée toutefois sans réponse.
Il faut savoir que les plus mal lotis dans le domaine de la constitution de leur arbre généalogique sont les descendants d?esclaves. Les Mauriciens d?origine indienne, par exemple, ont d?excellents moyens de recherche dans les archives du Mahatma Gandhi Institute (MGI). Une des planches de salut des descendants d?esclaves est constituée, entre autres, par les recherches effectuées par l?historienne Vijaya Teelock avec les moyens du bord, et la contribution de certains chercheurs.
Dans le cadre d?un projet pour le Centre Nelson Mandela, Viyaja Teelock a ainsi montré, preuves à l?appui, qu?il est possible aux descendants d?esclaves de remonter jusqu?à leurs ancêtres. La démonstration a été faite au profit des familles Mérite, Fortune et Papêche. La tâche n?a pas été difficile pour les Mérite, vu que cette famille a conservé ses papiers. Les Fortune ont également complété leur arbre généalogique. En revanche, les Papêche ont fait un petit bout du chemin seulement.
« La plus grosse difficulté pour les descendants d?esclaves, c?est d?avoir accès aux archives qui sont la propriété du bureau de l?état civil pour la période allant de 1835 à 1900 », explique Vijaya Teelock.
Et pour cause. En raison de la fragilité de ces documents d?archives, un membre du public n?y a pas accès, même s?il est muni d?une autorisation officielle. Le seul moyen d?y parvenir, c?est de faire la queue devant le bureau de l?état civil de Port-Louis. Ce bureau n?offre pas un service personnalisé, comme c?est le cas aux Archives nationales, à Coromandel. Et celui qui ne fournit pas de renseignements précis, risque de ne pas trouver ce qu?il cherche.
Le support informatique
Ces travaux ont aussi permis de créer une banque de données au Centre Nelson Mandela. Un descendant d?esclave pouvait jusqu?ici disposer d?une liste de ses ancêtres. Mais le fonctionnement de ce service a été interrompu, en attendant la création d?une nouvelle banque de données. C?est ce à quoi Vijaya Teelock s?attelle, avec l?aide d?étudiants en histoire de l?université de Maurice. Les renseignements conservés sur microfilms, et achetés à prix fort par les Archives nationales, sont transférés sur un support informatique.
L?un des derniers travaux à enrichir la bibliothèque du Centre Nelson Man-dela est le mémoire qu?a rédigé Pritilah Rosunee dans le cadre d?une maîtrise en histoire à l?université de Maurice. « L?étude porte sur les esclaves qui ont été affranchis entre 1789 et 1810. Elle a permis de recenser 3 639 cas », confie Vijaya Teelock
Se réconcilier avec son passé
C?est avec enthousiasme que Sylvio Michel, le leader des Verts Fraternels, accueille ce projet d?institut. « C?est une excellente idée. D?ailleurs, nous avons l?intention d?inclure cette requête dans le mé-morandum que nous allons soumettre à la Commission Justice et Vérité. Retrouver ses racines est une forme de compensation. »
Quoi qu?il en soit, la volonté de créer les conditions afin que de nombreux Mauriciens se réconcilient avec leur passé a été manifestement démontrée. La balle est désormais dans le camp du gouver-nement. C?est sa prérogative de donner son feu vert pour que le projet de loi soit déposé sur la table de l?Assemblée. Sans oublier, bien sûr, le financement indispensable à la mise en place de cet Institut de généalogie.
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