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Les litanies de mars

16 mars 2008, 00:00

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À nouveau, la réforme électorale est brandie au ciel sur l?autel républicain. Une nouvelle grand-messe de tous les partis politiques mauriciens est évoquée. Passons sur la commission Sachs (et sur ce que cela nous a coûté), sur les rapports discordants des parlementaires d?hier, les divergences entre le MMM et le MSM (qui se flattent d?avoir une cohabitation exemplaire), les valses-hésitations du PTr, et recommençons à rêver d?un autre système de représentation politique. La vie est un éternel recommencement, n?est-ce pas ? Repre-nons quelques passages de la bible des chefs politiques mauriciens.

D?abord pourquoi nous sentons-nous tous Mauriciens en dehors de Maurice ? Navin Ramgoolam, qui connaît bien la vie hors du pays, est bien placé pour nous faire un sermon au lieu de poser la question. De Londres au Bihar, en passant par Maurice, il en a vu, lors de ses nombreux pèlerinages, des discriminations liées aux seuls critères de naissance. D?ailleurs, il ne rate pas une occasion de nous dire sa répugnance des divisions communales et castéistes. Phénomènes bien mauriciens « ki relev zot latet sak fwa eleksyon koste, pou kre divisyon », pour reprendre une citation de l?Ancien Testament de Ramgoolam. Mais entre le discours d?un Premier ministre respectueux des valeurs républicaines et celui d?un chef politique, il y a un énorme fossé. Parler de la réforme à deux ans et demi des prochaines consultations générales, c?est bien, mais entreprendre cette réforme et en finir avec l?institutionnalisation du communalisme, est-ce vraiment possible avant 2010 ?

Et de toute façon comment trouver cette formule « qui permette à toutes les communautés d?être représentées au Parle-ment » alors qu?en même temps on souhaite justement que « les candidats cessent d?être les représentants de leurs communautés » ? N?est-ce pas du pareil au même ?

Il n?y a qu?à voir le cabinet ministériel de Navin Ramgoolam pour mesurer l?influence communale sur la politique à Maurice. Outre les maroquins réservés pour les différentes communautés (musulmane, population générale, tamoule, télégoue, marathi, sino-mauricienne), il lui a fallu octroyer trois fauteuils pour telle caste hindoue, et cinq autres pour trois autres castes, réparties selon le ratio 2-2-1. Nita Deerpalsing, victime de ce calcul rigoureux, malgré le fait d?être un élément valable, serait-elle d?accord avec nous que le critère de sélection n?est pas basé sur la méritocratie ? Que même le fait d?être une femme, qui est tellement sous-représentée politiquement, n?y change rien ?

Ce n?est pas le propre du PTr, mais de tous les politiciens qui se servent du système pour se hisser au pouvoir. En 2003, suite à une trituration électorale historique, appelée ironiquement « accord à l?israélienne », Paul Bérenger a brisé un énorme tabou. C?est la première fois que Maurice a connu un Premier ministre non hindou. C?est aussi la première fois que le poste suprême est revenu à un non « Vaish », caste des familles Jugnauth et Ramgoolam. Une fracture dans l?histoire de pères et de fils, héritiers de parti.

Contre toute dynastie, du moins jusqu?à preuve du contraire, le MMM d?hier prônait « enn sel lepep, enn sel nation », protestait hors du Parlement contre le « Best Loser System » en 1982. Celui du nouveau millénaire a changé de discours depuis longtemps, est revenu à l?époque pré-indépendance. Cette semaine, Ivan Collendavelloo vient dire, entre autres clichés de politiciens, : « Je ne suis pas d?accord avec le style gadget qui préconise la disparition des communautés. » Et rappelle aussi que la Constitution a fait ses preuves. De son côté, son leader courtise ouvertement Reza Issack, dont le bilan à la mairie de Port-Louis n?a rien d?exceptionnel, ne serait-ce ses fréquents voyages à l?étranger. Le MMM peut-il dire ouvertement pourquoi il s?intéresse autant à Reza Issack ? Hormis le brutal fait qu?il appartient à une communauté qui a délaissé les mauves pour faire pencher la balance du côté des rouges en 2005. Rashid Beebeejaun a-t-il promis une promotion à l?ancien maire de Port-Louis pour qu?il renonce à discu-ter politique avec Paul Bérenger qui a reboosté, entre autres, le moral d?Abdullah Hossen et de Reza Uteem ? Le temps nous le dira si Reza Issack obtiendra ce qu?il dit ne pas chercher?

Finalement, c?est à se demander si tous les principaux politiciens ne sont pas, de manière implicite, tombés d?accord pour faire perdurer un système qui les maintient en vie. Un système qu?ils n?ont pas vraiment intérêt à changer car le pouvoir finalement, ils se le partagent. Chacun contrôle une couleur. Comme l?arc-en-ciel, les couleurs ne vont jamais se mélanger.

Pour les fidèles croyants ou non-croyants que nous sommes, les litanies n?évoluent guère, tout reste figé. Le 8 mars, on plai-de pour davantage de femmes au Parle-ment. Le 12 mars, on prie pour l?émergence du mauricianisme. Rendez-vous en mars 2009 !

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