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«Il n?y aura plus de contrôle des prix une fois la ?competition commission? créée»

14 mars 2008, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B> Il y a un rapport d?experts internationaux ? du Programme des Nations unies notamment ? qui dit que les comptes de la «State Trading Corporation» (STC) ne sont pas transparents. Qu?avez-vous à dire à cela ?</B>

Je crois que les gens doivent d?abord comprendre le mécanisme de la STC. Il y a un conseil d?administration avec un président et des directeurs qui sont principalement des représentants de différents ministères. Il y a aussi un audit committee qui est là justement pour voir si toutes les conditions ont été respectées. En sus de cela, le bureau de l?Audit passe en revue les comptes et les opérations de la STC et ne se prive pas de les commenter chaque année dans son rapport. Ce n?est pas assez transparent ?

● <B>Je crois que le problème se trouve surtout au niveau des subventions croisées. On ne voit pas où vont les revenus et ce qu?on en fait ?</B>

Dans ce cas-là, je crois que c?est un problème de communication parce que ces informations, nous les avons archicommuniquées. Les produits pétroliers sont sujets à l?Automatic Pricing Mechanism. En ce qui concerne la farine, qui est un produit subventionné, on paie Rs 6.90 alors que le prix réel est Rs 10.20. Le calcul pour arriver à Rs 10.20 est simple. Vous parlez de subventions croisées et de revenus mais je crois que l?important, c?est que nous avons repayé les dettes de Rs 2 milliards de la STC en deux ans alors que l?an dernier, le gouvernement a subventionné la farine à hauteur de Rs 700 millions. Cette année, les subsides s?élèveront à Rs 1.3 milliard. Ça, c?est la réalité. Ajoutez à cela l?économie de Rs 1.4 milliard que nous avons faite par notre accord avec Mangalore. Mais je note que personne ne s?intéresse à poser des questions sur cela.

● <B>Mais justement, vous vous retrouvez dans une situation peu enviable ? les prix prennent l?ascenseur et bien que ce ne soit pas de votre faute, on vous fait porter le chapeau. Est-ce que vos explications sont comprises par la population ?</B>

Vous savez à Maurice quand on a un problème, il faut bien insulter quelqu?un et lui faire porter le chapeau. J?accepte cela ; c?est la réalité mauricienne ; je suis donc l?échappatoire, le bouc émissaire. Tout ce que je peux faire, c?est d?expliquer ce que nous faisons pour combattre cela.

● <B>Tout à fait mais vos explications de subsides de Rs 1.3 milliard ne veulent rien dire à une personne qui doit dépenser de plus en plus pour des produits de base !</B>

Oui mais j?imagine que sa réalité et ma réalité ne sont pas les mêmes. Il doit comprendre que s?il paie une bonbonne de gaz à Rs 315, c?est parce que le gouvernement lui a donné Rs 200 de subsides sur une bonbonne de gaz. Notre devoir au gouvernement est de nous assurer que chaque Mauricien peut acheter sa bonbonne de gaz. Au prix réel ? à Rs 518, il n?aurait pas pu le faire. Mais il semble qu?il n? y a pas beaucoup de gens qui réalisent la portée de l?aide que leur apporte le gouvernement. N?empêche que c?est une réalité.

● <B>Votre entrée en politique a été marquée par une tendance pro pauvre. Au bout de ces deux ans et demi, pensez-vous être parvenu à faire une différence ?</B>

Tout dépend ; il y a certains résultats que l?on voit tout de suite et d?autres qui seront visibles à long terme. Nous avons facilité la créations des PME et les gens ont réalisé qu?ils ne doivent pas nécessairement être employés par quel- qu?un d?autre pour avoir un revenu et pourquoi pas, avoir du succès. Nous avons aussi consolidé la zone franche et même s?il y a quelques défis devant nous, au moins les gens savent qu?ils sont employés, qu?ils ont leur dignité et qu?ils ont un travail stable.

● <B>Sur la pauvreté, un débat a duré quelques semaines sur la meilleure façon d?aider les pauvres. Vous avez été particulièrement silencieux sur ce sujet. Quelle est votre opinion ?</B>

Si vous êtes en train de parler de l?affaire du ciblage, il serait bon de comprendre avant tout comment fonctionne un gouvernement. Au Conseil des ministres, un ministre présente son dossier, nous en discutons mais c?est le chef qui décide. Il faut savoir ce qu?est la vision du gouvernement ? c?est de donner les mêmes chances à tous les Mauriciens. Et je pense que nous sommes en train de travailler dans cette direction. Mais au-delà de cela, si une personne a émis une opinion, je ne pense pas que ce serait très correct que quelqu?un d?autre vienne ajouter son grain de sel au débat. Tout ce que je peux dire, c?est que le lieu où ces débats doivent avoir lieu est le Conseil des ministres. Et je travaille à partir des instructions que je reçois et nous sommes en train de subventionner la population pour la soulager un peu.

● <B>Justement et c?est à l?encontre du principe de ciblage. J?imagine par votre réponse que vous êtes contre le ciblage ?</B>

Mais laissez-moi vous poser une question ; pensez-vous que les Mauriciens pourront se permettre d?acheter une bonbonne de gaz à Rs 518 ?

● <B>Mais si c?est le prix ? Les prix augmentent d?accord mais ne devrait-on pas pratiquer la réalité des prix ? </B>

Mais pourquoi devrait-on pratiquer de la discrimination par rapport aux produits de base ? Mon ministère ne contrôle qu?une dizaine de commodités de base, vous savez.

● <B>Mais est-ce de la discrimination que demander à une personne qui gagne Rs 200 000 par mois d?acheter son gaz à Rs 518 ? </B>

Il faut savoir que les bonbonnes de gaz de 50 kg ne sont pas subventionnées.

● <B>Mais la majorité des gens utilisent des bonbonnes de 12 kg !</B>

Pas les gens qui gagnent Rs 200 000 par mois ! C?est plus pratique d?acheter une grosse bonbonne que d?acheter plusieurs fois des petites. Et ceux qui utilisent beaucoup de gaz et ont les moyens ne vont pas utiliser ce subterfuge. Il faut aussi savoir que le gaz industriel ? utilisé dans les restaurants et les hôtels ? n?est pas subventionné. C?est aussi un choix que nous avons fait. Le problème que j?ai avec cela est aussi de nature philosophique ? j?ai du mal à imaginer deux queues dans une école ? une queue pour les pauvres et une pour les riches. C?est injuste et discriminatoire.

● <B>Et c?est la même chose pour la farine ? </B>

Selon les chiffres que me donne l?AHRIM, des 100 000 tonnes de farine que nous utilisons, une infime partie est utilisée dans les hôtels.

<I>«Je continuerai à agir comme cela ; une demande d?augmentation ne passera jamais comme une lettre à la poste tant que je serai ministre du Commerce.»</I>

● <B>Comment ? </B>

C?est ce que me dit l?AHRIM. Je vous avoue que j?étais préoccupé par la question de savoir si nous étions en train de subventionner les hôtels mais on m?a assuré que la quantité était négligeable puisqu?ils utilisent aussi d?autres types de farine qui ne sont pas subventionnés.

Vos tentatives pour essayer de contrer le phénomène de hausse des prix pour la farine, les barres de fer, le lait ont été très contestées. Pourquoi, selon vous ?

Peut-être parce que je pose trop de questions ? Parce que je n?accepte pas automatiquement tout ce que me disent les gens concernés qui veulent que j?accorde une augmentation. Je peux vous dire cependant que je continuerai à agir ainsi ; une demande d?augmentation ne passera jamais comme une lettre à la poste tant que je serai ministre du Commerce. Le problème c?est qu?il y a des vested interests un peu partout à Maurice et clairement j?ai mécontenté quelques personnes. C?est tout.

● <B>Mais vos tactiques n?ont pas marché ? Vous avez introduit le lait «Amul» mais les prix n?ont pas baissé, pareil pour les barres de fer, la farine, etc.</B>

Non, j?ai fait introduire Amul parce qu?il y avait des craintes qu?il y ait une pénurie de lait. Quelques personnes n?ont pas aimé le goût, très bien. Mais je note que personne ne commente le fait que le lait Amul en brique est actuellement en vente dans le pays et j?apprends qu?il se vend très bien. Il est moins cher que les autres. Posez-vous la question de savoir pourquoi avant le lait Amul n?était pas bon mais que maintenant il est bon.

«?il faut bien insulter quelqu?un et lui faire porter le chapeau. J?accepte cela ; c?est la réalité mauricienne ; je suis donc l?échappatoire, le bouc émissaire.»</I>

● <B>Donc riche de votre expérience de deux ans et demi, vous pensez que l?état doit intervenir dans le marché ?</B>

Non. Je dis qu?il faut contrôler la façon dont nous opérons. Avant le Competition Bill, le marché n?était pas régulé et il y a donc des cartels et des monopoles. Le projet de loi sera promulgué bientôt et la commission sera mise sur pied. Une fois la commission créée, ce ne sera plus mon rôle d?intervenir ; une commission indépendante sera au-delà de la politique mais aidera à réguler le marché. Je peux vous dire que je suis sûr que la commission aura du pain sur la planche !

● <B>Est-ce qu?une «competition commission» veut dire que le gouvernement ne va plus contrôler les prix ? </B>

Bien sûr. Une fois que la commission commencera à fonctionner, nous allons nous retirer. Mais bien sûr il faudra donner un peu de temps à la commission pour qu?elle soit complètement opérationnelle.

● <B>Je voudrais terminer sur une note personnelle. L?opposition est très virulente en ce qui vous concerne. Paul Bérenger vous a même qualifié d?incompétent. Qu?est-ce que cela vous fait ? </B>

Je le comprends, le pauvre. D?abord je crois qu?il vit dans son propre monde. Mais je pense que je lui ai fait beaucoup de mal durant la partielle et c?est la raison pour laquelle il en fait une affaire personnelle. Vous savez quand Bérenger n?a plus d?arguments, il devient personnel et c?est malheureux ; c?est cela sa faiblesse.

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