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Les trois personnages par lesquels le scandale est arrivé

15 mars 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Trois heures d?interrogatoire imposées à deux journalistes. C?est ce qui s?est déroulé hier dans les locaux de Radio One. La rédactrice en chef de la station, Karishma Beeharee, et une présentatrice de la radio, Humaira Ali, sont accusées par la police d?avoir «diffusé une fausse nouvelle» et d?avoir «diffamé» le Premier ministre (PM).

Au bout de ce long interrogatoire, les policiers ont quitté les locaux de la radio mais ont prévenu que «l?enquête suit son cours». Récit de cette journée noire au cours de laquelle trois personnages proches du pouvoir ont joué un rôle de premier plan.

Il est reproché à Radio One d?avoir annoncé, en brève, une nouvelle faisant état de l?annulation de la réunion du Conseil des ministres du jour et de celle du bureau politique du Parti travailliste (PTr) pour cause de «problèmes de santé» du PM. La radio avait annoncé la nouvelle au conditionnel tout en précisant que «les sources officielles n?ont pas souhaité donner de raisons».

<B>Emission Interrompue</B>

Il est 16 heures quand Karishma Beeharee reçoit un appel de l?ASP Jangi l?informant qu?Humaira Ali et elle sont convoquées dans les locaux du Central Criminal Investigation Department (CCID) pour être interrogées à propos d?une information diffusée plus tôt sur les ondes de Radio One. Après consultation avec le président du conseil d?administration de Radio One, Jean-Claude de l?Estrac, et de l?homme de loi de Viva Voce, compagnie propriétaire de la station, Michel Ahnee, elles décident de ne pas s?y rendre. Elles considèrent qu?elles n?ont aucun compte à rendre à la police.

A 17 h 50, une équipe du CCID composée de cinq hommes, à savoir l?inspecteur Sébastien Joseph, les sergents Kader Dawjee et Rony Narain et les constables Rughoo et Perrine, menée par l?ASP Jangi débarque dans les locaux de la radio. Finlay Salesse animait alors l?émission «Controverses» axée sur «L?émergence d?une nation», à laquelle participaient Leela Devi Dookun-Luchmun, députée du MSM et Aline Wong, membre d?un sous-comité de l?Empowerment Programme. Il interrompt l?émission pour commenter en direct l?arrivée des policiers dans le studio. S?ensuit l?interrogatoire des journalistes. Celles-ci sont contraintes à donner leur déposition «under caution», ce qui signifie qu?elles risquent des poursuites au pénal.

Il est 20 h 56 quand Radio One diffuse la chanson de Florent Pagny, «Ma liberté de penser». Au même moment, des enquêteurs du CCID, avec à leur tête l?ASP, Heman Jangi, quittent les lieux. Ils ont posé une série de questions sur la nouvelle diffusée par Radio One.

Aucune arrestation n?est intervenue, mais le standard de la radio est inondé d?appels des auditeurs, de politiciens, de professionnels des médias et d?autres membres de la société civile pour témoigner de leur solidarité envers les deux journalistes. Parmi, l?ancien président de la République, Cassam Uteem, Rajesh Bhagwan, secrétaire géneral du MMM, l?avocat Anil Gayan, les députés Eric Guimbeau et Maurice Allet, les journalistes Jean-Claude Dedans et Henri Marimootoo, du groupe Le Mauricien, et l?évêque Ian Ernest. D?autres encore se sont déplacés pour mieux témoigner de leur soutien à l?équipe de Radio One notamment le fils de Cassam Uteem, Reza Uteem, Moorgesh Veerabadren, ancien maire de Port-Louis, Jacques Rivet, directeur du Mauricien, Bernard Delaître de l?hebdomadaire Week-end, Jean-Marie Richard, d?Imagine Communications, et le père Henri Souchon.

Revenons sur les circonstances dans lesquelles la nouvelle a été diffusée et sur la réaction qu?elle a provoquée en haut lieu. Jeudi, une journaliste de la radio interroge un député de la majorité, qui fait la Une des journaux, pour savoir si ce dernier a obtenu le rendez-vous annoncé entre lui et le PM. Le député indique qu?un très haut personnage de l?Etat, collaborateur immédiat du PM, l?a informé que Navin Ramgoolam ne pourra le recevoir car il est «indisposé». Le député explique que pour preuve de «l?indisposition» du PM, il lui a été précisé que la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres et celle du bureau politique du PTr ont été annulées.

<B>«Navin Ramgoolam n?est pas très bien»</B>

L?information donnée par ce député corrobore les propos rapportés par un autre journaliste de la station. Au cours du «Garden Party» organisé jeudi au Château du Réduit, ce journaliste avait interrogé le même haut personnage de l?Etat sur les raisons du départ apparemment précipité de Navin Ramgoolam de la fête. «Navin Ramgoolam n?est pas très bien», réplique-t-il.

Ces deux éléments en main, Radio One décide de diffuser la nouvelle de l?annulation de la réunion du Conseil des ministres à plusieurs reprises dans ses journaux d?information. Forte des informations obtenues en haut lieu, la station annonce également que cette annulation est due à «des problèmes de santé» de Navin Ramgoolam.

Vers 10 h 30, un conseiller du Bureau du PM appelle la rédaction de la radio. Il affirme que l?annulation de la réunion du Conseil des ministres n?est pas due à des «problèmes de santé» de Navin Ramgoolam et demande que la station apporte un rectificatif. C?est ce qu?elle fait dans le bulletin de 11 heures.

Mais cela ne suffit pas. Le même conseiller appelle un peu plus tard pour exiger, cette fois, des excuses à l?antenne. Les journalistes s?exécutent. L?express est en mesure d?affirmer que la manière forte a été déployée contre Radio One parce qu?au Bureau du Premier ministre, l?on ne croit pas à une interprétation erronée mais on est persuadée que la nouvelle a été sciemment diffusée dans le but de nuire à la réputation du PM.

A la direction de Radio One, on fait valoir que s?il a pu y avoir faute, promptement rectifiée, la publication ou la diffusion de fausses nouvelles n?est pas en soi une infraction. Un délit est commis quand la publication ou la diffusion est de nature à «troubler l?ordre public». Lorsque la police poursuit sous cette accusation, elle doit non seulement prouver qu?il y a risque de trouble mais également démontrer que le journaliste savait que la nouvelle était fausse et qu?il a sciemment tenté de provoquer un trouble à l?ordre public. Ce qui a conduit le conseil légal, Michel Ahnee, à qualifier toute la procédure d?hier de «Much ado about nothing».

<B>Vinesen ABEL</B>

<B>Réactions

Le PM : «Sa donn mwa rezon ki la loi bizin modifie»</B>

C?est un Navin Ramgoolam visiblement en colère qui a commenté hier soir la nouvelle diffusée par «Radio One» à l?effet que le cabinet n?aurait pu se réunir hier parce qu?il était malade. Le Premier ministre a fait une déclaration à la presse à l?issue d?un spectacle présenté par la troupe de Bihar hier soir au centre culturel Indira Gandhi : «Sa zafair ki zot finn raconte la li ti facil pour zot vérifier. Li ti telmen facil vérifie sa nouvel avec mo biro. Se pa la première fois ki zot fer sa. Se la troisième foi ki sa arive. Bann zournalis bizin pli profesionel.»

Il ajoute que «zafair cabinet bizin ena preparation, bizin ena agenda. Premier ministre bizin etudie. Bizin amenn bann detail precis pou capav pran decision. A cause fête l?indépendance, cabinet pa finn capav zoine. Cabinet papers bizin prepare mercredi. Asoir, Premier ministre bizin guete. Jeudi, bizin zoinn president pou discute. Zot coz fausete. Ena droit ek responsabilite oci. IBA finn fer complaint. Tout action ena so consequens. Ena la loi dan Maurice. Zot finn rectifie apre zot fine present excuz. Se tre bien. IBA inn fer lenquet. Ki statement zot pe cause. Pa croir ki gouvernement pe aret zournalis. IBA inn fer lenquet ki pe continue. Sa donn mwa rezon ki la loi lor false news bizin modifie».

Suresh MOORLAH</B>

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