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Post mortem
<B>Par Nazim ESOOF</B>
Chacun a dit ce qu?il avait à dire. Rivalisant souvent de lyrisme, fleurant même la logorrhée tant certains étaient portés par ce désir de dire leur amour de la patrie. A présent que les festivités sont derrière nous, qu?on a fait le trop-plein de patriotisme et que la réalité nous rappelle à nos devoirs, il ne serait pas superflu d?établir une liste de tâches à remplir pour que le sentiment d?appartenance s?exprime pleinement.
On l?a maintes fois entendu ces derniers jours : «Nou pays nou fierté.» Ce qui sous-tend cette affirmation, c?est un parcours. L?île Maurice a su éviter le pénible destin de nombreux pays africains anciennement colonisés. Soit l?instabilité politique, l?insoumission aux principes démocratiques, une misère quasi-chronique, la guerre civile, l?incapacité de modernisation économique? Des traits de caractère qui sont toujours perceptibles aujourd?hui. Au point que certains les mettent au compte d?une passivité certaine de la population mauricienne. Passons.
Arrêtons-nous cependant à ce qui fait véritablement la magie de ce peuple. Il vit les alternances politiques dans un mouvement naturel de changement. Généreux dans l?effort, il entretient un rapport au travail qui rime souvent avec sacrifice et investissement dans l?avenir des enfants. Son pragmatisme et sa propension au consensus évitent au pays souvent des situations conflictuelles. Il récuse le piège du nombrilisme devant lequel fléchissent de nombreux Etats insulaires. Hormis quelques soubresauts populaires, il ménage sa colère afin de ne pas provoquer de chaos social. Au plan culturel, il s?accommode bien de la médiocrité du discours officiel. Son goût de la morale est légendaire. Sa conviction que le progrès passe par l?éducation a abouti à des résultats merveilleux. Bref, ses mérites sont nombreux.
Il n?en demeure pas moins que quarante ans après l?indépendance et seize ans après la République, il a développé un imaginaire collectif qui évacue tout vernis d?idéalisme, toute rigidité idéologique et toute ambition d?un savoir qui n?est pas commercialisable. Il aime bien les grandes discussions mais uniquement dans des salons restreints avec les amis et les proches qui partagent les mêmes opinions ou la même position sociale que lui. Sa citoyenneté n?est, dans le meilleur des cas, qu?un masque pour qu?il puisse mieux vivre son identité ethnique et, dans le pire des cas, un non-sens qui n?égale en rien sa zoolâtrie sectaire.
Aujourd?hui plus que jamais, il reste à construire une pleine citoyenneté dans un socle de co-construction identitaire. Pour cela, il faudrait sortir des théorisations et des prises de position faciles. Sans doute cela sert-il à quelque chose de parler de malaises ici et là. Il est encore plus sûr que la coexistence dont on se vante repose sur une façade qui a le seul avantage de garantir un illusoire vivre-commun, soit la grande notion de tolérance ou de diversité qui s?assume.
En vérité, il faudrait intervenir dans le concret. Les concentrations géographiques à caractère ethnique posent problème. Les spectacles culturels qui imposent la juxtaposition des différentes expressions religieuses ou civilisationnelles relèvent d?une pure bêtise. Le fantasme de l?ancestralité a déjà fait son temps. L?appartenance politique fondée sur la seule obsession d?être avec les «nou bann», même si elle tend à s?estomper, est une véritable tare pour la société mauricienne. La société civile qui éditorialise, au lieu de se donner les moyens de changer la vie des citoyens, passe à côté de sa mission. La société politique qui reproduit, décennie après décennie, le même schéma de comportements et d?argumentaires ne contribue pas à faire avancer les idées.
On pourrait rallonger cette liste. Mais on s?arrêtera ici. Un signal. C?est tout. Pour que ce pays avance encore plus rapidement, il est impératif que tout le monde s?y sent à l?aise et que le sens d?appartenance se partage au-delà des clivages ethniques. Cessons donc avec les lectures réductrices qui rappellent indéfiniment nos origines et nos particularités.
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