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Pas d?hymne national chanté en créole par 50 000 personnes
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Pas d?hymne national chanté en créole par 50 000 personnes
Harish Boodhoo et son PSM ne sont pas les seuls à s?insurger contre cette version créole de notre hymne national. L?auteur de la version anglaise, le Dr Jean Georges Prosper, n?est pas non plus à la fête. A l?express qui l?interroge il répond : Cette version créole est à notre hymne national ce que la kiltir est à la culture. Le conseil d?administration de la MBC l?approuve pourtant. L?on apprend que des étudiants de l?Université, rédigent cette version créole, pendant le Mai 1975 des collégiens. On l?utilise à l?occasion du meeting de remerciements du MMM-PSM, au Champ-de-Mars, le 20 juin 1982. L?on peut, à cet égard, parler du plébiscite de cette version créole par les 200 000 Mauriciens présents. Mais tel n?est pas l?avis du journal boolelliste, The Nation, qui parle de censure de la version créole de Rama Poonoosamy par le conseil d?administration de la MBC. Qui croire ? Qui ne pas croire ? Ce journal surtitre : L?alliance MMM-PSM en péril pour la 3e fois.
Autre sujet de divergence entre les pro- et les anti-Bérenger : l?heure et le lieu de la célébration de l?An XVI de notre Indépendance. Pendant neuf ans, elle a lieu rituellement au Champ-de-Mars, à midi pile. Le changement survient avec le MMM-PSM, ou plus exactement avec le MMM. Elle commence dans la soirée du vendredi 11 pour se terminer en apothéose à minuit pile. Des esprits chagrins mettent en garde contre les risques d?une manifestation nocturne d?une telle ampleur. Ils font état d?un toujours possible black-out. Une panique est si vite arrivée. Ils se plaindront, par la suite, que certains éprouvent des difficultés pour rentrer chez eux. Les autobus auraient eu du mal à accommoder les 50 000 personnes présentes. Ils concluront que les villageois n?ont pu être de la fête. En quoi, ils demeurent fidèle à leur devise préférée : Jamais contents surtout, si l?ennemi est au pouvoir.
La célébration de l?An XVI de notre Indépendance se déroule donc place du Quai et non au Champ-de-Mars, en soirée jusqu?à minuit et non pas sous le soleil de plomb de midi. La foule plébiscite ce changement puisque l?express parle d?une foule de 50 000 spectateurs enthousiastes. Elle remplit la place du Quai tandis qu?un chaland, amarré devant le Chien de Plomb, fait office de scène flottante. Ces 50 000 patriotes, bravant les contraintes d?une soirée prolongée, n?ont pas la satisfaction d?entonner, comme ène sèle lépep, ène sèle nation, la version créole de l?hymne national. Anerood Jugnauth, en bon légiste juge sur pièce. Il se fait apporter la version officielle et anglaise de Motherland, puis celle de la version créole, les compare, les juge et rend son verdict inexorable et sans appel. La version créole n?est pas une traduction exacte de la version anglaise. Pire encore, elle omet d?appeler la bénédiction divine sur notre pays. Ce qui est à demi-faux. Elle est anathémisée. La messe est dite. Si vous voulez chanter l?hymne national, vous devez sacrifier à Glory to Thee, à Mother l?Inde, à Sweet Beauty, à Sweet Fragance. Plus tard, des nationalistes reprocheront violemment au MMM de vouloir nous imposer une stratégie et une politique de ène sèle lépep, ène sèle nation (as one people, as one nation, dans le texte anglais). Mais déjà des plumes s?activent pour préparer les versions hindi et bhojpuri de l?hymne national, en respectant, au point-virgule près, la version anglaise et officielle de paroles, devenues, dans le feu de l?action, plus sacrées encore que parole d?Evangile. L?île Maurice anti-Bérenger et anti-Poonoosamy peut jubiler et elle ne s?en prive pas. Jugnauth tranche en sa faveur. Le sacrilège de la version créole n?aura pas lieu devant 50 000 personnes.
Loin de toutes ces guéguerres politiques et intestines, la foule se laisse aller de l?Indépendance, se voulant, ô lèse majesté, changement par rapport à la routine répétée depuis le 12 mars 1968 imposée par quinze ans de règne ramgoolamien et travailliste sans partage mais surtout sans imagination. La police a fort affaire pour canaliser et contenir cette foule qui menace, à tout moment, de déborder ses cordons de sécurité.
Deux vedettes portuaires transportent jusqu?à la scène flottante (chaland mouillant devant le Chien de Plomb) les vedettes artistiques devant assurer le spectacle.
Jusqu?à minuit, la foule présente attend mais vainement de chanter ensemble et à l?unisson notre hymne national, dans la langue qu?elle utilise tous les jours et avec tel talent. On ne peut mieux humilier notre langue créole !
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