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Mohamed Bacar s?apprêterait à prendre la fuite

13 mars 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La pression monte et les rumeurs se font de plus en plus persistantes : le colonel Mohamed Bacar, président auto proclamé de l?île d?Anjouan, réalisant qu?il n?est pas de taille à affronter les forces, parées au débarquement, qui s?opposent à lui, prépare sa sortie par la petite porte.

Alors que débarquent le contingent de près d?un millier de militaires appuyé par l?armée comorienne, les forces du colonel rebelle commencent à paniquer et semblent avoir compris que l?option militaire n?est pas qu?une menace.

«Il se peut que Bacar et quelques dignitaires au pouvoir dans l?île prennent la poudre d?escampette et se dirigent vers une destination encore inconnue , via Mayotte», confie un diplomate comorien de Moroni. Comme lui d?autres pensent que l?Union africaine (UA) a su accentuer la pression sur Bakar , le poussant ainsi à avoir recours à ces mesures drastiques.

Les troupes des quatre pays de l?UA ? la Libye, le Soudan, le Sénégal et la Tanzanie ?, soit plus de 1500 hommes, soutenus par La France et les Etats-Unis, ont déjà rejoint les forces de l?armée comorienne aux abords d?Anjouan.

La dernière réunion du Conseil de paix de l?UA a réitéré son attachement «à l?unité, à l?intégrité territoriale et à la souveraineté des Comores» et a donné l?aval final pour que soient déployées des forces militaires à Anjouan afin de faciliter la restauration de l?autorité de l?Union sur l?île séparatiste, et ce à la suite de l?échec de négociation pacifique.

À Maurice, le dernier Conseil des ministres s?est aligné sur cette décision : «Cabinet has taken note of the political situation in Comoros and that the African Union has decided that military option was the only way to resolve the crisis in Anjouan. The Ministers of Defence of Tanzania, Senegal, Sudan and Libya would meet on 8 March 2008 in Dar-es-Salaam to discuss the assembly of troops and logistics support under the AU banner. The Minister of Foreign Affairs, International Trade & Cooperation is monitoring closely the situation.»

Les ministres de la Défense des quatre pays pourvoyeurs de troupes militaires viennent de valider les recommandations de leurs experts qui avaient effectué récemment à Moroni une mission d?évaluation et de programmation de l?opération de rétablissement de l?ordre, suite à l?échec de la dernière médiation internationale.

A l?issue de la fin de cette importante rencontre, une délégation spéciale de haut niveau, conduite par le ministre tanzanien des Affaires étrangères, s?est rendue dimanche à Moroni pour discuter avec le président de la République des Comores, Ahmed Abdallah Sambi.

Des similitudes avec Guantanamo

Il a surtout été question du débarquement militaire. Le dispositif a par ailleurs déjà été arrêté. «Tout est fin prêt pour l?attaque. Mais il y a quelques emissaires qui essaient de raisonner Bacar afin qu?il abandonne. On veut eviter un bain de sang, mais si Bacar ne cède pas, il fera face aux forces de la coalition dans les prochains jours. On essaie surtout de le pousser vers la sortie afin de sauver son peuple», indique un diplomate comorien.

Normalement, la crise est commentée de Moroni. Notre correspondant aux Comores, . Mohamed, s?est interessé à l?ile d?Anjouan pour décrire l?ambiance durant cette periode de troubles.«Ce n?est pas Guantanamo, mais cela y ressemble fort, toute proportion gardée. Il s?agit d?une petite île devenue une zone de non-droit, coupée du reste du monde sur le plan institutionnel et privée de moyens de communication...», relate-t-il (voir hors-texte). À Moroni, où la communauté internationale s?est réunie, on est unanime sur un point : «Le colonel Bacar et lui seul, doit maintenant accepter la pleine responsabilité du conflit militaire qui s?avère nécessaire. Il a rejeté les ultimes mediations menées par les États-Unis, la France et la Ligue des États arabes et les pays de la region.»

Pour rappel, le conflit entre les autorités d?Anjouan et celles des deux autres îles ? la Grande-Comore et Mohéli ? dure depuis l?organisation d?élections individuelles dans chacune des trois îles, en juin 2007.

Après plus de 130 années de régime colonial, les Comores, qui ont acquis leur indépendance de la France en 1975, ont connu trois décennies d?instabilité politique émaillées de 19 coups d?Etat et tentatives de coup d?Etat. Une instabilite impressionnante.

N.S

VU D?ANJOUAN...

■ Hamadi Moumini, commerçant à Ouani, parle d?une prise d?otages collective : «Les autorités de fait d?Anjouan ayant saboté les centrales de Comores-telecom, depuis 2 mois, nous ne pouvons recevoir téléphoner, ni recevoir de fax ou de courriel». Mais s?il ne s?agit pas que de cela?

Aux pénuries des produits pétroliers et même alimentaires, s?ajoutent régulièrement les arrestations arbitraires et les bastonnades des milices du président auto proclamé de l?île, qui semble supporter de moins en moins la contestation. Chaque nuit, accostent sur l?île de Mohéli des petites embarcations et des pirogues avec à leurs bords d?honnêtes citoyens qui ont réussi à fuir ce goulag des temps modernes.

Chaque arrivant raconte son propre récit, mais, au fond, c?est la même histoire qui se répète depuis plusieurs mois. Des gens sont arrêtés et torturés, et à leur libération, prennent le large. D?autres apprennent qu?ils sont recherchés et quittent nuitamment cette île devenue subitement inhospitalière. Les habitantes de l?île de Mohéli, qui supportent déjà, dans un territoire exigu, les régiments de l?armée qui doivent libérer Anjouan, se font un devoir de recueillir «ces frères et s?urs» traumatisés et souvent blessés. Ceux qui présentent des lésions graves sont conduits à Moroni pour y recevoir des soins.

Par ailleurs, les médias publics, qui font quotidiennement une propagande justifiant l?intervention armée sur Anjouan, exploitent à fond les images et les témoignages des personnes ayant subi des exactions. Le dernier en date est celui d?un professeur d?éducation physique originaire de la ville de Domoni.

A l?hôpital El-Maarouf de Moroni où il est actuellement soigné, son état est jugé alarmant. Ses deux bras et une de ses jambes ont été fracturés et les traces laissées sur son dos témoignent de la violence des coups de fouets qu?il a reçu lors de son séjour dans les geôles de Bacar. «On était trois à être arrêtés, mais c?est moi qu?ils ont gardé le plus longtemps. Dans la voiture même, ils ont commencé à nous battre. On était à moitié morts en arrivant au centre de détention. On a subi des tortures que je ne peux pas décrire. Il fallait que je fasse semblant d?être réellement mort pour qu?ils me laissent tranquille », raconte Attoumani Mohamed Mdéré. Ainsi, dans l?île-prison, on attend toujours de recouvrer la liberté...

A. Mohamed (des Comores)

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