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Le dur au grand c?ur

13 mars 2008, 00:00

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Si l?on gratte un peu le vernis, on peut voir sous le costume haute couture acheté a un prix exorbitant en Grande-Bretagne, le gamin de 11 ans qui vit dans une maison en tôle à la rue la Paix, Port-Louis et qui n?a pour déjeuner qu?une galette écrasée dans un peu de thé. Ce garçon est le fils d?un ressortissant chinois et d?une mère créole. Son père vend des légumes au marché de Port-Louis. La famille Lan Hing Choy est misérable et elle n?en peut plus de cette vie maudite. Heureusement les trois aînés de la famille parviennent à se rendre en Grande-Bretagne pour travailler comme aide-infirmiers dans des maisons pour handicapés. Quelques années plus tard, quand il y aura assez d?argent, ce sera au tour du petit Ah Fat et de sa mère de les rejoindre.

Le petit de 11 ans a fait du chemin depuis. Ah Fat Désiré Lan Hing Choy, de son vrai nom, est le trésorier du Parti travailliste depuis maintenant deux ans. Il est rentré au pays en 1996 après 25 ans de dur labeur en Grande-Bretagne où il a réussi à prendre sa revanche sur le destin en se bâtissant une fortune. Il était très proche de feu Sir Satcam Boolell et il l?est toujours de son fils Arvin.

Cet homme d?affaires au visage fermé, que l?on dit arrogant, est d?abord connu pour son franc-parler. «Certains appellent cela de la vantardise mais moi je ne peux pas supporter tous ces hypocrites qui gravitent autour des partis politiques. La différence entre moi et les autres, c?est que je ne suis pas dans la politique pour me faire de l?argent. J?en ai assez. Donc je peux me permettre d?être franc et ne de pas me courber pour des faveurs», dit-il, le visage sans expression. Il semblerait que ce serait ce franc-parler que Navin Ramgoolam apprécierait. «Il est entouré d?hypocrites. C?est important que quelqu?un lui dise la vérité», confirme l?homme d?affaires.

Ah Fat est plus connu du public pour son projet raté de faire construire un restaurant et des magasins sur un arpent de terre au Jardin de Pamplemousses en 1996. Le bail, il l?a obtenu par ses connexions au Parti travailliste et le permis aussi. Le projet a capoté quand le deal a été rendu public et grâce aux «dénonciations» du leader du MMM et de Rajesh Bhagwan à l?époque. Ah Fat esquisse un sourire. «Oui, c?est ironique. Je me souviens que, quand j?ai obtenu le permis, Bhagwan m?a alors félicité. Mais une fois que le MMM a été expulsé du gouvernement, ils ont commencé à mener campagne contre moi. Alors, j?ai pris la décision de rendre le contrat qui avait déjà été signé parce que je ne voulais pas de controverses.»

«Je ne peux pas supporter tous ces hypocrites qui gravitent autour des partis politiques. La différence entre moi et les autres, c?est que je ne suis pas dans la politique pour me faire de l?argent.»

Mais les controverses, semble-t-il, ne sont jamais loin en ce qui concerne Ah Fat quand le PTr est au pouvoir. Conseiller de Rajesh Jeetah, ministre du Commerce et de l?industrie, Ah Fat travaille les neuf premiers mois? sans contrat parce que le Premier ministre hésitait à l?approuver. «Navin Ramgoolam s?était interrogé sur le bien- fondé de nommer le trésorier du parti comme conseiller de ministre», explique le conseiller candidement.

Mais le contrat a été signé et Ah Fat est conseiller du ministre. Mais même ce rôle est contesté par l?opposition. «Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je suis un homme de terrain et qu?ils ont peur de moi. Je suis bien introduit dans les cités ouvrières, que ce soit à Beau-Bassin ou à Baie-du-Tombeau et les gens me connaissent parce que, au-delà de mes activités politiques, je fais du social. Je ne fais pas de tapage autour de ces activités mais Bhagwan est très au courant de ce qui se passe !»

Toujours est-il que les positions de Ah Fat, son interventionnisme dans plusieurs dossiers dont le ciment, le lait, les barres de fer, les gros pois et la farine, sont diversement commentés même au sein du gouvernement. « Je suis d?accord que l?intervention de l?Etat doit être minime dans le marché mais, n?en déplaise à certains, la situation actuelle n?est pas idéale parce que si nous n?intervenons pas, il y a un monopole, ce qui fait que les prix vont grimper. Les gens ne sont pas contents ? Eh bien, croyez-vous que les petites gens le sont ? Les gens qui ne peuvent pas se permettre de manger à leur faim ? » demande Ah Fat, avant d?ajouter : «Moi je connais leurs difficultés parce que je m?intéresse à eux, je les aide et leur parle.»

Ah Fat est intimement convaincu que ses détracteurs lui en veulent «parce qu?ils ne peuvent pas l?acheter puisque (il a) les mains propres et la conscience claire».

Question méchante : comment fait un homme d?affaires et un politicien pour avoir les mains propres et la conscience claire ?

«Il n?oublie pas d?où il vient. Il n?oublie pas sa mère, les sacrifices, son enfance.» Le visage dur de Ah Fat s?est imperceptiblement adouci?

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