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L?informatique inaccessible aux foyers
Quelles sont les étapes qui permettent à une nation de tirer profit de la société de l?information dans le monde global ?
«Plusieurs», répondent les techniciens. Et les pays émergents comme Maurice ont intérêt à se dépêcher. Pour bénéficier de la nouvelle économie qui se caractérise par une grosse production de biens et de services, il faut avoir préparé les ressources humaines nécessaires pour utiliser les nouvelles technologies.
«Maurice peine en ce moment à franchir deux étapes cruciales et incontournables que constituent une bonne pénétration des ordinateurs et une importante pénétration d?In-ternet dans les foyers», explique Jean Suzanne, conseiller du Premier ministre en matière de nouvelles technologies (voir encadré).
Les techniciens du National Computer Board (NCB) estiment que Maurice a déjà franchi l?étape de la sensibilisation à l?ordinateur et à Internet. Ses sessions d?initiation à l?informatique pour adultes et jeunes étudiants à travers l?île ont connu un succès d?affluence.
Mais seule une minorité de Mauriciens a les moyens de s?acheter un ordinateur et de payer la connexion Internet. Et les autorités ne semblent pas prêtes à résister au lobby de Mauritius Telecom (MT) pour une baisse significative des prix et aux lobbies d?autres groupes pour la mise sur le marché d?ordinateurs de seconde main à Rs 5 000 (voir encadré).
«La connexion ADSL que MT nous fait payer à Rs 700 par mois n?est pas normale. Le prix ne devrait pas dépasser Rs 100. Si on veut exagérer les profits, on peut réclamer Rs200, mais pas Rs 700», affirme Ganesh Ramalingum, directeur de DCL, firme qui offre des services ADSL aux compagnies privées et l?Internet en dial-up au public. Il estime que MT peut offrir ce prix parce qu?il a déjà amorti ses investissements dans le réseau et les équipements nécessaires pour offrir l?Internet.
Le directeur de DCL soutient également que l?Information and Communication Technologies Authority (ICTA) a échoué dans sa tâche de régulateur. Ce que des techniciens de l?ICTA récusent. Parlant sous le couvert de l?anonymat, ils considèrent que le ministère des Finances a réduit le régulateur à un bouledogue sans dents. Ils veulent pour preuve la décision de l?ICTA d?une importante baisse de la communication téléphonique et des tarifs d?interconnexion que pratique MT qui a été gelée depuis l?an dernier sur intervention du ministère des Finances.
Certains ont estimé que ces tarifs ne permettraient pas à MT de réaliser des profits. Faux, estime-t-on au ministère de la Technologie informatique et des Télécommunications. MT réalise des profits par milliards, rappelle un cadre du ministère. Ce ministère, selon des recoupements d?information, serait responsable de la faible pénétration des ordinateurs dans les foyers. Il a mis son veto à l?arrivée sur le marché d?ordinateurs ? Pentium 4 de configuration solide reconditionnés et testés ? à Rs 5 000.
Si le pays permet la vente de voitures reconditionnées, pourquoi pas d?ordinateurs qui auraient équipé des milliers de foyers ? Est-ce pour favoriser MT et Microsoft qui visent le même créneau ? Personne ne peut y répondre. MT met toutefois sur le marché, depuis le mois dernier, un ordinateur à bas prix avec une connexion Internet (voir encadré). Mais cette démarche ne suffira pas à assurer un taux de pénétration respectable pour un pays qui ambitionne de devenir une cyberîle.
<B>Taux de pénétration</B>
Lors du dernier recensement sur les foyers et le budget des foyers, le Bureau central des statistiques a conclu que seuls 24 % des foyers mauriciens sont pourvus d?ordinateur. Un faible taux de pénétration comparé, entre autres, à la France. Un des pays européens les moins développés, le Portugal, en est à 41 % et rattrape son retard. Nos concurrents d?Asie dépassent largement les 75%. Après avoir rejeté la proposition d?ordinateurs reconditionnés à Rs 5 000, l?Etat semble favoriser deux autres options d?ordinateur à bon marché. D?abord le projet, initié par «Microsoft Indian Ocean» et piloté par le ministre de la Technologie informatique et des Télécommunications, concernant des ordinateurs coûtant Rs 15 000. MT a mis sur le marché, depuis le mois dernier, le NetPC avec une connexion Internet à bas prix.
Est-ce suffisant pour promouvoir la pénétration d?ordinateurs et d?Internet dans les foyers. Les revendeurs d?ordinateurs ont des doutes. Le NetPC se vendra sans doute, mais on craint qu?il ne soit victime de l?évolution de la tendance et des logiciels. Les consommateurs cherchent à s?équiper en ordinateurs musclés. C?est ce qu?offrait une firme étrangère à Rs 5 000, une option qu?il aurait fallu ajouter à celles de MT et «Microsoft». D?ici la fin de l?année, on aura une idée de l?accueil réservé par le public au NetPC.
QUESTIONS À?
<B>Jean Suzanne,conseiller du Premier ministre en nouvelles technologies</B>
● <B>Vous avez certainement une idée précise des étapes à franchir pour tirer profit de la société de l?information et nous inscrire dans le monde global ?</B>
Nous serons une cyberîle lorsque nous aurons franchi ces étapes. Nous avons une carte extraordinaire à jouer et il ne faut pas rater le coche, car d?autres pays émergents se positionnent pour capter la manne de cette nouvelle donne dans les relations Nord-Sud.
Les entreprises internationales ? européennes et américaines ? recherchent des sites pour offrir, à moindre coût et à qualité identique, non seulement des produits manufacturés, mais également des services. L?outil informatique et les nouvelles technologies nous permettent de nous connecter à cette nouvelle économie où les marchés internationaux se repositionnent et se délocalisent en recherchant un coût de production moins élevé.
● <B>Quels sont les obstacles devant nous et quand pensez-vous que nous pourrons être vraiment une cyberîle ?</B>
La pénétration des ordinateurs et d?Internet dans les foyers. Le taux de pénétration des ordinateurs est de 25 à 30 %. C?est peu satisfaisant. Même si ce taux dépasse largement celui des pays africains sub-sahariens, il ne nous donne nullement les moyens de nos ambitions de cyberîle.
D?autre part, une large frange de la population ne peut se permettre un ordinateur ? Rs 30 000 minimum pour un bon. Il faut chercher tous les moyens pour faire baisser le prix. Et équiper une majprité de foyers d?un PC avec une connexion Internet. Reste qu?Interner demeure trop cher pour la majorité des Mauriciens. Il faut tout faire pour qu?Internet soit gratuit à Maurice.
L?opérateur historique, MT, a suffisamment amorti ses investissements et ses profits indiquent qu?il peut participer à l?effort de baisser les prix de la connexion Internet. Aux Maldives, une certaine somme est prélevée de la taxe d?arrivée que paye chaque touriste pour financer l?éducation et la formation des habitants. Une telle taxe pourrait être perçue à Maurice pour donner l?Internet gratuitement ou à un coût très bas. On pourrait couvrir des villes et villages entiers avec le WIFI, comme c?est le cas dans des villes européennes.
● <B>Dans quelle mesure cette pénétration d?ordinateurs et d?Internet constitue une étape cruciale pour que nous soyons une cyberîle ? </B>
Le jeune qui grandit dans une maison où il y a un ordinateur va vite maîtriser cet outil et mieux réussir en informatique que celui qui n?y est exposé qu?une heure par jour en classe. La formation aux nouvelles technologies est une étape importante si on veut produire des services à haute valeur ajoutée pour l?Europe et les Etats-Unis, si on veut convaincre ces groupes de venir et rester chez nous. La délocalisation des services est irréversible.
Par ailleurs, tous les Mauriciens ne deviendront pas des ingénieurs en informatique mais il importe qu?une majorité soit des utilisateurs. Une large utilisation d?ordinateurs connectés à Internet révolutionnera Maurice. Par exemple, le producteur de chapeaux de paille ou de tentes raphia n?attendra pas que des touristes passent devant sa maison à Bon Accueil pour vendre. A travers l?Internet, il vendra au monde entier. Le E-government prendra alors son vrai sens.
● <B>Quid de l?importance du développement des ressources humaines ?</B>
Maurice n?a pas de ressources naturelles conséquentes. Ce sont ses ressources humaines qui l?introduiront dans la nouvelle économie. L?Inde a misé sur cela et produit beaucoup de services à grande valeur ajoutée, alors que la Chine est surtout dans la production industrielle. Nous sommes limités en production industrielle. Mais nous pouvons offrir des services à haute valeur ajoutée à travers la technologie. Nous ne disposons pas d?autant d?ingénieurs, de techniciens, d?experts, etc., que l?Inde mais nous pouvons être un important acteur, comme Singapour.
● <B>Comment ?</B>
En attirant des techniciens, des ingénieurs, etc. En nous lançant dans la recherche ? le fameux Research and Developement de l?Inde. C?est le cas à Singapour et cela attire des groupes étrangers. Cette main-d?oeuvre spécialisée donnera davantage de crédibilité à Maurice.
● <B> Quand deviendrons-nous une cyberîle ?</B>
On pourra dire que Maurice est une cyberîle quand nous serons connectés dès notre descente d?avion à Plaisance. Si les décisions nécessaires sont prises maintenant, nous pouvons aspirer à être une cyberîle dans cinq ans.
● <B>Etes-vous satisfait de votre parcours comme conseiller du Premier ministre en nouvelles technologies ?</B>
Certainement pas. Je commencerai à l?être quand plusieurs idées ? les miennes et celles d?autres personnes ? auront été mises en chantier.
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