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Avramovic ou sucrier ?
Début mars 1983, l?express interviewe le Dr Dragoslav Avramovic, président de la commission d?enquête sur l?industrie sucrière, commission nommée par le gouvernement MMM-PSM, avec pour assesseurs le Pr Jagadish Manrakhan, vice-chancelier de l?Université, et Kadress Pillay, directeur de l?Audit (qui, après sa démission pour se porter candidat aux législatives d?août 1983, sera remplacé par Rama Sithanen). Rarement, dans nos annales journalistiques, un interviewé n?a eu autant à multiplier les précautions pour marcher sur les ?ufs sans faire d?omelette. Le persona non grata n?est jamais loin, en de telles circonstances. N?oublions pas qu?en ce mois de mars 1983, Le Socialiste, organe du PSM d?Harish Boodhoo, réclame ni plus ni moins l?annulation pure et simple de l?exemption de Rs 57 millions que Bérenger, ministre des Finances 1982-83, accorde à notre industrie sucrière, à ses cousins, cousines, précisent des langues venimeuses qui sévissent dans les milieux proches du PSM et que soutiennent activement le PTr, le MPM de Boolell et le PMSD de Gaëtan Duval. Avramovic osera conclure son rapport, en recommandant que cette taxe de sortie, frappant le sucre exporté, doit être abolie. Anerood Jugnauth taxera sa recommandation de «farce». C?est dire l?état d?esprit prévalant en cette année 1983.
Pour s?en tenir à cette taxe de sortie, ayant fait couler tant d?encre, de larmes et même de haine, le Dr Avramovic répond à l?express par la question suivante : Le prix sucrier garanti de la CEE est-il un prix politique obtenu par le gouvernement de Maurice ou la récompense de l?efficience de l?industrie sucrière locale ? Il précise toutefois que, dans la réponse donnée à cette question, se trouve la solution au problème de la taxe de sortie sur notre sucre importé.
A ce stade embryonnaire, on peut arguer qu?il manque une dimension à la question-réponse d?Avramovic car le prix préférentiel sucrier qu?offre la CEE ne concerne pas que Maurice mais l?ensemble des pays ACP producteurs sucriers. La question d?Avramovic doit donc atteindre cette dimension des ACP et se formuler ainsi : Le prix préférentiel sucrier offert par la CEE aux pays ACP est-il un prix politique obtenu par les autorités gouvernementales des ACP ou la récompense de l?efficience de leurs industries sucrières ? Nous ne devons pas oublier que, lors du boom sucrier 1973-76, plusieurs pays ACP, alléchés par une éphémère mais substantielle hausse du prix du sucre sur le marché libre mondial (jusqu?à £ 600 la tonne), désertent l?accord sucrier ACP-CEE, abandonnent leurs quotas aux pays plus sages, qui, comme Maurice, refusent de lâcher la proie pour l?ombre. C?est ainsi que Maurice voit son quota sucrier passer de 350 000 tonnes annuelles à 500 000 tonnes. Efficience sucrière ou vision politique ? Bien malin qui le dira sans se tromper.
Le secteur privé mauricien ne peut manquer de vanter les talents de ceux chargés de vendre son sucre aux meilleurs prix. Il fait plus volontiers l?éloge de Sir Guy Sauzier, devenu, par la force des choses, une référence sur le plan international en matière de vente de sucre. Le gouvernement mauricien fait de même mais au sujet de Sir Satcam Boolell et du diplomate Raymond Chasle, pour pouvoir prétendre que l?apport de la politique et de la fonction publique est tout autant prépondérant.
Nous ne sommes pas plus avancés. Le Dr Dragoslav Avramovic conclut donc que dépendant de la réponse qu?on donne à cette question, que l?on fasse ou non intervenir les ACP, la situation peut se résumer ainsi : si la prépondérance doit être accordée au prix préférentiel essentiellement politique, les producteurs sucriers doivent se contenter du seul prix en vigueur sur le marché libre (largement inférieur à leur coût de production) et laisser au gouvernement mauricien la différence entre le prix sur le marché libre et le prix préférentiel obtenu. En revanche, si tout le mérite du prix préférentiel revient aux producteurs sucriers, le gouvernement n?a aucun droit de se prévaloir d?un prix purement commercial, offrant de notables garanties en matière de qualité et de sécurité d?approvisionnement. Il n?a droit alors à aucune compensation politique.
Il y a aussi place à une solution intermédiaire, essayant de concilier les deux points de vue. Le supplément, se trouvant entre le prix sur le marché libre et le prix préférentiel, peut aussi se partager entre producteurs et gouvernement sur une base donnant satisfaction aux deux parties concernées. Mais là encore, il y a divergence car les producteurs insistent pour que cette ponction fiscale se fasse sur les profits enregistrés à la fin des années financières, tandis que le gouvernement travailliste insiste pour que la taxe de sortie frappe la production sucrière brute sans tenir compte des coûts de production. D?où le débat empoisonné sur cette taxe de sortie, asphyxiant l?industrie sucrière dans les années 1970 et 1980.
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