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Bancoult suscite une vive controverse
Quarante ans d?indépendance? Et le chapitre chagossien n?est toujours pas refermé pour Maurice. Surtout pas après la déclaration d?Olivier Bancoult indiquant que la plupart des Chagossiens à Maurice souhaiteraient « stay British ». Le leader du Groupe réfugiés Chagos (GRC) répondait à une question sur le choix des Chagossiens de rester mauriciens ou de faire partie du British Overseas Territory, lors d?un Foreign Affairs Committee de la Chambre des Communes tenu le 23 janvier.
Cette déclaration n?a pas manqué de déclencher l?ire de la classe politique mauricienne et des proches du dossier chagossien. Accentuant, au passage, les divergences entre Bancoult, l?avocat Hervé Lassémillante, et le Comité social des Chagossiens (CSC) de Fernard Mandarin. Ces derniers, ayant toujours contesté la position du leader du GRC de privilégier le recours aux instances juridiques britanniques pour défendre la cause des Chagossiens. En effet, car si les Chagossiens ont toujours revendiqué leur droit de retour sur leur terre natale, les moyens d?y arriver ont toujours divisé cette communauté. Hervé Lassémillante et Fernand Mandarin pensent carrément qu?en procédant de la sorte, Olivier Bancoult jouerait le jeu des Britanniques.
La question se pose : avec cette déclaration, Olivier Bancoult s?est-il dissocié du combat du gouvernement mauricien pour revendiquer sa souveraineté sur les îles Chagos ? Le leader du GRC s?élève contre cette interprétation. « Non, répond-il, c?est me faire beaucoup de préjudice que de croire que ma réponse à cette question est un renoncement tacite à ma nationalité mauricienne. Ce n?est pas un délit que je sache de détenir la double nationalité. » Et de se demander pourquoi ce droit devrait être refusé aux Chagossiens, alors que bon nombre de Mauriciens en tirent profit. « De plus, poursuit Olivier Bancoult, si nous avions mis en avant notre nationalité mauricienne, aurions-nous eu la possibilité qu?une instance judiciaire de renommée internationale se penche sur notre situation de déraciné ? »
Par ailleurs, pour Olivier Bancoult, le combat qu?il mène contre l?Angleterre en tant que sujet britannique ne devrait pas être utilisé comme argument pour accuser les Chagossiens de saboter les perspectives du gouvernement mauricien de revendiquer sa souveraineté sur les Chagos. « Ce serait injuste d?arguer que notre démarche auprès de la justice britannique ne sera d?aucun apport dans le cadre de la revendication de la souveraineté de Maurice sur les Chagos », poursuit le leader du GRC.
Si Olivier Bancoult estime que son combat ne met nullement en cause la souveraineté mauricienne sur les Chagos, ce n?est pas l?avis du CSC et de Fernand Mandarin. Ce dernier ne voit pas d?un bon oeil la récente déclaration de Bancoult. « Certes, il ne fait pas de doute que le gouvernement britannique n?a pas agi correctement vis-à-vis des Chagossiens sur le plan humanitaire. Nous avons connu des moments difficiles lors de notre arrivée à Maurice, où nous avons été accueillis. Maurice nous a tout donné. Comment pouvons-nous aujourd?hui laisser tomber le peuple mauricien dans sa revendication sur l?archipel des Chagos ? », se demande Fernand Mandarin.
« Une grave offense »
De son côté, Hervé Lassémillante trouve que les propos d?Olivier Bancoult mettent en péril la souveraineté de Maurice sur les Chagos. « Venir dire cela est une grave offense envers l?Etat et le peuple mauricien. Et ceci a été fait tout en sachant parfaitement que Maurice réclame sa souveraineté sur les Chagos.
Et aussi que le peuple britannique auquel ils veulent appartenir est ce même peuple qui les a expulsés. »
D?aucuns estiment qu?on ne peut dissocier la question de souveraineté sur les Chagos du drame humain qu?a vécu le peuple chagossien. Et l?ancien ministre des Affaires étrangères, Anil Gayan, d?évoquer toute la politique de décolonisation des années 60 et les résolutions de l?ONU de 1965, sur le fait que les puissances coloniales ne doivent pas démembrer les territoires des colonies, avant de leur accorder leur indépendance. L?ancien ministre des Affaires étrangères est très critique sur la position d?Olivier Bancoult et le fait que les Chagossiens pourraient prendre l?option britannique. « La décolonisation sera complète quand Maurice retrouvera toute sa souveraineté sur l?archipel des Chagos. D?autre part, étant donné que le bail entre les Anglais et les Américains prendra fin dans une dizaine d?années, c?est important que l?Etat mauricien saisisse la Cour internationale de La Haye pour traiter cette affaire au plus tôt. » Et Anil Gayan de déclarer qu?il pense qu?Olivier Bancoult a un « agenda britannique » et que si c?est vrai, « ce serait un acte de trahison » envers les Mauriciens.
Les prises de position se durcissent à l?égard d?Olivier Bancoult. Du côté du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères, Madun Dulloo, n?a pas souhaité faire de déclaration à ce sujet. Toutefois, à l?hôtel du gouvernement, la déclaration du leader du GRC en a irrité plus d?un. Le gouvernement travaille dans la perspective de l?échéance de 2016, et le Premier ministre a déjà rencontré son homologue britannique sur cette question. Afin de trouver, enfin, une solution à la question ?
« Je suis outré par la déclaration de Bancoult »
La déclaration d?Olivier Bancoult sur le fait que la majorité des Chagossiens pourraient choisir la voie anglaise préoccupe plus d?un à Maurice. Comment l?interprétez-vous ?
Je suis outré par la déclaration d?Olivier Bancoult pour qui j?ai beaucoup d?estime et d?amitié. Il sait fort bien que sa lutte ne peut être isolée et qu?elle doit se faire avec celle que mène Maurice. Il ne faut pas qu?il joue le jeu des Britanniques sur ce sujet. Il faut qu?il se souvienne que l?action du Royaume-Uni en excisant les Chagos de notre territoire avant de nous octroyer l?indépendance est en contradiction directe avec les résolutions des Nations unies qui stipulent qu?une telle action est illégale !
Olivier Bancoult est un citoyen mauricien, bien qu?il soit un natif des Chagos, et il devrait bien y réfléchir comme tout bon patriote à la veille du 40e anniversaire de notre indépendance.
Cette déclaration peut-elle mettre en péril la souveraineté mauricienne sur les Chagos?
La question concernant les Chagos est désormais reconnue internationalement et notre position a été maintes fois énoncée dans plusieurs forums internationaux, y compris aux Nations unies. L?Union africaine et Les Non-Alignés reconnaissent notre souveraineté sur les Chagos. Il ne saurait être question d?une remise en cause de celle-ci par une simple opinion personnelle. La communauté internationale ne se laissera pas faire. Le gouvernement a sûrement déjà pris les actions nécessaires pour mettre fin à toute spéculation qui risquerait de porter atteinte à notre intégrité et à notre souveraineté territoriales.
Que convient-il de faire afin d?augmenter nos chances de récupérer la souveraineté sur les Chagos ?
À l?approche de l?échéance 2016 ? fin du bail découlant de l?accord Royaume-Uni?États-Unis fait sur le dos de Maurice ? il est plus qu?impératif que la plus haute priorité soit accordée à ce dossier au niveau de l?État. On ne peut pas se contenter de la proposition des autorités britanniques de garder le contact par le biais de notre High Commission à Londres avec le Foreign Office. Ce dossier devrait dépasser le cadre partisan et on devrait dégager une approche consensuelle dans la lutte pour notre souveraineté sur les Chagos. Maurice a toujours fait preuve de bonne volonté et a démontré à maintes reprises son ouverture pour un dialogue constructif. Mais cette bonne volonté n?a pas toujours été suivie par les Britanniques qui nous font des crocs- en-jambe. Et voila qu?eux-mêmes sont pris de court par l?action américaine à Diego, concernant les présumés terroristes ! Une action qui est condamnable.
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