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La guerre des clans
Guerre à coups de stéthoscope, petites insultes entre médecins, peaux de banane et campagnes de dénigrement. Le malaise s?est durablement installé chez les blouses blanches. Parmi les premiers écorchés, les médecins formés dans les pays de l?ex-Union soviétique. Ces derniers, issus des facultés de médecine d?Europe de l?Est, sont la cible d?une véritable chasse aux sorcières. Une guerre intestine, qui a lieu en ce moment, vise à les discréditer et à leur coller une étiquette de « mauvais docteurs ». Car depuis que la profession a perdu de sa sérénité, elle s?est embourbée dans une guerre de clans.
À l?origine de cette confrontation, certaines irrégularités qu?aurait noté le Medical Council dans le cursus de spécialisation de huit médecins mauriciens. L?organisme de réglementation de la profession avait initié une enquête pour connaître les conditions dans lesquelles leurs diplômes ont été obtenus. Ces qualifications post-doctorales viennent couronner six à sept années de pratique médicale dans les hôpitaux publics mauriciens. « Il s?agit au fait d?un diplôme qui fait d?eux des spécialistes. Il ne faut pas oublier qu?ils sont déjà des médecins qualifiés et ont derrière eux de longues années de pratique », explique un médecin qui exerce dans le public.
Cependant, certains éléments du dossier, notamment le nom de huit médecins, ont filtré, laissant ainsi à penser que certains au sein du Medical Council ne verraient pas d?un bon ?il ces diplômes délivrés par les universités de l?ex-Union soviétique.
Manipulation et préjugés
Le président de l?Ordre des médecins a vivement déploré la tournure des événements et le fait que le Medical Council ait été instrumentalisé pour porter atteinte à ses membres. « Ce qui s?est passé est malheureux, et c?est difficile de dire comment ces fuites ont été orchestrées. Le rapport d?évaluation que nous avons fait de ces médecins a circulé entre plusieurs mains. Alors, je me pose encore des questions. Je ne sais pas qui a orchestré quoi. Je vous laisse le soin de juger quant à la volonté de nuire », déclare Rajen Goordoyal, président du Medical Council.
Par ailleurs, des accusations selon lesquelles certains de ces huit practiciens n?auraient pas complété leur cursus et n?auraient fait que des recherches théoriques et pas assez d?application clinique, ont aussi circulé. Il n?en a pas fallu davantage pour discréditer ces médecins auprès de leurs patients. Dans le sillage de toute cette affaire, un comité ministériel a été institué afin d?établir les critères de reconnaissance des diplômes post-doctoraux pour les médecins spécialistes.
Cependant, dans le milieu hospitalier, on n?hésite pas à parler de manipulations menées par des vested interests qui veulent consolider leur position en discréditant leurs pairs. Dans ce camp se trouveraient des médecins qui alimentent constamment des préjugés et des stéréotypes contre les universités d?Europe de l?Est.
À inclure aussi dans cette branche dure du mouvement anti-pays de l?Est, des practiciens qui fonctionnent avec un « esprit de meute », nous confie un médecin du public. Selon lui, ces derniers veulent régner sans compromis dans le secteur de la santé, particulièrement sur les prestigieux services de consultants, réservés uniquement aux spécialistes. Ceux de ce clan, poursuit notre interlocuteur, afficheraient ostensiblement leur « complexe de supériorité » en insistant sur la différence dans la qualité de leurs services et leur conception de la médecine. Il faut aussi dire que les services de consultants rapportent gros. Rien que pour l?année financière 2006-07, les frais de 12 consultants se sont élevés à Rs 6,5 millions pour l?hôpital du Nord.
Une association pour mener la riposte
Ce comportement affiché par certains est décrié par le docteur Jagdis Mohit, médecin généraliste formé à Paris.
« L?aspect le plus négatif de cette affaire, c?est qu?un tel climat fait du tort aux patients et à toute la profession. La confiance entre le médecin et le patient est ébranlée.
Il faut rappeler que la compétence n?est pas une affaire de pays, et que les pays de l?Ouest n?ont pas le monopole des médecins les plus compétents. »
Cependant, les braises de la contestation ne sont pas près de s?éteindre. Il y a aussi ceux qui, semble-t-il, les attisent. À l?instar de la Private Medical Practionners? Association. Cependant, son président, Isshaq Jowahir, s?en défend. « Notre position est claire. Si un médecin a fait une spécialisation, il doit être reconnu en tant que tel. Dans cette affaire, le Medical Council est intervenu pour enquêter sur certains médecins qui sont sortis de certaines universités des pays de l?Est et dont les qualifications laissent à désirer. C?est inquiétant qu?il y ait des failles dans les spécialisations », soutient Isshaq Jowahir.
Du côté de la cohorte de médecins formés dans les pays de l?ex-Union soviétique, on se penche sur les moyens d?action en vue de contre-attaquer. On annonce ainsi la création d?une association pour mener la riposte. En ce qui concerne les spécialisations dans les pays de l?Est, on insiste sur le fait qu?elles peuvent se comparer à celles des autres pays. Cependant, on s?empresse aussi de rajouter qu?il y a aussi des médecins formés dans les pays d?Europe de l?Est qui sont absolument incompétents et inaptes à exercer.
« Dans toute profession, il y a des brebis galeuses. Il ne faut pas faire des amalgames hasardeux. Je connais des collègues médecins qui ont été formés en Roumanie et qui exercent comme gynécologues et chirurgiens orthopédistes dans la fonction publique et qui sont des professionnels aguerris, très compétents et reconnus en tant que tel », tempère Cana Moothia, docteur en médecine générale, formé en Roumanie et qui exerce dans le privé.
Nécessité des examens d?entrée
Ce qui amène un autre médecin à déplorer le stigmate créé autour des diplômés des pays de l?Europe de l?Est.
« L?ex-Union soviétique était parmi les premiers pays donateurs de bourses au moment de l?indépendance de Maurice. La coïncidence veut qu?au moment où nous célébrons les 40 ans de notre indépendance, nous en sommes toujours à douter de la nature de ces diplômes. Pourquoi attaquer les médecins de la Russie. Dans les années 80, ils dénigraient les médecins indiens. Maintenant, ils s?en prennent aux diplômés des pays de l?Est. Bientôt, ils vont s?en prendre aux médecins formés en Chine », prévient un médecin, qui a tenu à garder l?anonymat.
Toute cette affaire de diplômes et de compétences non reconnues, ainsi que de couteaux tirés à l?intérieur de nos hôpitaux, a relancé le débat autour de la nécessité de procéder à des examens d?entrée ou à des « vocation examens » en vue de recruter les médecins, comme cela se fait au Canada et en Australie. La tenue d?examens permettra de désigner les practiciens aptes à exercer et mettra un terme au climat de soupçons qui pèse sur nos hôpitaux et sur nos médecins.
Cependant, la question reste posée quant à l?institution qui sera appelée superviser ces examens. S?agit-il du Medical Council, du Mauritius Instiute of Health ou du ministère de la Santé ? Toutefois, même à ce niveau, les autorités se renvoient la balle. Le ministère de la Santé estime que cela devrait être les prérogatives du Medical Council. Mais celui-ci n?a fait aucune proposition dans ce sens. Les autorités sont donc appelées à trancher, sans quoi, le climat délétère qui règne chez les professionnels de la santé ne se dissipera pas.
LE ROLE DU « MEDICAL COUNCIL »
Le Medical Council (MC) est l?instance suprême de la profession médicale, et il veille au maintien des principes de probité, de compétence et de dévouement dans l?exercice de la médecine à Maurice. Il est composé, entre autres, d?un président et d?un secrétaire général.
Des propositions d?amendements au Medical Council Act sont à l?étude en vue de doter le MC de pouvoirs accrus qui lui permettront de suspendre ou de sanctionner des médecins dans les cas de négligence médicale. Tout médecin voulant exercer à Maurice doit s?inscrire au préalable auprès de l?Ordre des médecins. Selon les critères d?enregistrement établis par le Medical Council Act, un spécialiste doit faire au moins trois ans de formation et passer un examen, avant d?être titularisé comme tel. Le MC est aussi appelé à élaborer des programmes de formation destinés aux médecins.
« LES MEDECINS DE NOS SERVICES SONT DES PROFESSIONNELS »
Pouvez-vous nous expliquer la procédure de recrutement des médecins de l?État?
Les médecins, incluant les spécialistes et les Senior Specialists, sont recrutés par la Public Service Commission (PSC) en accord avec les termes stipulés dans leurs conditions de service.
Ils doivent être préalablement enregistrés comme médecins généralistes auprès du Medical Council (MC).
Ce n?est que lorsqu?ils ont franchi cette étape que leurs candidatures sont considérées par la PSC. Depuis peu, un litige existe entre le Medical Council et un certain nombre de médecins. La compétence de certains est remise en question.
Le patient est en droit de savoir si les médecins qui le traitent sont qualifiés, n?est-ce pas ?
Tous les médecins des hôpitaux publics viennent d?institutions reconnues sous la réglementation du Medical Council Act. Leurs diplômes sont reconnus à la fois par le gouvernement mauricien et les États où ils ont été formés. Par ailleurs, chaque médecin travaille dans une unité médicale et demeure membre à part entière d?une équipe de médecins qui est dirigée par un consultant. En cas de difficulté ou de doute, comme c?est la pratique à travers le monde, les médecins peuvent rechercher le soutien et les conseils du consultant ou de leurs collègues.
Un comité a été mis en place pour se pencher sur des critères d?inscription des médecins spécialistes revenant des pays de l?Est. Quels sont les objectifs de ce comité ?
L?objectif du comité ministériel présidé par le vice-Premier ministre, Rashid Beebeejaun, est de se pencher, entre autres, sur les critères nécessaires en vue d?assurer la reconnaissance des qualifications post-doctorales effectuées par les médecins spécialistes.
Comment comptez-vous rassurer le public, plus particulièrement les patients en traitement dans les hôpitaux et dans les Area Health Centres ?
La question ne se pose pas, car tous les médecins exerçant dans nos services sont des professionnels dûment, inscrits auprès du Medical Council.
Les médecins formés se rebiffent à l?idée d?un examen initié par le Medical Council. Quelles sont les mesures que le ministère compte prendre dans ce sens ?
Jusqu?à présent, le ministère n?a reçu aucune proposition du Medical Council concernant les examens et leurs modalités. Il ne s?agit pas de travailler en isolation. Il faudrait aussi se concerter avec tous les partenaires du secteur de la santé.
QUAND L?EVALUATION FAIT DEBAT
Évaluer les médecins à leur sortie de l?université. L?idée fait incontestablement débat. D?une durée d?une année, cet « apprentissage », comme aiment à le présenter ses partisans, pourrait être étendu à deux ans. Une perspective qui ne plaît pas à tout le monde. Et pour cause, les jeunes médecins confient qu?ils « perdront » ainsi une année, alors qu?ils estiment être suffisamment qualifiés pour exercer. Le directeur exécutif du Mauritius Institute of Health (MIH), Jagdis Chundur Mohit, explique qu?il s?agit là d?un passage obligé si l?on veut s?assurer que les médecins qui choisiront à l?avenir de pratiquer à Maurice, soient « correctement » formés. « Lors de cet apprentissage, les jeunes médecins seront suivis par des anciens qui évalueront à la fois leurs connaissances, mais aussi leur approche vis-à-vis des patients. Car il ne suffit pas de faire un diagnostic et de prescrire des traitements. Encore faut-il pouvoir être à l?écoute du patient et le mettre en confiance », explique-t-il.
Pour les autorités, mettre en place un apprentissage adapté demeure une priorité. « Cet apprentissage vise à permettre aux jeunes médecins à mettre en pratique les connaissances théoriques qu?ils ont acquises durant leurs années d?études. Cette étape est importante, car il faut que ces médecins puissent exercer dans le cadre social et légal du pays », souligne le directeur
Toujours dans cette optique, le Conseil des ministres a recommandé, l?année dernière, la mise en place d?une évaluation d?une durée de deux ans avant d?être autorisé à travailler dans les établissements de santé. Cette procédure, avait décidé le Conseil des ministres, concerne les généralistes, les chirurgiens obstétriciens, les gynécologues, les orthopédistes, les cardiologues, les pédiatres et les psychiatres. « Le MIH a rédigé un rapport sur cette question, et il est actuellement à l?étude au ministère de la Santé. Celui-ci prendra, à la lumière de nos recommandations, les décisions qui s?imposent », explique Jagdis Chundur Mohit, conscient que toute la profession médicale a, depuis quelque temps déjà, les yeux tournés vers cette institution.
C?est le nombre de médecins spécialistes qui exercent dans nos hôpitaux.
53
consultants sont en service dans les hôpitaux et ils sont aussi des spécialistes.
556
médecins généralistes s?occupent de nos malades dans nos hôpitaux.
72
des médecins généralistes sont des étrangers.
137
sont actuellement en internat.
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