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Le communalisme, talon d?Achille de la Nation à venir

7 mars 2008, 20:00

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L?appartenance. Sentiment constitutif de toute identité. À Maurice, l?appartenance revêt un caractère pour le moins prégnant. Mais appartenir à quoi ? La réponse devrait fuser comme une évidence : à une Nation qui se confond avec les limites de l?île. Or, il faut reconnaître que c?est souvent à une communauté que le Mauricien appartient en premier lieu.

«Le communautarisme ? communalisme dans le cas mauricien ? se caractérise d?abord par sa prétention à opposer à la relation citoyenne une allégeance qui se veut prioritaire. Il remet, par là, en cause la construction d?un espace public et le principe même d?une société politique transcendant les spécificités culturelles», écrit Jacques Jaffrelot dans son article L?État face aux communautés paru en 1994 dans la revue Cultures et Conflits.

Depuis l?indépendance, le jeu politique s?est nourri de l?hydre communale. En vérité, déjà pendant les colonisations, l?instrumentalisation des communautés permettait de maintenir l?équilibre d?un pouvoir qui aurait pu être davantage contesté si la masse des travailleurs transcendait les différences.

À l?indépendance, la politique s?appuyait depuis plusieurs années déjà sur le clientélisme et surtout sur un système électoral communautaire. Le Best Loser System, tout en garantissant une représentativité communautaire, a été maintes fois contesté dans la mesure où il entretient le communalisme dans la sphère politique.«Le système politique institutionnalise le communalisme à travers le Best Loser System, la définition des communautés dans la Constitution. C?est le système électoral qui pervertit l?ensemble du système politique», pense Ashok Subron, de Rezistans ek Alternativ.

<B>Division légitimée</B>

Dans le même sens, le chercheur français C. Gabriel, dans un article intitulé Communalisme, structures sociales et dépendance économique à l?île Maurice paru dans Politique Africaine, écrit : «Ainsi que le démontre le système des best losers, c?est bien dans les institutions de l?État, dans sa nature sociale même, que situe la source du communalisme.» En fait, si c?est le système politique, depuis la Constitution elle-même, qui légitime la division du peuple mauricien sur une base communale, la réponse devrait être une révision de ce système jugé dépassé. La représentativité que le système électoral est supposé garantir repose sur des chiffres de 1972.

La question sur l?appartenance ethno-religieuse dans les recensements a été abandonnée en 1982. La coalition MMM-PSM arrivée au pouvoir après le fameux 60-0 a effectué là, une première avancée qu?on ne peut occulter. Comme le rappelle C. Gabriel dans son article, Paul Bérenger écrivait dans le Militant du 11 octobre 1971 : «Le MMM est avant tout contre le communalisme.» privilégiant «la lutte des classes et non la lutte des races». Alternative au bloc historique et politique traditionnel. Pourtant, Ashok Subron regrette que le gouvernement d?alors n?ait pas eu le courage d?aller au bout de ce combat en abolissant le Best Loser System.

<B>Gangrène de la nation</B>

À l?évidence, l?ensemble des politiques s?accorde sur l?absurdité d?un système dépassé. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, l?a encore une fois rappelé à la sortie de la conférence donnée par l?ancien chef juge, Rajsoomer Lallah, jeudi dernier. «Cette histoire d?avoir à déclarer si l?on est hindou, musulman, chinois ou de la population générale est dépassée, je pense. 40 ans après l?indépendance, il faut toujours dire cela ?» a déclaré le Premier ministre.

L?ancien chef juge a, du reste, rappelé les réserves du Profes-seur De Smith qui a collaboré à la rédaction de la Constitution. Très clairement, dès l?origine, l?introduction du jeu communautaire dans la Constitution était sujette à caution. Pire, Rajsoomer Lallah a rappelé les craintes de De Smith qui pensait qu?une telle démarche allait « intensifier le communalisme en lui donnant une légitimité [entraînant] une demande accrue de représentations communales dans d?autres sphères de la vie publique ».

Clairement, le communalisme est une gangrène pour la Nation mauricienne. Mais comment parler de Nation si en son sein le citoyen éligible doit se définir en premier lieu par une communauté ? Pour Rezistans ek Alternativ, «le statu quo ne peut être maintenu, nous sommes à la croisée des chemins, une décision ferme contre le communalisme institutionnalisé doit être prise». Et cette décision de se matérialiser en un acte majeur, fondamental pour la Nation? Toujours en suspens...

Le système politique repose sur des considérations d?un autre temps, des divisions favorisant le clientélisme, autorisant l?enrichissement des uns sur des considérations communales. Cathe-rine Boudet, dans son article Émeutes et élections à Maurice (Politique Africaine, 2000) écrit : «[L?abolition du] critère communautaire dans l?accès au politique [?] constituerait dans son application une remise en cause totale de la Constitution». Un changement constitutionnel pour de nouvelles pratiques politiques, saines et citoyennes. Voire, pour une nouvelle République ?

Selon C. Gabriel, «il ne faut pas s?adresser aux fractions les plus compromises dans le système de domination pour exiger d?elles une idéologie de la conscience nationale». Cette conscience est en germe et ne pourra éclore qu?avec des actions fortes venant soit des partis traditionnels, soit des alternatives politiques et civiles mettant en avant la citoyenneté. Le communalisme n?a plus de raison d?être. L?admettre est une chose, faire le nécessaire en est une autre.

QUESTIONS À?

<B>Cassam Uteem,</B> <I>ancien président de la République</I>

● <B> La politique repose-t-elle sur l?institutionnalisation du communalisme par le « Best Loser System » ? Comment se débarrasser de cette coloration communale pour établir un débat politique neutre ?</B>

Il ne faut pas tout ramener à notre Constitution qui perpétue certes le communalisme mais qui, ne l?oublions pas, répondait à un moment de notre histoire à un besoin d?assurer aux différentes composantes de la société une représentativité adéquate au Parlement. C?était même une condition essentielle de notre accession à l?indépendance. On pourrait aujourd?hui se défaire du Good Loser System (GLS) si les dirigeants des grands partis politiques pouvaient s?entendre sur l?urgente nécessité de revoir notre système électoral pour y inclure une dose de proportionnelle. Le GLS deviendrait alors obsolète. Cela serait-il suffisant pour faire disparaître le communalisme en politique ? Permettez-moi d?en douter !

Dans un pays avec une telle diversité d?ethnies, de cultures, de langues et de religions, et leur importance souvent démesurée dans la vie publique, il nous faut avoir une politique cohérente d?intégration basée sur le concept de « l?unité dans la diversité ». Nous devons mettre l?accent tant sur l?unité que sur la richesse de notre diversité. La société civile devrait s?organiser et s?ériger en puissant lobby pour amener la méritocratie et la justice à tous les niveaux. Des organisations dites socioculturelles qui ont une influence disproportionnée et néfaste sur les politiques s?occuperaient alors moins de politique et plus du social et du culturel pour le bien de tous. Les politiques ne subiraient plus de pressions pour privilégier des critères d?appartenance communalo-religieuse que ce soit dans le choix de projets prioritaires pour le pays ou d?hommes et de femmes à la tête de ses institutions. Cela assainirait la vie et le débat politiques.

● <B>Le concept d?état-nation est-il applicable dans une île ? la précision a son importance car les phénomènes y sont exacerbés ? où le réflexe communautaire est souvent le premier ?</B>

Singapour que nous prenons souvent comme référence pourrait nous servir de leçon. C?est un état-nation qui a réussi, dans une grande mesure, l?intégration de ses groupes ethniques : chinois, indiens et malais, en pratiquant une politique de equal opportunity, avec pour seuls critères la compétence et le mérite. Les problèmes sociaux d?une ethnie particulière deviennent l?affaire de tous et l?État a recours à des affirmative actions que d?autres appelleront discrimination positive lorsque c?est nécessaire. C?est ainsi que se construit un état-nation et non sur des pratiques discriminatoires ou en encourageant le noubanisme ? appellation mauricienne du communautarisme.

● <B>Comment dépasser ces clivages en politique et au social ? L?aspect religieux ne devrait-il pas être tenu à l?écart dans un État laïque qui veut être une Nation ?</B>

L?État mauricien est laïque mais le Mauricien, lui, est religieux ! Un État laïque n?est pas antireligieux, contrairement à ce que l?on croit ou à la pratique dans certains pays occidentaux notamment ; mais l?État ne doit pas s?identifier à une religion particulière. Les autorités civiles, ceux qui représentent l?État, les fonctionnaires ont un devoir de neutralité par rapport aux religions et ne doivent pas dans l?exercice de leur fonction afficher ou faire valoir leur appartenance religieuse. Ni accorder un traitement préférentiel, sur la base d?appartenance religieuse, à ceux qui ont recours au service public.

Pour éviter toute confusion entre politique et religion, les dirigeants politiques doivent s?abstenir de participer à l?organisation d?activités religieuses ou même d?y prendre la parole. Les chrétiens nous montrent la voie sous ce chapitre car les politiques ne sont jamais invités à prendre la parole dans des leurs célébrations.

La religion ou sa pratique ne devraient avoir aucune influence négative sur la construction d?une Nation. On peut être bouddhiste, chrétien, hindou et musulman pratiquants et en même temps de bons Mauriciens, de vrais patriotes.

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