Publicité
Raul Castro, une vie entière dans l?ombre du Lider Maximo
Par
Partager cet article
Raul Castro, une vie entière dans l?ombre du Lider Maximo
Raul Castro a patiemment attendu 49 ans, et son 76e anniversaire, pour succéder à son frère aîné Fidel à la tête de l?État cubain. Éternel numé-ro deux, « héritier naturel » depuis un demi-siècle, a-t-il souhaité cette promotion au crépuscule d?une vie passée dans l?ombre du père de la révolution cubaine ? Difficile à dire tant l?homme renâcle à se confier. Durant son intérim de dix-neuf mois, depuis l?hémorragie intestinale qui a éloigné Fidel Castro du pouvoir, il n?a donné qu?un entretien, au quotidien du Parti communiste cubain, Granma.
« Je vais mourir avec des centaines de livres qui m?attendent », notait-il avec une pointe de regret lors de l?inauguration de la Foire du livre de La Havane, quelques jours avant d?assumer ses nouvelles fonctions de chef de l?État. Selon ses proches, il accorde plus d?importance que son aîné à sa vie de famille. Sans doute aurait-il souhaité passer plus de temps avec les quatre enfants qu?il a eus avec Vilma Espin et ses huit petits-enfants, son épouse décédée en juin 2007.
Son attitude inflexible
L?attachement de Raul à son aîné remonte à leur enfance dans la bourgade de Biran, dans le sud-est de l?île, où leur père, un Galicien, possédait une vaste exploitation agricole.
Né le 3 juin 1931, cinq ans après Fidel, Raul suit ses traces chez les jésuites, à l?université de La Havane, et dans la lutte révolutionnaire contre le régime de Fulgencio Batista. Il est séduit par le marxisme à 22 ans, avant Fidel, ce qui contribuera à sa réputation d?orthodoxe. Le 26 juillet 1953, il participe, au côté de son aîné, à l?assaut de la caserne Moncada, à Santiago de Cuba. L?échec se transformera en mythe fondateur à la révolution.
Emprisonnés, puis amnistiés, les deux frères se rendent au Mexique où ils rencontrent Ernesto « Che » Guevara. En novembre 1956, les trois hommes s?embarquent à bord du yacht Granma en direction de Cuba, à la tête d?une petite troupe qui est décimée par les soldats de Batista. Parmi les survivants, Fidel, Raul et le Che fondent l?armée rebelle, qui renversera le régime de Batista en janvier 1959.
Les exécutions, après la victoire des « barbudos », renforcent l?image impitoyable de Raul, de même que son attitude inflexible lors du procès du général Arnal-do Ochoa, le populaire chef des troupes cubaines en Angola, accusé de trafic de drogue et fusillé en 1989.
« Les haricots plus importants que les canons »
Sa première tâche consiste à transformer les colonnes de guérilleros en une puissante armée qu?il n?a cessé de commander et dont il s?est attaché la loyauté. Ministre de la Défense, il a joué un rôle clé dans la négociation d?accords militaires avec Moscou et l?envoi de corps expéditionnaires cubains en Afrique dans les années 1970.
Après l?effondrement du bloc soviétique, il se révèle pragmatique dans les années 1990, plaidant en faveur des marchés libres paysans pour augmenter la production d?aliments. « Les haricots sont plus importants que les canons », déclare-t-il à l?époque. La relance de la production agricole, freinée par la bureaucratie et le manque d?incitation, figure toujours parmi ses chantiers prioritaires.
L?armée devient, sous sa houlette, l?un des acteurs les plus dynamiques de l?économie, dans des secteurs comme le tourisme et les transports. La population espère que les « changements structurels » qu?il a évoqués dans son discours du 26 juillet 2007 permettront d?améliorer l?ordinaire, notamment en matière de logement et de transport.
Dépourvu du charisme et des dons oratoires de son aîné, Raul Castro a pris soin de répéter que les réformes seraient graduelles. Mais sa franchise et son écoute des doléances ont été plutôt bien reçues par de nombreux Cubains.
@ 2 008 Le Monde ? Jean-Michel CAROIT ?
(Distribué par The New York Times Syndicate)
Publicité
Publicité
Les plus récents