Publicité
Entre basse-cour et barème
Les fins de février se ressemblent pour Navin Ramgoolam. Sitôt rentré de voyage, il se voit contraint de rétablir l?ordre au sein de sa basse-cour, agitée par la cohabitation des « pur-sang » et des autres.
Douze mois de cela se tenait le duel entre Rama Sithanen, qui soumettait sa démission, et Rundheersing Bheenick, qui savourait son come-back. À l?époque, plus d?un pensaient logiquement que l?un de ces deux brillants esprits devait « step down » tellement leur vision de l?économie divergeait.
Mais à son retour, sans même siffler, l?arbitre Ramgoolam a fait ravaler sa lettre à Sithanen, tout en conservant Bheenick à la tête de la Banque centrale. Avec son conquérant sourire de rassembleur, il avait convaincu l?un et l?autre de rester dans le rang parce que le pays devait poursuivre son programme de réforme. L?incident, qui avait fait grand bruit pendant plusieurs jours, était clos en un tournemain à la Ramgoolam.
Aujourd?hui, le match oppose (une nouvelle fois) le ministre des Finances et la députée Nita Deerpalsing. Ceux qui voudraient regarder le présent duel avec une loupe idéologique, ou à travers une grille ethnique, y verront d?étranges similitudes avec le précédent. Mais ceux qui s?attendent à voir « rugir » Ramgoolam seront certainement déçus. L?homme emploie des méthodes douces qui font halluciner ses lieutenants. Un exemple de sa science politique : le ministre des Finances, avec beaucoup de fermeté, met fin au contrat du trésorier du Parti travailliste (PTr), Ah Fat Lan Hing Choy, à la « State Informatics Ltd ». Quelque temps après, le Premier ministre renouvelle le contrat de celui-ci comme conseiller du ministre Rajesh Jeetah au ministère du Commerce. Le bâton est pour Sithanen, la carotte pour le Premier ministre.
Le ministre des Finances, tantôt à cause de son itinéraire politique (ce militant devenu vice-Premier ministre, à l?image de Rashid Beebeejaun), tantôt à cause de sa réforme, ne compte pas beaucoup d?amis au sein des rouges. Sans hypocrisie, il le reconnaît publiquement. Et c?est sur ce déficit croissant de soutien rouge que table Nita Deerpalsing pour mener l?assaut Tina-Wallah. Contrairement à Bheenick, elle n?a rien à perdre mais tout à gagner. Absente du cabinet, elle s?érige en défenderesse de tous les ministres, y compris le Premier d?entre eux, et de leur chute de popularité. Dans la rue, elle obtient ainsi le soutien des syndicats ? ayant ouver-tement fait campagne pour l?Alliance sociale ? qui réclament sa présence pour protester contre l?abolition des subsides. Dans les colonnes de « Mauritius Times », Vishnu Lutchmeenaraidoo fait ses éloges. Un joli retour sur investissement pour cette actuaire.
Comme dans le cas Bheenick, Ramgoolam veut préserver toutes les cartes en main. Sithanen rassure les investisseurs et les bailleurs de fonds. Deerpalsing fait, elle, remonter les souffrances de la populace. Le Premier ministre ne veut rien laisser à l?opposition, même pas Sylvio Michel.
Il s?en fout s?il est contradictoire en étant à la fois pour un système universel (transport scolaire, pension de vieillesse, gaz, riz, farine) et pour un système de ciblage (subsides aux frais d?examens). À mi-chemin de son mandat, il inscrit son combat dans la lignée de la lutte socialiste du PTr d?antan. Il n?y a qu?à voir comment il présente la sortie de crise intra-rouges.
Au-delà du clivage entre riches et pauvres, Ramgoolam tend la main à la classe moyenne ? ou plutôt aux classes mo-yennes (on ne peut pas parler d?une classe moyenne, surtout en l?absence de tout barème !). Ce manque d?outils statistiques, derrière lequel se réfugie le Premier ministre, ouvrirait-il la voie à des objectifs chiffrés ? Qu?est-ce donc que ce seuil de pauvreté ? ou de richesse ? qui prenne en compte les réalités mauriciennes ? L?introduction de nombreux critères de calculs permettra de voir bien plus clair, au-delà du « Red Cloud »?
Publicité
Publicité
Les plus récents