Publicité
Les grands hommes
<B>Par Nazim ESOOF</B>
C?est la marque des grands que de savoir prendre de la distance. Face à une situation abracadabrante, un peu de hauteur permet d?éclaircir la brume des idées afin d?aboutir à la bonne décision. Mais trop d?hésitations et de compromis culminent en une inaction qui est, elle, la marque des grands indécis.
C?est un choix pour le pays que le Premier ministre devait faire entre ceux qui prônent le ciblage et ceux qui estiment que ce n?est nullement approprié au contexte local. Il semblerait qu?il s?est plutôt résolu à épargner la classe moyenne. A mi-chemin dans un programme de réformes qui a été entériné, approuvé et applaudi par la majorité parlementaire, une telle posture est pour le moins fâcheuse. Ou bien dès le départ, on ne savait pas dans quelle direction on se dirigeait, témoignant d?une certaine incapacité de la classe politique à anticiper les événements, ou bien on n?a plus le courage de ses convictions face à une pression interne.
C?est probablement un amalgame des deux. Mais dans tous les cas de figure, le pouvoir vient de communiquer son sentiment d?impuissance à la population. La même population qui l?a soutenu jusqu?ici dans ses réformes. Qui accepte, malgré la hausse généralisée des prix, de faire la démonstration d?une alchimie sacrificielle. Qui démontre depuis 2000 sa maturité en travaillant pour l?avenir. Dire que c?est pour cette population qu?on fait marche arrière sur une décision qui avait été approuvée, c?est faire preuve de lâcheté.
Il ne s?agit pas ici de faire l?éloge du ciblage. Mais il est des aberrations qui sont intolérables. Comme celle qui consiste désormais à dire que le rétablissement de la pension universelle était nécessaire parce que toute la confusion qu?elle suscitait ne valait pas la peine en contrepartie d?une économie de quelque Rs 12 millions seulement.
Revoilà revenue cette angoisse devant le futur. Parce que le parti du statu quo triomphe de celui du mouvement. On pourrait citer mille exemples pour démontrer que le ciblage n?est pas adapté à Maurice. Mais on n?a aucune légitimité de dire que ce n?est pas un principe souhaitable parce qu?il pourrait remettre en cause l?harmonie sociale. De telles argumentations, qui fleurent le puant sectarisme, ne sont dignes que des sophistes qui sont adeptes d?un populisme de bas étage. La critique aurait été autre si le rejet du ciblage reposait sur une approche rationnelle. On reste par contre dans un grand classique d?un électoralisme sectaire.
C?est beaucoup plus plaisant d?entreprendre un pèlerinage biharien, de clamer sur des plates-formes religieuses sa foi dans des modèles épiques et de nommer un comité inter-ministériel plutôt que de prendre une décision qui risque de se révéler impopulaire. Cette même impopularité que ce pouvoir se targuait d?être capable d?affronter dans l?intérêt des générations futures. Aujourd?hui qu?ils sont loin tous ces beaux discours.
On se retrouve avec un gouvernement empêtré dans ses contradictions, incapable de prendre une décision à laquelle, de toutes les manières tôt ou tard, on aura à se soumettre.
Si gouverner, c?est prévoir, pour l?actuelle majorité, il s?agirait plutôt de revoir continuellement sa copie. La roupie devient forte, la majorité des gens s?appauvrissent. Les signaux économiques passent au vert, le porte-monnaie du consommateur clignote indéfiniment. On a claironné la démocratisation, on assiste à la ghettoïsation culturelle et identitaire. On a annoncé une télévision nationale avant-gardiste, elle n?a jamais été aussi propagandiste. On prétendait que l?éducation nationale n?allait plus être alitée, on a en fait déshérité des milliers d?enfants du savoir auquel ils ont droit.
On a... Tout cela pour que triomphe un peu plus le populisme de quelques-uns. Tout cela pour masquer leur pusillanimité. Tout cela pour qu?ils puissent comme des vierges effarouchées vous dire que vous êtes des communalistes lorsque vous leur dites leurs vérités ! Les grands hommes ne craignent pas la critique rationnelle.
Publicité
Publicité
Les plus récents