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Hypocrisies républicaines
<B>Par Nazim ESOOF</B>
La faculté de prendre des décisions pour soi-même et qu?on estime justes et sans effet adverse sur l?autre constitue l?une des étapes fondamentales de l?histoire de l?homme. C?est la preuve d?une autonomie assumée et c?est très loin de cette facilité de subir des décisions imposées par d?autres. A Maurice, nous avons à l?inverse une grande propension à faire porter à d?autres la responsabilité de nos décisions. Lâcheté ?
Ce serait plutôt une hypocrisie naturelle.
Il y a des histoires qui participent de cette fourberie. Ressassée la théorie de la République, on nous la sert réchauffée, avec une pincée d?ambitions nobles, dans une présentation plagiée dans un bouquin de recettes citoyennes sans grande originalité de goût. Devant le plat, on se targue de n?avoir faim que d?authenticité. Dans les faits, on s?accommode de toutes sortes de compromis.
Il faudrait aujourd?hui, soit reconnaître cette duperie, soit commencer une psychanalyse de l?inconscient collectif. Puisque Freud n?est plus à la mode, ni n?a-t-il été d?une grande pertinence, paraît-il, désormais, il faudrait faire intervenir quelques super héros nationaux. Comme ceux qui surfent sur la psychose sous-jacente relative à la question d?insécurité, pour réclamer la réintroduction de la peine de mort. Ou comme ces citoyens qui sont nostalgiques des bonnes vieilles méthodes radicales et expéditives pour combattre le crime. Le même principe s?applique à la question du ciblage de l?assistance publique. Si des étrangers veulent savoir comment donner une tournure communale au moindre phénomène, même le plus banal, ils n?ont qu?à venir à Maurice. Nous sommes de véritables experts en sectarisme et en racisme de toutes sauces !
On n?arrête pas de dire de cette nation qu?elle est responsable, travailleuse et mûre et, pourtant, on n?arrête pas de l?infantiliser en la traitant en père Fouettard. Allez comprendre la logique ! Il n?y en a sans doute aucune. Comme il n?y en a pas dans toute cette «affaire» de «tchouss». Le cas, apprenait-on en cours de semaine à la radio, devait être porté au Conseil des ministres. Le ministre de l?Education estimait que c?est de sa responsabilité. Il faut cependant s?arrêter à certains constats. Le «tchouss» ne fait pas partie de ces signes distinctifs religieux qui offusquent les susceptibilités de notre pseudo-laïcité républicaine.
Qu?une jeune fille à l?école l?ait porté, c?est un choix individuel dont elle doit assumer les conséquences si les doctes préceptes de notre République l?interdisent.
La République n?est-elle laïque qu?à l?école ? Il est, en tout cas, étrange que cette problématique n?ait surgi que lorsqu?elle a été relevée en France. Même dans nos querelles de fond, nous importons un argumentaire venu d?ailleurs ! Retenons donc que dans de nombreux espaces publics, dans des lieux de travail, voire dans des écoles mais de manière subreptice, on retrouve des individus qui sentent le besoin d?extérioriser leur foi à travers des objets portés ou exposés. La République peut être tolérante à l?occasion ! Elle est surtout soumise à une pensée dominante qui autorise aux politiques, et à un certain monde des affaires, par exemple, de pratiquer à l?excès la différence des droits et la théorie éculée de l?intégration identitaire pour ceux qui réussissent à passer l?épreuve du sas de l?ethniquement correct.
Nous sommes, en fait, dans un état de relâchement total dès qu?on parle de République à Maurice. Il n?y existe aucun universalisme républicain. Il y a d?abord une grande mystification entre le dire et le faire. Et le faire, c?est une manière d?être où le réflexe sectaire est cardinal. Ce n?est pas un hasard que la dérive vers la violence s?accentue et que les revendications deviennent de plus en plus à caractère ethnique. Il existe des voies de sortie. Pour cela, il faut surtout du courage politique. Jusqu?à preuve du contraire, on n?en voit pas.
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