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La Réunion lutte contre le chômage
Le chômage gangrène La Réunion. Même une croissance tournant autour de 4,5 % ne parvient pas à en venir à bout. Ainsi que les multiples contrats aidés , qui n?ont fait que camoufler le problème pendant un temps. Il en est de même pour les radiations facilitées à l?Agence nationale pour l?emploi (ANPE). Les «grands chantiers», (route des Tamarins, futur tram-train, nouvelle route du littoral), font entrevoir une lueur d?espoir mais ils ne vont certainement pas tout résoudre.
Alors que faire ? Doper les secteurs porteurs avec une loi-programme sur mesure. Et surtout s?attaquer au noyau dur des chômeurs : les «érémistes», c?est-à-dire ceux qui vivent du revenu minimum (RMI) versé chaque mois par le conseil général, ce que le gouvernement a décidé de faire. Ils sont 66 000 à vivre de cette prestation sociale et n?ont par ailleurs pas l?obligation de s?inscrire sur la liste des 54 000 demandeurs d?emploi. Bref, ils n?existent pas dans les statistiques. Pour eux, l?État vient de créer le Contrat unique d?insertion (CUI); nouvelle formule pour une nouvelle génération.
Cette fois c?est sûr, nous assurait la semaine dernière Martin Hirsch, le Haut-commissaire aux solidarités actives en visite à La Réunion, l?objectif c?est l?insertion. Fin des contrats sans issue; maintenant on forme, on accompagne, on s?en sort, on peut même «travailler plus pour gagner plus».
Branle-bas de combat donc, la semaine dernière, avec l?ouverture du Grenelle de l?Insertion au Conseil général, après celui de l?environnement, une immense réunion regroupant des acteurs politiques, économiques et sociaux, qui étaient tous conviés à une grande opération de communication sur le CUI.
La Réunion est terre d?expérimentation de ce nouveau dispositif. Pour l?île, ce sont 10 800 contrats aidés, dont 9 000 réservés aux 66 000 érémistes.
Ceux qui n?auront pas accès aux contrats aidés pourront toujours prétendre au Revenu de solidarité active (RSA), une nouvelle mesure pour que la reprise d?un emploi ne s?accompagne pas d?une baisse de revenu pour les allocataires du RMI.
Qui plus est, on veut aussi inciter les érémistes à quitter l?île, en adaptant le dispositif d?aide à la mobilité. En France, 7,5 millions de postes sont à pourvoir d?ici 2015 et le gouvernement mise également sur le développement des entreprises et de l?emploi dans la zone océan Indien.
Les érémistes et bénéficiaires de prestations sociales qui ne pourront saisir ces «opportunités» seront soumis au «contrôle de leur train de vie». Le Grenelle de l?Insertion s?est gardé d?en faire mention mais le décret est bien là. Désormais, aucun érémiste n?est à l?abri d?un contrôle inopiné, d?une évaluation de ses biens, qui pourrait conditionner le versement des prestations sociales et les droits connexes. Prétexte invoqué par l?État : la lutte contre la fraude.
Pour les associations de lutte contre l?exclusion, nul doute que le RMI, symbole du modèle social français de solidarité, est en sursis. Le couperet ne devrait cependant pas tomber avant les élections municipales et cantonales du mois de mars prochain. Mais déjà les associations, à travers un Comité de vigilance et de résistance, tentent de mettre en garde la population.
«Au lieu de combattre le chômage, on combat les chômeurs, au lieu de combattre l?exclusion on combat les exclus, au lieu de combattre la pauvreté on combat les pauvres, on les pourchasse, on les enfonce, on les pousse au désespoir. Nos dirigeants oublient que le chômage, l?exclusion, la misère ne se gèrent pas, ils se combattent»
Le Comité estime que les érémistes sont victimes de désinformation en ce qui concerne leurs droits. Pour preuve, il y a quelques jours, une première réunion d?information du Comité n?avait pas déplacé les foules. À peine une trentaine de personnes, pas directement concernées par la menace qui pèse sur le RMI. Mais les associations savent combien il est difficile de réveiller la masse, tant on a pris l?habitude de jouer sur cette peur de suppression des prestations sociales.
«Depuis 20 ans on dit que le gouvernement va couper le RMI», explique Jean-Pierre Técher, le président du Collectif de lutte contre l?exclusion (CLE), association qui a vu le jour à l?initiative du Comité. Aujourd?hui que la menace est fondée, les gens n?y croient plus.
«Au lieu de combattre le chômage, on combat les chômeurs, au lieu de combattre l?exclusion on combat les exclus, au lieu de combattre la pauvreté on combat les pauvres, on les pourchasse, on les enfonce, on les pousse au désespoir. Nos dirigeants oublient que le chômage, l?exclusion, la misère ne se gèrent pas, ils se combattent. On est aujourd?hui cinq fois plus riche qu?il y a cinquante ans et pourtant tous les acquis sociaux, toute la protection sociale est en train de disparaître les uns après les autres, et ce, dans une indifférence quasi générale», estime Jean-Pierre Técher.
Dans ce contexte, d?autres se battent pour défendre leurs emplois. On les voit partout devant le rectorat, le Conseil Général, le Conseil Régional, la préfecture, ils interpellent les ministres de passage. La presse a fini par les appeler «les précaires».
Un raccourci qui englobe 1 200 agents administratifs et ouvriers de l?Éducation nationale, tous en contrats aidés variés depuis des années. Pour certains d?entre eux depuis plus de 10 ans. Une vilaine tache sur le tableau harmonieux que le gouvernement essaye de dessiner mais qu?il est incapable de gommer définitivement. Ces «précaires», les dirigeants politiques peinent à les affronter. Car avec les «précaires», les erreurs passées de la politique d?insertion ont un visage tenace. Ils ont le désagrément de rappeler que parfois le revers de la médaille peut suivre les promesses non tenues. Que le peuple peut demander des comptes. Aujourd?hui les précaires, demain peut-être les érémistes.
Edith POULBASSIA (de La Réunion)
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