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Planches de salut

21 février 2008, 00:00

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Comment exister ? Soi. Quand on a toujours fonctionné en couple. «A l?époque», comme elle dit, Lise c?était la moitié d?un binôme : Lise et Rowin Naraidoo. Un quart de siècle à faire du théâtre, lui à jouer, à mettre en scène, elle, backstage. Gérant par choix, les costumes, les sous, la paperasse.

«On s?est séparé pour les noces d?argent». Paf. Elle le dit sans ménagements. En vous donnant de quoi réfléchir. Vous laissant sous-entendre le cortège de souffrances non-dites. Les remises en question. Les phases de rejet. Mais surtout les projets : continuer.

Sept ans plus tard, Pierre Poivre Entertainment renaît. Pas exactement de ses cendres. «On n?a jamais dissout l?équipe», explique Lise. Qui a un temps emmené le théâtre jusque chez elle. Première révolution. Alors qu?avant il se cantonnait à l?atelier et n?arrivait pas jusqu?aux rives de son intimité, après la séparation, Lise faisait entrer «les jeunes» chez elle. Par nécessité.

Sauf qu?un jour, il lui a fallu vendre la maison. Et traîner sa passion dans un garage du côté de Ollier, puis dans un minuscule local à Camp-Levieux. «Lise, c?est une battante». Commentaire de Stephan Toussaint, le directeur artistique. A la fois collègue de travail au collège Notre-Dame, «ancien» de la troupe de théâtre. Un fidèle qui l?a suivie après la séparation. Un ami.

Sept ans. Comme une rédemption. «Qu?on soit à la rue ou dans un garage, on savait qu?on allait continuer», témoigne-t-il. Depuis le début du mois, Pierre Poivre Entertainment a retrouvé des locaux plus adaptés à ses besoins. Du côté de Beau-Bassin.

L?avant, «cela ne me regarde plus». Lise balaie l?espace du revers de la main. Difficile à prouver quand on a gardé ? à peu de choses près ? le nom sous lequel on s?est fait connaître : Pierre Poivre Entertainment. Se démarquer. S?affirmer. Ne plus être cette fabrique de pièces inscrites au programme d?étude de littérature française au secondaire. Productions de qualité fort discutable. Etre soi. Au milieu de la foule.

Paradoxe. Pour Lise Naraidoo, le théâtre c?est «avoir du temps pour soi». Alors que l?on ne joue jamais vraiment seul. Enfant de troupe. C?est un peu le roman de sa vie. Ce besoin de se retrouver en bande. De diriger. De prolonger son existence d?enseignante en «orientant des jeunes défavorisés». Donner, entre les activités artistiques, «enn ti leson accounts par si, en ti konsey par la», comme le raconte Stephan Toussaint. Et un cachet de Rs 300 de l?heure pour une prestation dans un centre commercial ou une fête d?anniversaire.

<I>Qu?on soit à la rue ou dans un garage, on savait qu?on allait continuer... ...En orientant des jeunes défavorisés, donner, entre les activités artistiques, «enn ti leson accounts par si, en ti konsey par la.</I>

Dans cette salle de classe du collège Notre-Dame, à Curepipe, où elle nous reçoit, Lise Naraidoo est une présence avec laquelle il faut compter. Une voix qui parle avec autorité. Sans brusquer.

A la séparation, Lise et Rowin s?étaient mis d?accord. Lui garderait tout ce qui est théâtre classique et elle se lancerait dans «l?entertainment» : animation dans les centres commerciaux, les fêtes d?anniversaire, les cabarets dans les établissements étoilés du littoral. Lise, qui «n?est pas du genre à appeler», croit plutôt dans les vertus du silence. Pour tout réparer. «C?est dans le silence que je vois beaucoup de choses».

Son monde à elle. Elle y est longtemps restée. Jouant à la poupée et au «zouzou menaz» jusqu?à ses 15 ans. Préférant rester à la maison plutôt que de suivre les pas de sa s?ur aînée, Georgette, «plus pimentée». Portlouisienne du Ward IV, Lise, née Ative, est la benjamine des deux filles d?une mère «miss ti-lekol» et d?un père fonctionnaire au ministère des Travaux publics. Une enfance où un petit bout de carton suffisait à faire son bonheur. «On glissait dessus sur la pelouse de Marie Reine de la Paix».

Lise en a gardé la foi. Le goût de l?étude. Et beaucoup de compréhension pour un «père sévère mais qui avait ses raisons». lui qui disait toujours, «ton certificat, une fois qu?il est à toi, personne ne peut te le prendre». Lise l?a écouté. Réussissant sa scolarité d?abord au collège Bhujhoharry, à Port-Louis, puis chez Notre-Dame à Curepipe.

Après y avoir été élève, en 1978, la principale du collège lui demande de passer de l?autre côté. Avec ses antécédents dans le théâtre et son verbe haut, Lise Naraidoo fait très prof de français. Erreur. «tout le monde me dit cela». elle dispensera d?abord des cours de sténographie, avant d?intégrer le mainstream, pour assurer des classes de comptabilité, puis d?informatique. Trente ans plus tard, elle y est toujours.

A déjà tout plein d?idées sur l?organisation de la fête pour les 55 ans du collège. Donne des cours de théâtre à l?école. Dispense des cours à mi-temps au Mauritius Institute of Education aux professeurs qui iront à leur tour animer des cours de théâtre.

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