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Contrôler l?utilisation des produits chimiques

19 février 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Au Panama, la consommation d?un sirop contre la toux importé de Chine, a fait une centaine de morts, l?année dernière. Ce sirop contenait du diéthylène glycol (DEG), un antigel toxique ? également présent dans la composition des dentifrices que commercialise la Chine. Peu avant cet incident, l?Europe et les Etats-Unis avaient retiré du marché des centaines de milliers de jouets chinois sur lesquels avait été utilisée de la peinture au plomb.

Cette année, les produits chinois ont encore fait la une. Une dizaine de Japonais ont été empoisonnés après avoir consommé des produits alimentaires surgelés chinois qui avaient été contaminés par un insecticide, le métamidophos.

Maurice, qui importe énormément de produits alimentaires et de jouets de la Chine, se trouve sans défense devant ce danger. Sans défense également devant les productions locales de fruits et de légumes, mais également de viande, notamment de poulet, qui peuvent contenir une quantité excessive de résidus chimiques ? principalement des antibiotiques ? mais aussi des hormones de croissance. Le poisson importé d?Asie pose également un énorme problème de santé.

«Pour exporter du poisson vers le marché européen, les entreprises du seafood hub doivent effectuer plus d?une trentaine d?analyses différentes sur les produits à l?exportation, explique un technicien du ministère de la Santé. On cherche bactéries, métaux lourds (notamment le mercure), hormones artificielles et résidus chimiques dans ces poissons et autres fruits de mer. Une partie des analyses est effectuée au laboratoire du ministère de l?Agro-industrie à Réduit. Mais c?est uniquement pour les produits qu?on va exporter.»

Il déplore le manque de contrôle au sujet de la consommation de poissons venant de l?Asie (Vietnam) et de la Russie. «Le ministère est en train de permettre aux commerçants d?empoisonner la population !» Ce technicien est scandalisé par le peu d?intérêt que porte son ministère au contrôle des produits alimentaires importés, légumes, fruits, viande, lait, eau et autres boissons, produits localement ou importés sous diverses formes. «Ils réagiront peut-être quand on aura des centaines de morts. Ce sera trop tard», dit-il, en rappelant qu?on importera bientôt de la farine de Chine.

Selon d?autres techniciens, c?est de la farine contaminée qui serait à l?origine des raviolis qui ont empoisonné, au début de l?année, des consommateurs japonais. Ce type de problème se pose quand les planteurs ne respectent pas un certain intervalle entre l?épandage des pesticides et la récolte. «Le temps que prend un produit chimique (pesticide, herbicide ou insecticide) avant de disparaître complètement des fruits et légumes sur lesquels ils sont arrosés, dépend des différents produits, explique Ramesh Rajcoomar, assistant directeur de l?Agricultural Research and Extension Unit (AREU). L?AREU a déjà formé plus de 2 500 planteurs sur cet aspect de la question qu?on appelle Good Agricultural Practices (GAP).»

Malgré cette formation et la loi qui régit l?utilisation de ces produits, des légumes contenant des traces élevées de pesticides sont, de temps en temps, détectés par l?AREU. «Nous détectons souvent des traces de pesticides dans les légumes prêts à être envoyés au marché. Ce sont principalement les récoltes de cressons qui en contiennent», souligne Ramesh Rajcoomar.

L?AREU n?a aucun pouvoir pour prendre des sanctions dans un tel cas. Elle ne fait que signaler le problème au planteur et demande une révision des pratiques d?épandage et le respect des intervalles nécessaires, explique l?assistant directeur de l?AREU.

Maurice est ainsi en retard sur la protection de ses consommateurs contre certaines pratiques des agriculteurs, mais aussi des éleveurs. «Il y a énormément à faire au niveau des viandes et du lait. explique-t-on au laboratoire du ministère de la Santé. Personne ne veut des viandes et les laits importés peuvent poser des dangers en termes de résidus chimiques, notamment des antibiotiques administrés aux animaux de même que des hormones de croissance.»

En attendant que le pays ne s?arme vraiment pour protéger les consommateurs, le laboratoire du ministère de l?Agro-industrie se dit disposé à faire des analyses pour les consommateurs et les associations de consommateurs qui voudraient avoir recours à ses services. Un service payant pour les opérateurs du seafood hub.

<B>Manger du poisson : Attention danger !</B>

Il est très important de connaître les taux de mercure, de plomb et de cadmium contenus dans le poisson que nous consommons. Ces taux sont très élevés dans les poissons pêchés dans le Pacifique, l?Atlantique et en Asie. Ainsi, par exemple, l?agence canadienne d?inspection des aliments (ACIA) conseille de «limiter à un repas par semaine la consommation d?espadon, de requin ou de thon frais. Pour les jeunes enfants et les femmes en âge de procréer, la limite recommandée est d?un repas par mois».

Ces recommandations ont été faites en raison du taux de métaux lourds contenu dans le poisson vendu au Canada et aux Etats-Unis. Le plomb peut occasionner une diminution du développement physique et des performances intellectuelles chez les enfants, et un accroissement de la tension artérielle et de la fréquence des maladies cardiovasculaires chez les adultes. Le méthyle de mercure peut entraîner des perturbations du développement normal du cerveau des enfants et, à doses plus élevées, des modifications neurologiques chez les adultes.

Le cadmium est surtout dangereux pour les reins. On estime que pour le cadmium seulement, une petite partie de la population belge dépasse la limite toxicologique de sécurité. Les risques pour la santé sont cependant limités, étant donné les mesures environnementales qui ont été prises (essence sans plomb, collecte des piles usagées, peintures sans métaux lourds, ...).

<B>Des pesticides dans son assiette... </B>

Certains légumes ne sont presque jamais traités aux pesticides. C?est, en fait, le cas de la laitue et des «brèdes», etc. Mais attention, si le «brède giraumon» n?est pas traité, le giraumon est fortement arrosé de pesticides ; ainsi que le concombre. Ce sont des légumes fortement attaqués par des insectes en ce moment. L?autre légume fortement aspergé de pesticides n?est autre que la pomme d?amour.

Plus elle apparaît belle, lisse, sans taches, plus elle a subi des traitements chimiques. Pour réduire au maximum les risques d?ingestion des traces des produits chimiques contenus dans ces légumes ? notamment le cresson qui se mange normalement en salade à Maurice ? , il est conseillé de les laver longuement sous le robinet et non dans des récipients. L?eau courante emporte, en effet, les traces des produits chimiques.

Fertilisants et pesticides bio</B>

Avec la hausse des prix des pesticides et des fertilisants et les incidents survenue au Japon, le ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell, conseille aux planteurs du pays d?utiliser davantage les fertilisants et les pesticides bio. De fait, le pays commence à importer des pesticides bio de l?Inde. Ils sont produits à partir de l?huile extraite des graines de «neem» (connu sous le nom de «lila de perse» à Maurice). D?autres pesticides bio sont disponibles sur le marché, certains produits en Europe ou aux Etats-Unis. Utilisés dans les productions agricoles qui cherchent une certification bio, ces pesticides ne posent aucun problème pour la santé et pour l?environnement.

Des fertilisants bio, notamment le «compost», sont également très utilisés à travers le monde. Une usine sucrière du pays compte demander sous peu une certification pour la production du sucre bio. Aucun insecticide, pesticide ou herbicide n?est actuellement utilisé dans les champs bio (les herbes sont, en fait, brûlés au lance-flammes). La propriété n?utilise également pas de fertilisants chimiques.

«Nous avons eu de la chance d?avoir la canne comme principale production agricole dans la mesure où elle ne demande pas énormément de pesticides. Cela nous a évité d?endommager grandement notre environnement», affirme Arvin Boolell.

QUESTIONS À?

<B>Daniel Grant, </B> <I>Manager certification et formation chez SGS</I>

● <B>Vous êtes le seul organisme local habilité à certifier si les fruits et légumes exportés vers l?Europe sont conformes aux normes. Pourquoi et par qui avez-vous été choisi pour cette certification ? </B>

SGS, à Maurice, est le seul organisme de certification qui répond aux critères et conditions requis tels que définis par Food Plus, garant de la norme GlobalGap (Global Good Agricultural Practices).

● <B>Qui êtes-vous ?</B>

Nous sommes une multinationale suisse qui compte 48 000 employés à travers le monde. Nous sommes le leader mondial en ce qui concerne l?inspection, les vérifications et la certification. Nous ne sommes pas seulement dans l?alimentaire, mais également dans le textile, l?environnement, etc. Nous sommes aussi responsables de la certification ISO 900 et ISO 1400.

● <B>Que pouvez-vous certifier en sus des fruits et légumes ?</B>

Spécifiquement et pour le secteur agricole, SGS peut aussi certifier d?autres produits horticoles tels que les fleurs, le café et le thé. Notre domaine d?application s?étend également à l?Integrated Farm Assurance et l?Integrated Aquaculture Assurance.

● <B>Quelle est la philosophie derrière le «Global Gap» ? Pourquoi est-ce l?Europe en particulier qui impose ce type de normes et non pas nous, par exemple ?</B>

Le développement de la norme EUREPGAP, maintenant dénommée GlobalGap, est une initiative privée des distributeurs et autres acteurs de la chaîne alimentaire européenne. Elle fait suite à une série d?incidents intervenus en Europe. Afin de rétablir une confiance dans la filière, l?établissement de standards et de critères de cultures communs et reconnus était devenu nécessaire.

La norme GlobalGap est volontaire, c?est-à-dire qu?il n?y pas d?obligation légale ou réglementaire pour son application, mais c?est le «marché», donc les acheteurs européens de produits, qui l?impose de plus en plus.

Quelles peuvent être les conséquences de la présence d?infimes quantités de pesticides, insecticides ou herbicides dans les fruits et légumes ?</B>

«C?est la dose qui fait le poison», en fonction de la toxicité du produit et de l?ingestion dans le temps de cette substance. Les symptômes sont très variés, plus ou moins graves, aigus ou chroniques et sont bien décrits par le corps médical.

Si Maurice exige que les produits importés soient certifiés, surtout par des exportateurs chinois, quelle garantie aurons-nous qu?ils sont vraiment conformes aux normes ?</B>

La certification des produits de consommation est une activité rigoureuse, réglementée et encadrée. La certification des produits doit se faire à travers des contrôles d?organismes de référence et des laboratoires accrédités ISO 17025, apportant ainsi crédibilité et validité aux certificats émis. Donc un produit analysé par un laboratoire ISO 17025 n?a pas lieu d?être réanalysé par le pays importateur.

● <B>Maurice possède-t-elle des laboratoires équipés pour vérifier la qualité et la présence des produits chimiques nuisibles dans les produits alimentaires importés ou produits localement ?</B>

A notre connaissance, à Maurice, SGS est le seul laboratoire accrédité ISO 17025 capable de réaliser des analyses de ce type.

● <B>Il est question, ces derniers temps, de la présence d?un fort taux de mercure et de métaux lourds dans les poissons. Etes-vous en mesure d?effectuer des analyses pour la détection de ces composants ? Y a-t-il d?autres laboratoires en mesure de le faire à Maurice ?</B>

SGS possède, en effet, l?expertise nécessaire à la détection des métaux lourds dans les aliments, entres autres dans le poisson. Ces analyses sont toutes réalisées sous accréditation ISO 17025 et reconnues internationalement.

● <B>Combien coûte la certification d?une cargaison de fruits chez vous ?</B>

Le coût des certifications est en fonction des éléments à tester et ou à inspecter.

● <B>Etes-vous disposé à analyser des fruits et légumes mis sur le marché local pour des organisations de protection de consommateurs ? Si oui, combien coûtera une telle analyse ?</B>

Nous sommes, bien entendu, disposés à réaliser des analyses relatives à ces produits ; c?est notre métier.

La tarification dépend, comme indiqué précédemment, du nombre et du type de paramètres à analyser.

● <B>Pouvez-vous aussi analyser l?eau vendue en bouteille à Maurice pour déterminer principalement son taux de bromate ?</B>

Nous réalisons déjà des analyses sur les eaux embouteillées à Maurice, et sur de nombreux paramètres, dont le taux de bromate.

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