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B. P. 247

16 février 2008, 20:00

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Un paradis perdu ?

Certains disent que Dieu créa l?île Maurice avant le paradis. En regardant autour de nous, on ne peut s?empêcher de se poser la question suivante : si c?est cela le paradis, alors à quoi ressemble l?enfer ? La machine de la violence tourne à plein régime ces derniers temps dans ce pays, qui était pourtant cité comme un exemple à suivre en matière de paix et de prospérité.

Maintenant, mieux vaut y réfléchir deux fois avant de parler de « paradis », au risque de se faire réfuter, preuve à l?appui, par ces nombreux touristes qui se sont faits agresser et dépouiller.

Mais les Mauriciens aussi subissent le même sort. On agresse, en appliquant la loi du plus fort. Puis vient le motif du vol, ou plutôt de l?argent facile. Après tout, se disent certains, c?est plus facile de faire une razzia à moto pour récolter parfois jusqu?à Rs 10 000 par jour que de travailler dans un soleil de plomb sur un chantier !

Si vous choisissez cette voie, vous n?avez pas à vous inquiéter de la police, car vous pourrez commettre vos méfaits pendant que la police, elle, passera son temps à arrêter des? policiers pour non-assistance à personne en danger !

Même si vous êtes appréhendés, avec votre bien mal acquis vous pourrez vous payer des ténors du barreau, et après deux ou trois ans de vacances dans nos prisons cinq-étoiles, vous pourrez reprendre votre business de plus belle.

Eh oui, la prison a la fâcheuse habitude de rappeler ses anciens pensionnaires de temps en temps. Faut croire qu?on y est bien traité?

Parlons maintenant des « dérapages ». Une simple coupure d?eau peut effectivement engendrer des manifestations, suivies de l?arrivée de toute une armée d?agents de l?ordre pour arrêter ceux qui ont cru qu?on pouvait manifester pacifiquement. Alors que pour une bagarre de rue ou un vol, la police n?arrive qu?une heure après les faits? et personne n?est mis derrière les barreaux !

Et parlons-en de ces bagarres qui partent de rien : un mot de travers et vous vous retrouvez avec un couteau dans le ventre, un regard de trop et on retrouve votre cadavre quelques jours plus tard. Sans parler de ces sorciers qui peuvent vous découper en morceaux, ou de ces videurs de boîtes de nuits qui se croient tout permis?

En ce moment, il ne fait pas bon de vivre à l?île Maurice. L?intense chaleur, la sècheresse, les coupures d?eau, les prix des produits essentiels qui prennent l?ascenseur d?une façon phénoménale et sans précédent, l?impuissance et la démotivation de la police, n?aident en rien à juguler cette montée de la violence. Ce sont plutôt les carburants de cette situation de crise.

Il faut agir et vite. Les solutions ne manquent pas. Il suffit de s?asseoir un instant et de réfléchir, sans gloser sur la cybercité ou Tianli. Il faut des projets sociaux, des forums de discussion, des lois fermes contre la criminalité et la corruption, une police bien équipée, et éliminer ces groupes dits socioculturels.

Toutes ces solutions ne sont pas impossibles. Mais il faut un leadership ferme pour les mettre en application. Seul l?avenir nous dira si on possédera un jour un tel leader. En attendant, le pays risque bien de tomber dans un profond coma?

Sailesh TEELUCK

SORCELLERIE D?ICI ET D?AILLEURS

J?ai lu avec intérêt votre reportage paru dans l?édition de l?express-dimanche du 10 février sur la sorcellerie à Maurice. Le titre Les Mauriciens sous l?emprise des sorciers, pourrait donner l?impression que le recours à la sorcellerie est un phénomène propre à une société comme la nôtre.

Il existe des preuves que c?est un phénomène universel implanté même dans des pays développés. Je prends comme exemple la lettre pastorale des évêques de Toscane, en Italie : « Nous assistons à un retour impressionnant des pratiques magiques. Le phénomène tend à s?imposer dans la vie collective et personnelle de milliers d?individus [?] Selon les données les plus récentes, les ?utilisateurs de la magie? en Italie seraient presque 12 millions. » La Vie Catholique, a publié sur plusieurs semaines la lettre pastorale en question, qui permet de démystifier le phénomène qui se « présente sous des aspects notablement diversifiés et complexes ».

De même, entre 1980 et 1984, l?ethnologue Dominique Camus entreprit une enquête dans le milieu des sorciers de la région de Haute-Bretagne. Cette enquête a débouché sur la publication d?un livre intitulé Pouvoirs sorciers, enquête sur les pratiques actuelles de sorcellerie, paru en 1988 aux Éditions Imago. Plus près de nous, dans une entrevue accordée au Mauricien du 20 novembre 1998, Rufus Pereira, à l?époque vice-président de l?Association internationale des exorcistes, disait : « Des personnes sont possédées parce qu?elles ont eu dans la famille ou parmi les grands-parents un suicidé, des membres qui ont signé un pacte avec Satan ou qui ont pratiqué la sorcellerie. Dans ces cas, ceux qui placent des personnes en état de possession ont recours à ces âmes ?mal mortes?. »

Comme vous pouvez le constater, la sorcellerie est un phénomène complexe qui dépasse largement le cadre d?un crime qui lui est associé. Depuis le temps que des articles de presse parlent de ce phénomène, les autorités de tous bords et a fortiori religieuses, auraient dû avoir pris les devants pour traiter ce sujet de façon dépassionnée.

L?enjeu auquel renvoie inlassablement la sorcellerie, c?est la réalité d?un monde parallèle destructeur. Le traitement presque anecdotique du phénomène par certains journaux résulte sans doute d?une mentalité rationnelle incapable de dépasser les frontières qu?elle s?est fixées. Cette mentalité considère, à tort ou à raison, que le problème du mal aussi bien que le problème de la foi comme une pseudo-réalité, l?invention d?un esprit malade.

On ne le répétera jamais assez, les religions ont un rôle à jouer dans la sensibilisation au phénomène de la sorcellerie et de la superstition.

Lidio

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