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En finir avec la peine de mort

17 février 2008, 00:00

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Curare, chlorure de sodium. Je te fais asseoir, je t?attache, je t?injecte la mort. Rapidité, précision. Une mort sans douleur. Sans douleur ? Peloton d?exécution en Chine, lapidation en Iran. Je te fusille, je te massacre. Chaise électrique aux États-Unis, pendaison ailleurs. Je te carbonise, je t?arrache la tête. Cette honte n?est plus mauricienne. Le 3 août 1995, Maurice abandonnait la peine de mort. Jusqu?à cette date, notre justice pénale dépassait, si l?on ose dire, d?une tête. On l?a supprimée. Bien.

Vingt ans après la dernière exécution, on pouvait croire la cause entendue, et l?abolition acquise. Il n?en est rien. Les nostalgiques de la plus vieille peine du monde ne désarment pas. Même le numéro 2 de l?opposition l?agite en ce moment. Preuve que l?idée d?un retour en arrière fait encore recette. Pourtant, tout a déjà été dit sur cette pratique sinistre qui confond justice et vengeance. Inlassablement, il faut répéter qu?elle cumule tous les défauts.

La peine de mort tombe dans le piège que lui tend le crime, celui de verser le sang en l?appelant châtiment. Elle conduit à l?exécution d?innocents et s?applique en priorité aux plus pauvres et aux minorités. Sacrilège contre la vie, la loi du talion est de surcroît inutile. Jamais, nulle part, elle n?a réduit la criminalité sanglante. Elle nous abaisse sans nous protéger. Elle nous déshonore.

Au fond, guillotiner les anti-abolitionnistes a moins d?intérêt que de savoir pourquoi, chez nous, ils bougent encore. Premier constat : le thème de la sécurité s?est imposé comme « LE sujet à traiter en priorité ». Car Maurice a peur. Une peur mâtinée de surenchère politique et médiatique qui trahit à la fois un manque d?informations fiables et des formes d?opportunisme crasseuses. En clair : le terrain est prêt pour voir germer un populisme punitif à la mauricienne, comme réponse unanime aux peurs du quotidien.

Discours et actions « chocs »

Ainsi va la politique, elle instrumentalise tout ce qu?elle touche. L?opposition claque des dents. Comme elle en a pris l?habitude, elle préfère attiser les braises de l?insécurité plutôt que de proposer un programme d?alternance dont elle peine à esquisser les contours. De son côté, le gouvernement sort le bâton. Le thème de l?insécurité, c?est vrai, lui offre un instrument de pouvoir séduisant, dans un contexte mondialisé où l?économique et le social ne semblent plus guère maîtrisables.

C?est sur ce terreau que naissent les discours et les actions « chocs ». N?a-t-on pas vu des policiers menottés ? Et d?autres exhumer la peine capitale ? Car instrumentaliser le crime, c?est aussi se présenter comme le sauveur d?une situation dramatique? muni d?un prêt à penser simpliste. Regretter la peine capitale, conspuer la police, bénir la vidéosurveillance ou accréditer l?expression consternante de « violence gratuite » sont autant de réponses standards et dénuées de réflexion sur la société.

Celle-ci, pendant ce temps, se durcit. Si l?on ajoute le sensationnalisme médiatique, tout coagule. Dans les têtes et dans les mots. On amalgame le vol de voiture, la dégradation d?une boîte aux lettres, le trafic de drogue, l?impolitesse et le cambriolage d?un bungalow. Tel crime sordide relance la panique sur la violence supposée « gratuite ». Un quartier « en danger » devient un quartier « dangereux ». La police est coupable. La vengeance n?est que justice.

Et que roulent les têtes sur le billot?

Veut-on vraiment de ce débat-là ? Veut-on abîmer à ce point la promesse d?une société qui progresse ? Ou bien profiter de l?occasion pour d?analyser les problèmes et mener une vraie réflexion politique sur le traitement de l?insécurité ? Le moment est propice, le défi sérieux : maîtriser la sécurité sans tomber dans une américanisation des pratiques. Car ce n?est pas dans l?île Maurice abolitionniste, mais bien en Amérique, que se produisent ces sanglantes fusillades, venues d?on ne sait où et accomplies on ne sait pourquoi ; parfois par des gâchettes à peine sorties de l?enfance.

Une piste, une seule : « No one shall be condemned to death penalty. » Gravons dans la Constitution l?abolition de la peine de mort, garantie par une loi simple depuis 1995. Ce texte aurait une grande portée. Moralement. Symboliquement. Il officialiserait l?impossibilité d?un retour en arrière.

Renoncer à pendre un homme au bout d?une corde parce que la tête peut sauter, parce que le sang gicle, parce que ça ne se fait plus chez les gens bien et qu?il y a un risque, parfois, de découper un innocent, c?est relativement facile. Mais renoncer définitivement à la peine de mort, en posant le principe dans la Constitution que la puissance publique (pas plus d?ailleurs qu?aucun individu) n?est en droit d?ôter la vie, voilà qu?on touche à un débat important.

À savoir que la société mauricienne est capable de faire progresser, non seulement le chiffre d?affaires du tourisme, ce qui est une évidence, mais aussi le domaine éthique ? ce qui l?est déjà moins.

« Vive la vie ! », s?écrient les Mauriciens de liberté en réponse au « Vive la mort ! » des charognards. « Que vive la vie ! », c?est tout le sens de la constitutionnalisation de l?abolition de la peine de mort. Cette ultime victoire d?un pays sur lui-même.

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