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Casse-tête autour du retour des cerveaux

17 février 2008, 00:00

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Les lauréats de la cuvée 2007-2008 ont peine eu le temps de savourer leur réussite académique, qu?ils ont été confrontés à la réalité : ils ont l?obligation de revenir au pays à la fin de leurs études. Il s?agit là d?une condition contraignante certes, mais qui est attachée à l?obtention d?une bourse d?études de l?État.

Toutefois, revenir ou pas, n?est désormais plus une question limitée aux bénéficiaires de bourses. Cela concerne aussi tous ceux qui partent étudier à l?étranger et qui, après l?obtention de leur diplôme, ne rentrent pas. Ce phénomène appelé fuite des cerveaux, exode de compétences ou brain drain constitue un défi auquel les pays en développement doivent faire face. Car la migration provoque le déplacement d?hommes et de femmes qualifiés et expérimentés vers d?autres pays qui, dans la plupart des cas, vont tirer profit d?une manne pour laquelle ils n?ont pas dépensé un seul sou.

Et les plus grands perdants sont, bien entendu, ces pays qui n?ont pas les moyens d?influencer le marché hautement compétitif de la recherche des compétences à l?échelle mondiale. Et l?île Maurice en fait partie, car elle a des difficultés à gérer le phénomène de fuite de cerveaux.

Il ne faut pas chercher loin pour s?en convaincre. On n?a qu?à se souvenir de l?appel lancé en direction des boursiers pour qu?ils reviennent au pays. « C?est une démarche tout à fait légitime que l?État puisse exiger un retour sur les investissements engagés au profit des boursiers », soutient Lucien Finette, directeur du Mauritius Examinations Syndicate (MES). Trop souvent, on oublie que sur ce plan-là, ce n?est pas toujours l?envie de revenir, le sens du patriotisme et la reconnaissance d?une dette envers son pays qui déterminent les conditions de retour, mais plutôt les forces du marché mondial de la recherche de compétences.

À la fin de leurs études, nos boursiers viendront s?ajouter à la liste des compétences qui seront en grande demande dans le monde, plus particulièrement les pays où ils ont fait leurs études. Et personne ne peut prévoir les moyens qu?utiliseront les pays demandeurs et ceux du pays d?origine des lauréats pour retenir leurs compétences.

Et en ce moment, on assiste non pas à une émigration naturelle de nos compétences, mais à une véritable saignée de nos ressources qualifiées. L?appel ne vise plus uniquement les professionnels, mais aussi les étudiants. La formule est simple : les pays recruteurs ouvrent leurs frontières à nos étudiants et donnent la possibilité, à certains, de prétendre à un permis de résidence permanente après leurs études. Pour s?en rendre compte, on n?a qu?à consulter les journaux et repérer le nombre d?institutions de formation qui font appels à nos jeunes.

Élaborer une stratégie à long terme

L?absence d?un organisme chargé de suivre l?évolution des effets de la migration de compétences se fait grandement sentir. Sans cet outil de travail, il est difficile d?élaborer une stratégie à long terme. La Tertiary Education Commission, le Conseil économique et social, le Mauritius Research Council et le Human Resource Development Council font partie des institutions susceptibles de combler ce vide. Une étude sur l?émigration de nos compétences n?est pas à l?ordre du jour du Conseil économique et social. Paradoxalement, le dernier rapport publié par cet organisme porte sur l?emploi des travailleurs étrangers à Maurice.

En revanche, la Tertiary Education Commission s?est déjà penchée sur l?émigration de nos compétences. C?était dans le cadre d?une étude sur des bénéficiaires des bourses de l?État, de pays amis et des ONG internationales. Initiative fort louable, mais qui n?a pas été mise à jour depuis 2001 et qui se limitait aux bénéficiaires de bourses. Cette mise à jour aurait été un outil indispensable aux mains des décideurs.

Il existe de nombreux moyens susceptibles de permettre à des pays, victimes potentielles de l?émigration de leurs compétences, de gérer ce phénomène avec sérénité et d?atteindre une situation où ils en tirent des bénéfices. Le maintien de contacts organisés et planifiés entre la diaspora et le foyer émetteur de migrants en est un. Les pays tels que l?Inde, la Chine, Singapour ou les Philippines en ont fait l?expérience.

L?Inde vient d?en faire la démonstration avec la tenue, en janvier, de la sixième édition de son Pravasi Bharatiya Divas et à laquelle a assisté le Premier ministre, Navin Ramgoolam. En quoi consiste le Pravasi Bharatiya Divas ? Il s?agit d?une stratégie du gouvernement indien pour attirer vers l?Inde les expertises et le savoir-faire acquis par les membres de sa diaspora dans le monde entier afin de les intégrer au processus de développement du pays.

Exploiter le potentiel de la diaspora

L?Inde a été encore plus loin. Elle offre désormais la possibilité aux membres de sa diaspora de détenir un passeport indien.

La Global Organisation of People of Indian Origin (Gopio) est l?expression la plus éclatante de cette volonté d?exploiter le potentiel de la diaspora indienne. Cette organisation, qui regroupe les personnes d?origine indienne, a pour objectif de rassembler des ressources tant financières que professionnelles, au profit des gens d?origine indienne, de leur pays d?accueil et de l?Inde.

Le cas de Singapour peut aussi servir de référence. Grâce à l?ouverture de son économie à un investissement massif de l?étranger, ce pays a su créer sur place, les conditions que son élite ainsi que les membres de sa diaspora auraient trouvées ou recherchées ailleurs.

La participation des migrants au développement de leur pays d?origine est un autre moyen de neutraliser les effets pervers de l?émigration de compétences. La France a été l?un des premiers pays à avoir recours à ce concept communément appelé co-développement. Bref, une sorte de compensation pour le préjudice subi par les pays émetteurs de migrants.

D?autre part, la Banque mondiale a créé, en décembre, les conditions pour que le continent noir corrige le préjudice que lui a causé et cause encore l?émigration massive de ses compétences. Pas moins de 300 représentants d?organisations de la diaspora africaine, établis tant aux États-Unis qu?au Canada, d?organisations afro-américaines et caribéennes se sont réunis pour élaborer un plan d?action permettant d?associer la diaspora africaine à l?aide au développement de l?Afrique subsaharienne.

Avec la globalisation de l?économie, on assiste à un éclatement des frontières géographiques des pays. La pression sur les compétences obtenues après beaucoup de sacrifices ira en se renforçant. La recherche de solutions pour en atténuer les effets sur le pays devrait être une priorité.

QUESTIONS A

VIJAY MAKHAN, RESPONSABLE DES RELATIONS INTERNATIONALES AU MMM

« Il faut créer les conditions pour retenir nos compétences »

Quels sont les facteurs indispensables pour retenir nos compétences ?

Il faut avant tout créer les conditions qui inciteront ces compétences à rester au pays. Tous ceux qui quittent Maurice ne le font pas toujours par ambition professionnelle et financière. Malheureusement, il existe de nombreux facteurs qui poussent beaucoup de Mauriciens à perdre confiance dans l?avenir du pays. L?élimination de ces facteurs est nécessaire si on veut créer les conditions pour retenir nos compétences.

Quels sont donc ces facteurs ?

Ce sont, entre autres, la perception que l?état de la sécurité intérieure ira en empirant, l?absence de transparence dans le recrutement des professionnels et le processus de promotion, le non-respect du principe de chances égales, l?absence de méritocratie, la prise en compte de considération d?appartenance familiale ou ethnique pour l?obtention de ses droits dans le domaine du travail.

Un changement de mentalité est-il possible ?

Oui, si on se donne les moyens pour y parvenir. Le rôle de l?éducation dans ce processus est primordial. Le programme scolaire, que ce soit au niveau primaire et secondaire devrait accorder une large place au civisme, au respect des valeurs indispensables pour vivre en harmonie dans une société pluriethnique, à la connaissance profonde de la culture de l?autre. Les politiques devraient eux aussi changer leur mode de fonctionnement. Ils doivent cesser d?intervenir dans le fonctionnement des institutions. Ils doivent se résigner à abandonner toute attitude qui pourrait contribuer au dysfonctionnement des institutions.

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