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L?économie et le mandat

17 février 2008, 00:00

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Maurice passe à l?heure post-mi-mandat. L?opposition tente de recoller ses morceaux pour « gagner ». En face, le gouvernement prépare sa vitrine sociale, malmenée par la réforme économique et l?effondrement du pouvoir d?achat.

À l?ouverture du bureau de la Banque mondiale à Port-Louis, Navin Ramgoolam a habilement joué, sur le plan rhétorique, en souhaitant que la croissance se reflète davantage sur le front social. Tout en remerciant l?institution de Bretton Woods pour sa gouverne dans les méandres de l?économie mondiale, avec le développement comme seule boussole idéologique apparemment, le Premier ministre a signifié sa ferme intention de se réapproprier « l?agenda du développement local ».

Navin Ramgoolam veut qu?on voie davantage les effets de la croissance économique. Il est lucide. Il garde le cap de sa mission. Il ne veut pas perdre le pouvoir. Deux questions s?imposent alors. D?abord, est-ce que le mandat de cinq ans n?est pas trop court pour espérer récolter les fruits de la réforme maintenant ou avant 2010 ? Deuxièmement, comment réconcilier cette croissance qu?on accélère avec le discours réaliste qui mesure de plus en plus les effets néfastes et irréversibles que ne va pas manquer de générer une activité économique, sans cesse dopée, une croissance qui ne tienne pas en compte les systèmes environnementaux de la planète dans son ensemble.

Le problème avec nos politiciens, c?est que trop souvent leur vision va seulement jusqu?à cinq ans. Elle s?arrête au renouvellement de leur mandat. Leur raisonnement est simple : il faut être au pouvoir pour initier des réformes. Et pour être au pouvoir, il faut être populaire. Et pour être populaire, il faut séduire l?électorat en créant davantage de richesse et en essayant de la partager entre différents groupes de votants. Pareille survie politicienne n?est pas compatible avec le présent contexte de transition économique.

Qu?il s?agisse de juger des effets d?une politique de réforme, le journaliste-économiste français Frédéric Bastiat (1801-1850) met en balance « ce que l?on voit » et « ce qu?on ne voit pas ». Pour lui, dans la sphère économique, un acte politique, comme la réforme économique, n?engendre pas seulement un effet, mais une série d?effets, qu?on voit progressivement, dans le temps. Entre un mauvais et un bon économiste, la différence c?est que le premier s?en tient à l?effet visible, l?autre tient compte de l?effet qu?on voit et de ceux qu?on ne voit pas et qu?il faut prévoir.

Frédéric Bastiat, pourtant défenseur du libre-marché, était l?un des premiers à vulgariser que l?activité économique n?était pas une activité close qui s?exerçait au travers de statistiques, mais que l?activité économique, par sa nature, débouche, d?un côté, sur l?homme et, de l?autre, sur la société. Ainsi, avant de mettre plus de roupies dans notre porte-monnaie (pour payer des denrées toujours plus chères), il s?agit pour nos décideurs de voir si on dispose de suffisamment de terres cultivables pour atténuer une crise alimentaire, de réfléchir si on a suffisamment de ressources en eau pour les besoins des Mauriciens, touristes et travailleurs étrangers, ou si nos routes peuvent contenir tout ce flux souhaité, etc.

Nous ne sommes pas seulement à mi-mandat électoral, mais au milieu d?un vaste monde qui change sans cesse. La nouvelle guerre économique que déclenche Hugo Chavez contre les États-Unis, avec le soutien intéressé de la Chine, va faire davantage grimper le prix du pétrole et l?inflation avec, tout en redessinant la carte géostratégique du monde.

Et sur le plan local, il est temps qu?Anil Bachoo s?exprime davantage sur les problèmes environnementaux, soulevés dans les conférences internationales auxquelles il assiste. Notre ministre de l?Environnement doit sortir des jeux d?alliance à durée de vie trop courte pour évoquer les vrais enjeux de Maurice, en essayant de les intégrer dans notre projet économique en quête d?idées et d?innovation. Le petit jeu politique mauricien est dépassé. Il faut voir plus grand, plus loin. Il faut voir ce qu?on ne voit pas encore, comme dirait Bastiat. Le discours nécessaire pour un développement durable s?inscrit dans la durée, et c?est peut-être pour cela qu?on l?entend davantage, chez nous, dans les sphères citoyennes que politiques. Après leur mandat, les politiciens s?en iront, le pays, lui, sera toujours là. Mais dans quel état ?


À la suite de ma chronique de la semaine dernière, « Ce capital humain qui s?exporte », un étudiant mauricien, qui vit en France, m?a écrit ces mots :

« Le retour des jeunes est primordial (?) Je prépare à l?avance mon retour au pays de manière à ce que cette fois-ci, ce soit un retour entouré de personnes, comme moi, qui veulent dire à ceux qui sont à la tête du pays (qu?importe le parti politique) : ??Stop, on ne veut plus de vos tartufferies politiques.?? Ce jeune homme ? qui s?intéresse à la sécurité intérieure à Maurice au Centre de recherche sur le droit de la sécurité intérieure, la police et les droits fondamentaux de la personne de l?université de Nice ? a créé, de concert avec d?autres jeunes universitaires mauriciens éparpillés de par le monde, grâce au réseau social « Facebook » (site C Deux RM), un espace de discussion, avec intention de « devenir le premier parti politique mauricien sur Internet ». Si leur convention pour une deuxième République de Maurice peut paraître ambitieuse, ils ont au moins le mérite de créer un espace pour débattre du renouveau de la politique et des institutions, de la réforme électorale à la place du créole mauricien dans la société en passant par les éternelles dynasties et alliances politiques. Un échange d?idées à encourager, un médium social à exploiter au lieu de tenter bêtement de le censurer. C?est aussi cela la mondialisation.

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