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L?école un relais, pas une finalité

13 février 2008, 20:00

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D?emblée, ceux qui transmettent ce savoir «religieux» et des valeurs répondent que ce n?est pas la mission de l?école. Celle-ci traite ces thématiques selon une vision séculaire en prenant l?enfant comme principal centre d?intérêt. En fait, l?école intervient là où la famille et la société ont failli. Ou plutôt, là où elles ont démontré une certaine incapacité à lire la jeunesse et les enjeux contemporains. L?école ne moralise pas. Elle se veut un espace permettant l?épanouissement du jeune dans sa personne et dans son rapport avec les autres.

En ce sens, l?expérience ? de nombreux enseignants préfèrent ce terme à celui d?«enseignement» ? des valeurs connaît aujourd?hui un certain rayonnement. De nouvelles écoles se lancent dans cette aventure. D?où l?initiative de la Commission Catéchèse de l?Ile Maurice (CCIM) de proposer, pour cette rentrée 2008 du secondaire, un nouveau parcours catéchétique Talita Koum (voir encadré), entièrement inscrit et inspiré du contexte mauricien.

«C?est un parcours catéchétique de la Form I à la Form VI qui tient en compte les réalités des jeunes et de leurs profils psycho-sociologiques?, insiste le Père Alain Romaine, responsable de la CCIM. On ne peut pas parler de Dieu sans faire appel aux sciences humaines. On ne peut pas parler des valeurs sans faire appel à une rationalité.»

La religion à l?école diffère de la religion dans un lieu de culte. La foi à l?école s?acquiert à travers l?expérience et non à travers des ambitions d?endoctrinement. Il en est de même pour les valeurs.

Le collège Eden de Rose-Hill a ainsi introduit, depuis la rentrée 2008, les cours de valeurs humaines de la Form I à la Form VI. C?est un accompagnement du jeune, qui l?aide à grandir et «prendre conscience de la conséquence de ses actes à travers une pédagogie à base d?interaction et grâce à l?apport visuel. (...) Nous mettons beaucoup l?accent sur l?interculturel, soit sur les valeurs universelles des différentes civilisations à différentes époques. Les valeurs sont partout», explique Vidiaraj Sookaram, enseignant de biologie et de valeurs humaines au département Ollier de l?Eden de Rose-Hill.

Au collège London de Port-Louis également, on a introduit les cours de valeurs humaines cette année. «Il s?agit de réfléchir ensemble et d?avancer. De comprendre quelles sont les valeurs et quelles sont les non-valeurs», fait ressortir Allain Raffa, enseignant depuis une trentaine d?années dans ce collège.

Et qu?en est-il lorsqu?on parle de perte des valeurs chez les jeunes? «Malgré les apparences, les jeunes ont des valeurs. Ils s?expriment autrement. Un lien de solidarité à travers des SMS accompagne, par exemple, un décès dans une famille. Mais il est aussi vrai que devant la vague de violence, on a l?impression que les valeurs se perdent», témoigne Allain Raffa. «Ce ne sont pas des valeurs qu?il manque aux jeunes mais des modèles. Si nous ne faisons rien pour eux aujourd?hui, ils vont reproduire en amplifiant les problèmes que nous avons aujourd?hui», analyse, pour sa part, Vidiaraj Sookaram.

D?où l?importance des valeurs humaines à l?école. Ce n?est, souvent, pas une priorité pour des parents. Pourquoi sacrifier l?enseignement formel aux valeurs ? Surtout si cela doit se faire au détriment de l?obtention des diplômes...

L?enseignement des religions également souffre de cette logique. Certains collèges ont ainsi réduit le nombre de cours consacrés à la catéchèse au profit des cours formels. «Les objectifs pour la catéchèse sont toujours définis en termes de capacité. Il ne s?agit pas tant de savoir ce que l?enfant a compris que de savoir quelle capacité il s?est construite», souligne, à cet effet, le Père Alain Romaine.

La place même des religions est remise en question, non seulement à l?école mais également dans la société. «Le défi pour les autorités religieuses, c?est celui de la transmission. Nous sommes dans un temps de rupture civilisationnelle et non dans une crise. Chaque religion cherche un peu les moyens de parler aux gens», estime Alain Romaine.

L?école contribue à apaiser la problématique. Mais ce n?est pas dans sa mission. Mais lorsqu?elle s?évertue à construire l?adulte de demain, on lui reproche de sacrifier l?enseignement conventionnel qui garantit les diplômes. Le constat est simple : l?école mauricienne n?a toujours pas les moyens de ses ambitions.

<B>«Talita Koum»

Le parcours catéchétique mauricien»</B>

■ Le projet «Talita Koum» répond aux besoins d?un parcours catéchétique mauricien destiné aux jeunes du cycle secondaire. Il s?est imposé à la CCIM du fait que les divers parcours «importés» correspondent de moins en moins à la réalité locale. Depuis quelque 54 mois, les responsables de la CCIM se sont investis dans la conception et la fabrication des manuels de catéchèse appropriés. Après une enquête menée auprès de 6 500 jeunes du cycle secondaire en 2002, c?est à la rentrée 2008 que le parcours «Talita Koum» (expression empruntée à un récit de l?Evangile et qui signifie : «Jeune fille, je te le dis, lève toi») est proposé aux jeunes Mauriciens. «?Talita Koum? est parti d?un besoin de transmission de l?héritage chrétien, explique le Père Alain Romaine. Il y a une rationalité derrière cette transmission. D?où la nécessité de mettre en lien le message avec les réalités auxquelles nous sommes confrontés.» Il poursuit : «C?est pourquoi ce parcours catéchétique a opté pour une catéchèse existentielle qui offre l?avantage d?une approche contextualisée et inculturée. Il répond ainsi aux aspirations profondes et aux besoins réels de la jeunesse chrétienne mauricienne en parcours scolaire.» «Talita Koum» met en activité des jeunes durant les rencontres catéchétiques. Ici, ils sont invités à être davantage acteurs tout au long du processus catéchétique. Et ce, à travers une pédagogie de découverte, de recherche et d?expression guidée et animée par les catéchètes. «Talita Koum» se présente en cinq livres de plusieurs modules selon les classes d?âge : «En barque» pour les 11-13 ans ; «Ouvre-toi» pour les 13 ? 14 ans ; «Lève-toi» pour les 14-16 ans; «Vers le large» pour les 17-19 ans et pour ceux de la filière prévocationnelle, «To tou pou mwa». Chaque livre a une identité propre en fonction des destinataires. Il se veut un support de l?activité catéchétique dans le cadre des objectifs et des démarches définis pour chaque module.

QUESTIONS À

<B>Marcel Chapeleau, formateur à l?Ecole des valeurs humaines (evh)

<B>«C?est aux parents de transmettre les valeurs»</B>

● On parle de la perte des valeurs surtout parmi les jeunes. Cela signifie-t-il que l?expérience des valeurs humaines dans nos écoles est un échec ? </B>

Les valeurs ne sont pas perdues. C?est une crise idéologique. L?éducation, c?est créer des habitudes basées sur des principes universels appelés des valeurs. Celles-ci sont déjà inculquées par les parents avant l?âge de six ans principalement. Il reste à l?enseignant d?écouter les enfants, de reprendre les ancrages et témoigner de sa propre cohérence de vie. Les valeurs sont dans l?être humain. C?est donc aux parents de les transmettre et à l?éducateur d?éveiller et de développer l?empowerment.

● <B> Comment s?articulent les valeurs à l?école ?</B>

Les 12 valeurs universelles, celles promues par l?UNESCO, ont le mérite de former un corpus universel. L?éducation non-formelle est importante. L?éducation formelle ne suffit pas. Eduquer, c?est faire acquérir des habitudes. C?est ce que propose l?EVH à travers les cours des sept habitudes, entre autres.

● <B>Valeurs et religions ; il y a une différence?</B>

L?important n?est-t-il de savoir décoder, et d?avoir le repère donné par les religions, les textes sacrés et en même temps de connaître les recherches des sciences humaines comme le demandait le concile Vatican II pour l?éducation ? Les grands repères ont été éliminés et nous nous trouvons devant le recours au droit pour prendre le relais de la morale. Que dit le droit universel ? Chacun sait que la loi doit apporter la justice.

En fait, l?éthique contractuelle de «consensus majoritaire» prend le devant. Les lois semblent devenir «infaillibles». Quand les repères moraux sont bannis, les hommes sont persuadés qu?il n?y a plus ni bien ni mal, ni vrai ni faux. Quel est donc le vaccin contre la perversion du droit ? C?est d?apporter une éducation intégrale de la personne humaine dont la valeur de la dignité est forte.

● <B>Comment s?articule «l?enseignement» des valeurs concrètement ? </B>

Il faut avoir recours aux faits et partager en petites équipes de réflexion. Utiliser le corpus des valeurs universelles avec des activités de recherche (initiatique) selon les intelligences multiples. La variété des activités (y compris décodage des médias) crée la motivation.

Ensuite approfondir par une mise en commun. Acquérir des habitudes, basées sur la proactivité, la communication et le respect de soi et de l?autre. Dans un autre temps, faire appel à l?intériorité, y compris les textes sacrés dans le respect de chaque religion, dans la découverte de la méditation et de la relaxation. Enfin conduire à une décision personnelle, une résolution, une détermination. Notre programme est un prototype de niveau mondial destiné au secondaire. C?est un ensemble de principes au-dessus des religions.

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