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Roselyne Nicole sportive tous azimuts, envers et contre tout

12 février 2008, 20:00

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Le calvaire, enduré récemment par de jeunes athlètes que l?autoritarisme sportif conduit aux larmes les plus amères, nous rappelle qu?en matière sportive, il y a, d?une part, la matière première, autrement dit les athlètes, la chair à compétitions, la raison d?être du reste et, d?autre part, les dirigeants, décisionnaires, les grands manitous souvent inutiles et encombrants, tous sortis de la cuisse de Jupiter, prétendant faire partie de la caste des indispensables et des irremplaçables, à qui un gouvernement, aveugle ou intéressé, confie les cordons de la bourse, augmentant d?autant leur omnipotence et, parallèlement, l?exploitation ignominieuse de l?athlète-esclave par le dirigeant-totalitaire. Ce calvaire ne date pourtant pas d?aujourd?hui mais remonte déjà à plus d?un quart de siècle en arrière, pour ne pas devoir remonter à la naissance des activités sportives à Maurice. La carrière entravée de Roselyne Nicole le prouve amplement. C?est ce que démontre l?express au début de 1983.

Roselyne Nicole voit le jour à la Poudre d?Or, à la fin des années 1940. Son père fait partie de l?état-major de l?industrie sucrière et terminera sa carrière comme administrateur de Belle Mare S.E. où Sylvio Mamet et Yvon Dubois lui succéderont. Roselyne Nicole grandit donc à Belle-Mare où ses frères et s?urs (Christian, architecte et rotarien émérite ; Huguette, mère du sprinter et lauréat de la bourse d?Angleterre, Yvan Legris ; Gaëtan, Danielle et Cyril) disposent, comme cour de récréation domiciliaire, de la grande plaine, devant le vaste bungalow à colonnades.

Les premiers exploits sportifs de Roselyne Nicole se déroulent à l?école gouvernementale de Centre de Flacq. Elle achève ses études primaires à l?école catholique de Beau-Bassin, la future école Philippe-Rivalland, où elle fait vite figure d?épouvantail sportif, tant chez les filles que chez les garçons. Elle rejoint ensuite le collège de Lorette de Rose-Hill pour ses études secondaires et profite des inter-collèges pour révéler, au monde sportif mauricien, son énorme potentiel athlétique.

Inter-collèges et Journée de l?Athlète se déroulent au stade de Candos ou à celui de Rose-Hill, qui ne portent pas encore les noms de Guy Rozemont ni de Gaëtan Duval. Roselyne Nicole y brille tous azimuts. Elle triomphe aussi bien aux 100, 200 mètres, 110 et 220 yards, dans les relais, au saut en longueur, au lancement du poids, du javelot. Non seulement elle triomphe partout mais encore pulvérise des records nationaux, les améliore sans cesse, les collectionne. Elle n?hésite pas à aller taquiner la chance dans des disciplines qu?elle ne pratique pas habituellement. Elle accepte audacieusement de relever les défis qui terrifient d?autres sportives. Ainsi, lors d?une Journée de l?Athlète, elle apprend que nulle athlète ne veut participer aux 110 mètres haies où Evelyne Bax fait figure d?épouvantail. Ce n?est pas sa tasse de thé mais elle accepte de s?aligner au départ, de l?affronter et même de la devancer sur la ligne d?arrivée.

A son tour de faire figure d?épouvantail. En 1963, ses rivales refusent de s?aligner dans les épreuves où elle est invincible. Il en va de sa sélection pour défendre les couleurs mauriciennes aux Jeux du Commonwealth. Impossible de la sélectionner si elle remporte des épreuves à participante unique. Apprenant cela, sa s?ur Danielle quitte les tribunes, rendosse sa tenue sportive pour offrir à sa s?ur la compétition et la concurrence qui lui font cruellement défaut. Comme d?habitude, Roselyne triomphe dans une demi-douzaine d?épreuves. Elle ne sera pourtant pas la seule sélectionnée féminine de cette année car les dirigeants décident virilement de n?envoyer que des garçons à Perth.

Dégoûtée, Roselyne Nicole abandonne l?athlétisme. Elle ne raccroche pas ses pointes pour autant car elle court, saute, lance, le plus souvent pieds nus. Désormais, elle se consacre à d?autres disciplines sportives dont le volley-ball, le basket-ball et même l?automobilisme. Elle recommence à triompher, cette fois-ci dans les rallyes automobiles avec Robert Steulet ou avec Thérèse Pilot. Au volley ou au basket, Roselyne triomphe encore avec les Rivals, les Tottems, le Racing, l?équipe de la Mauritius Commercial Bank. Les équipes adverses se nomment les Amazones (l?équipe féminine du Dodo) et les Sylphides. Roselyne Nicole obtient la consolation de participer aux Premiers Jeux des îles, à la Réunion, en 1979. Elle devra se contenter de la médaille d?argent en volley ou en basket-ball car dans l?équipe de l?île s?ur il y a autant de Françaises que de Réunionnaises. Difficile aussi de surmonter un stage de six mois des athlètes de la Réunion, en France. Demeurent la joie et la satisfaction d?avoir toujours pu donner libre cours à son tempérament sportif, courageux, téméraire et un brin bagarreur mais toujours souriant. Roselyne Nicole devient manager de la MCB mais sans rien perdre de ses innombrables qualités de garçon manqué, jouant éperdument dans la grande plaine de Belle Mare. On ne renie jamais son enfance.

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